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Hannibal L'Hôtel de Ville L'éclairage de l'avenir
La foire Intempéries Centenaire de la laïcité

Mademoiselle

HANNIBAL A COURNON. POURQUOI PAS ?

Avant-propos

La Font dau Teroun – La Fontaine du Théron (1)

La fontaine du Théron

Il y a dans mon village une fontaine que l’on appelle « La Fontaine du Théron ».
La tradition raconte qu’Annibal, traversant le midi de la Gaule pour aller en Italie, but à cette source.
Une légende veut, aussi, que tous ceux qui boivent de cette eau se marient dans le pays.
De ces deux souvenirs j’ai composé mon conte. Dans ce petit roman qui se passe 219 ans avant J.C. j’ai caché aussi un symbole.
J’ai voulu montrer la terre nôtre, celtique et latine, se donnant aux Gaulois dans la chanson de la fontaine et aux Romains par le geste amoureux d’une fille du terroir.

Claire Bonnier (1881-1966), Félibresse du Théron.

Outre ces deux légendes, Claire Bonnier place dans son récit l’origine supposée du nom de notre village :
« Pour toi, si tu veux, nous en remplirons la coupe de l’amitié, et nous boirons à l’heureuse destinée de ton pays et du nôtre ».
« CUR NON ? (Pourquoi pas ?) » répond tout aussitôt Annibal, et suivi de tout le peuple qui l’acclame et chante avec enthousiasme, il s’en va vers la fontaine du Théron.

Ainsi, il a suffit de vingt pages pour que s’inscrive noir sur blanc tout ce que les Cournalencs revendiquent : Hannibal a bu au Théron et c’est de lui que vient le nom de Cournon.
Sauf que CUR NON est du latin et qu’Hannibal parlait grec. Alors qu’en est-il réellement ? Si nous donnions des preuves, adieu la légende ; dommage !
Nous avons tout de même essayé de rapprocher l’histoire de la légende, à vous les conclusions.

Hannibal à Cournon. Et pourquoi ?

Nous allons donc faire un peu d’histoire et raconter la seconde guerre punique.

Carthage fut fondée dit-on par Elissa, la soeur de Pygmalion, roi de Tyr vers 814 av. J.-C.
Du VIIe au IVe siècle av. J.C., Carthage étend son empire et fonde de nouvelles colonies phéniciennes, s’étendant de la Méditerranée occidentale, jusqu’aux rives atlantiques de l’Afrique centrale. Au sommet de sa gloire, la cité compta 700 000 habitants si l'on en croit Strabon, un historien romain du IIe siècle avant J.-C.
Pendant près de huit siècles, Carthage va disputer la Méditerranée aux Grecs puis aux Romains, attirés eux aussi par les mines d'Espagne, les greniers de Sardaigne, la Sicile et les relais maritimes indispensables à l'hégémonie commerciale. La cité de Carthage affronta sa rivale Rome pendant plus d'un siècle, de 264 à 146 avant Jésus-Christ, pour la domination de la Méditerranée occidentale.
Ces guerres dites puniques, d'après un autre nom donné aux Carthaginois se terminèrent par une victoire totale de Rome.
Rome, qui convoite la Sicile, se dotera d'une force de frappe maritime en 264 avant Jésus-Christ.

La première guerre punique durera vingt-trois ans. Carthage sera vaincue.
La Sardaigne et la Sicile échurent aux Romains en vertu du traité que les Carthaginois durent signer au terme de la guerre, en 24I avant J.-C.
A peine la guerre finie, Hamilcar doit rentrer précipitamment à Carthage pour combattre un soulèvement des mercenaires.
Une fois les conditions de la paix établies, Hamilcar embarquera pour l’Espagne et entreprendra la conquête de ce pays.

Buste de Hannibal

La seconde guerre punique en bref :
En 219 avant J.-C. Hannibal (27 ans), fils d’Hamilcar, devient général en chef des troupes carthaginoises. Il attaque Sagonte, une ville espagnole alliée de Rome.
Hannibal entreprend une longue marche à travers la Gaule en vue de punir Rome.
Bénéficiant de la neutralité bienveillante des tribus gauloises, il atteint le Rhône mais il doit ensuite s'éloigner de la côte pour éviter Marseille, fidèle aux Latins.
Il franchit audacieusement les Alpes en 218 avec ses éléphants, 50.000 fantassins et 9.000 cavaliers. Il recrute des Gaulois et soulève l'Italie. Le génial stratège bat successivement les armées romaines sur le Tessin et la Trébie, deux affluents du Pô, puis au lac Trasimène et à Cannes, en Apulie mais il n’attaque pas Rome.
Hannibal attend en vain à Capoue des renforts d'Afrique. Les sénateurs de Carthage rechignent à lui en envoyer, craignant que sa gloire ne leur porte ombrage.
Pendant ce temps, les romains assiégent Syracuse d’une part et d’autre part, attaquent Carthagène.
Le frère d'Hannibal, Hasdrubal, trouve moyen de se porter en Italie au secours de son frère mais il est battu à l'embouchure du Métaure, sur la mer Adriatique, en 207.
Scipion, devenu consul, obtient du sénat romain l'autorisation de porter la guerre en Afrique, aux portes de Carthage. Il y gagnera le surnom "L'Africain". Hannibal quitte l'Italie à sa poursuite et le rejoint sur le sol africain.
La défaite du Carthaginois est consommée à l'automne 202 sous les murs de Zama, la capitale du royaume numide voisin de Carthage. L'armée d'Hannibal est battue par les Romains alliés aux cavaliers numides du roi Massinissa.

Scipion l'africain

L’expédition d’Hannibal

Hannibal informé sur les préparatifs de l’agression romaine quitte l’Espagne pour l’Italie. Sa flotte étant insuffisante (Carthage 50 bateaux, Rome 220) il doit emprunter la voie de terre.
Au printemps 218 (av. J.C.) Hannibal part de Carthagène (Espagne).
Il emmène avec lui une armée dévouée et aguerrie par de nombreux combats, composée en grande partie de vétérans. D’après Polybe il y avait sous ses ordres au passage de l’Ebre (Espagne) 60 000 fantassins, 11 000 cavaliers, un troupeau de 37 éléphants et des milliers de bêtes de somme.
Cette armée qui s’allongeait sur des dizaines de kilomètres avançait lentement sur trois fronts. Progressant en territoire hostile elle devait soumettre au passage un à un tous les peuples qu’elle rencontrait au prix de durs combats et de lourdes pertes.
Cette armée carthaginoise était constituée de ressortissants des nations sujettes de Carthage, obligés au service militaire, des alliés fournis par leurs princes et des mercenaires recrutés pour leur compétence guerrière.
Les plus nombreux étaient des Africains du Nord appelés Lybiens. Ces fantassins étaient armés à la légère vêtus d’une simple tunique. Ils portaient des javelots, un poignard, un petit bouclier rond fait de cuir durci. Agiles, sobres et résistants ils étaient très efficaces dans les embuscades et les poursuites.
Les Espagnols formaient le second contingent de fantassins disciplinés et efficaces grâce à leur glaive de fer à deux tranchants et leur long bouclier de bois ovale.
Les mercenaires Baléares constituaient le dernier contingent de fantassins à pied. Entraînés depuis l’enfance ils étaient capables de projeter avec force et précision des balles de terre cuite et des boulets de pierre qui fracassaient casques et boucliers.
La célèbre cavalerie d’Hannibal composée de combattants d’élite qui montaient de petits chevaux barbes (encore répandus au Maroc) rapides et dociles, si bien dressés qu’ils se laissaient conduire sans mors, ni bride, seulement à la pression des genoux.
La seule unité combattante directement fournie par Carthage était les éléphants. Hannibal en avait choisi 37. Capturés en Afrique du nord, ces petits éléphants presque noirs étaient dressés à Carthage. Un seul homme sur son dos s’en servait comme d’un char d’assaut pour écraser l’infanterie lourde de l’ennemie.
Au combat et en route, les mouvements de troupe étaient accompagnés par la musique militaire.
Cette armée comptait aussi des spécialistes du génie, pour établir des ponts de radeaux et de bateaux, construire des balistes, des catapultes et des tours d’assaut, creuser des fossés, détourner des cours d’eau.
Suivaient des bêtes de somme, mulets et chevaux qui transportaient vivres, matériel et butin.
Dans l’état major on trouvait les prêtres dont le rôle était d’assurer l’expédition de la bonne volonté des dieux. Suivait aussi le service de propagande sur qui Hannibal comptait pour narrer ses faits et gestes pour la prospérité. Polybe et Tite-Live ont peut-être disposé de leurs écrits pour donner leur propre version de l’histoire de la 2e guerre punique.
Le groupe des officiers supérieurs venait ensuite; leur casque surmonté d’un panache, armés d’un sabre droit à la poignée ornée d’une tête d’oiseau, recouverts de cuirasses en bronze doré qui laissaient voir des tuniques pourpres.
Fermant la marche venait la cavalerie légère, la fameuse cavalerie numide.

Hannibal traversant le Rhône à la hauteur de Caderousse

Cette armée partie de Carthagène, après avoir subi des pertes importantes, franchit les Pyrénées probablement aux 3 cols du Perthus, de Massane et de Banyuls, descend vers l’oppidum d’Elne (Illiberis) et obtient par de somptueux cadeaux le libre passage vers la côte pour garder le contact avec sa flotte.
Pour s’assurer le passage et l’approvisionnement, Hannibal envoie des ambassadeurs aux Gaulois, essayant en même temps d’en faire des alliés. Aux abords des villes on se pressait pour voir ce défilé accompagné de trompettes, de cors et de clairons. Tous restaient ébahis devant les éléphants.
En quittant Salses l’armée punique a suivi la voie Héracléenne, voie sûre, utilisée par les commerçants grecs, leurs clients et leurs fournisseurs. C’était un chemin de terre inondable aux abords des rivières que l’on franchissait à gué sur des bacs et des ponts de radeaux.
Hannibal et son armée arrivent à Narbonne (Naro) implantée sur un important oppidum ; lieu stratégique avec son village portuaire et sa source abondante ou plus tard Rome implantera sa première colonie qui deviendra la plus grande ville de la Gaule sous le nom de Narbo. (D’abord capitale de la Provincia vers 121 av. J.C., puis la ville la plus importante de la Gaule romaine)

Après avoir contourné les étangs et les marécages de Capestang, l’armée carthaginoise arrive à l’oppidum d’Ensérune, ville prospère qui vivait de son marché interne grâce à l’agriculture et à l’artisanat locaux.
Après avoir fait le plein de ravitaillement, les soldats d’Hannibal reprennent la route vers Béziers (Besara), ville carrefour qui commerçait avec la cité grecque d’Agde. Le droit de péage acquitté, ils franchissent l’Orb à gué et sur un pont flottant. Les étapes suivantes sont Saint-Thibery (Cessera) puis Loupian, l’armée laisse sur sa droite la montagne de la Gardiole et son oppidum (oppidum de Laroque, commune de Fabrègues).

Hannibal est chez nous ! ?

Par deux chemins, l’armée du Conquérant arrive. Un grand feu allumé sur le pic Feguié, d’autres étincelant sur les collines, ont annoncé la grande nouvelle, et ce matin, des cavaliers couleur de bronze sont venus camper près du village.
Par la route qui conduit tout droit à Substancion, les chariots de guerre passeront ainsi que les éléphants. Hannibal traversera le village avec le restant.
[…]
Des cris retentissent. « Il est là, il est là ! » En effet, un bruit étrange fait trembler la terre et, dans un tourbillon de poussière, les noirs enfants de Numidie, se montrent fiers et hardis.
Montés sur des chevaux sans selles et sans mors, qui hennissent, qui ruent, ils se font applaudir de la population qui les regarde passer.
Maintenant, c’est l’infanterie : comme une mer qui déborde, longtemps la soldatesque défile, et toujours il en paraît sur la colline, et toujours il en sort du vallon.

Claire Bonnier, La Font dau Teroun.

La voie Héracléenne, qui partait des Pyrénées, était la seule grande voie empruntée par les commerçants grecs et phéniciens, par les habitants du lieu et par Hannibal et son imposante armée. Cette voie aménagée plus tard par les Romains devint la voie Domitienne dont nous pouvons encore voir des portions près de chez nous.
Les campements de l’imposante armée d’Hannibal s’établissaient en plaine, proches de points d’eau connus (sources ou rivières), s’étiraient de part et d’autre de la voie Héraclitéenne et occupaient plusieurs km2. Il semble réaliste de penser, puisque les conditions sont requises, qu’une partie de cette armée a campé près du Théron, source permanente d’eau.

Pièce de deux shekels en argent de c. 230 exposée au British Museum

La fin du périple

L’absence de mention d’étapes nous oblige à imaginer des hypothèses d’itinéraires. Le récit de l’historien grec Silos qui accompagnait Hannibal et dont s’est inspiré Polybe n’a pas été retrouvé.
Polybe (206 – 128 av. J.-C.) a refait le voyage d’Hannibal d’Espagne en Italie 70 ans après lui mais il relate surtout des épisodes guerriers et donne peu d’indications topographiques.
Tite-Live (59 ans av. J.-C.) utilisera les récits de Polybe pour écrire son Histoire Romaine.

Après l’étape de Sextant Io (Castelnau-le-Lez) Hannibal franchit le Lez et se dirige vers Nîmes (Nem Eso). Pour franchir le Rhône il doit négocier l’achat de barques avec la population locale. Plus loin il doit combattre une armée gauloise hostile. Sans pouvoir préciser l’endroit l’armée d’Hannibal aurait passé le Rhône entre Roquemaure et Tarascon.
Hannibal remonte vers le nord, et par une vallée aurait rejoint les cols alpins. Les historiens proposent plusieurs itinéraires de montée. Le plus retenu serait :
Tarascon – la vallée de l’Isère – Grenoble (Culotte) – la vallée de l’Arc – la Maurienne – le col du petit Saint-Bernard – le col du mont Genèvre – Turin.
Le franchissement des Alpes fut très pénible à cause de la neige abondante, du froid et des attaques incessantes des tribus alpines. On estime qu’il a duré plus de quinze jours. Hannibal vainqueur de Scipion, détruit en partie les forces romaines. Maître de la Gaule cisalpine, il reçoit des renforts en hommes et en approvisionnement. Ce qui lui permet de préparer la campagne du printemps 217. Il passe les Apennins le 21 juin 217, il écrase la colonne romaine. L’été 216, près de Cannes (en Italie, région : Apulie), il encercle les légions romaines et anéanti une armée de plus de 80 000 hommes. Mais Rome et les places fortes du sud résistent. En 215, malgré des renforts il ne peut prendre Rome ; il échoue devant Naples et en Sardaigne.
Après que l’armée de son frère Hasdrubal qui devait le secourir eut été battue (207), il fut rappelé à Carthage menacée par Scipion. Il subit une grande défaite à Zama, au sud-ouest de Carthage (202), après quoi Carthage dut accepter de dures conditions de paix.
Hannibal entreprit alors des réformes énergiques dans cette ville, mais il fut condamné à l’exil et se suicida en Bithynie à Lissa, pour éviter de tomber aux mains des romains en 183.

Carthage sera entièrement rasée par Rome en 146, à la fin de la troisième guerre punique.

Hannibal et ses hommes traversant les Alpes

Hannibal est passé. Et le Théron ?

Composé de deux racines : Thé du grec Théot (dieux) et Roon, qui signifie "qui coule sans arrêt" (comme le Rhône, le Rhin etc.) le Théron est donc une fontaine protégée des Dieux ; ce qui lui assure un débit quasi-constant.
Cournon : le "Pourquoi pas ?" d’Hannibal. Gardons cette seule explication.
Terral : un endroit battu par les vents ou comme le suggère Georges Bastide, une déformation de Théron. Un Cournon toujours abreuvé grâce à sa fontaine qui ne tarit jamais, ce qui l’oppose à un Cournon toujours sec. Logique !

La conclusion revient à Claire Bonnier dans son joli roman la Font dau Teroun :
Hannibal est venu ; la belle Julia lui a tendu la coupe de l’eau fraîche de notre source ; il a bu, son coeur a battu mais pas celui de Julia. Le sien battait déjà pour le beau Marcus Scipion à qui elle avait aussi tendu la coupe.
Julia, la belle héroïne de la Font dau Teroun n’aura pas été séduite par Hannibal. Celui-ci a peut-être fait boire ses éléphants au Théron, mais il est passé et ne s’est pas arrêté.
Est-ce à cause de Julia et de son amour pour Marcus le romain que notre terre deviendra plus tard galloromaine ?
Ce qui importe c’est que notre source coule toujours et coulera encore longtemps, transportant avec elle ses souvenirs, ses légendes et ses brins d’histoire.

« Rouma ! Rouma ! per tus, la font dau Teroun a parlat ! »
« Rome ! Rome ! pour toi, la fontaine du Théron a parlé ! »

(1) L’ouvrage de Claire Bonnier se trouve à la bibliothèque de Cournonterral.

Bibliographie :
M.F AVRIL : Itinéraires d’Hannibal en Gaule
Pierre A CLEMENT : Les chemins à travers les âges en Cévennes et bas-Languedoc

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L'HOTEL DE VILLE, une longue attente

l'Hôtel de Ville

En 1821 la commune achète une maison (plan n° 221) pour tenir lieu d'école de garçons et de mairie; maison qu'elle louait déjà depuis de nombreuses années. Dès cette date, les municipalités successives ont le projet de construire un Hôtel de Ville et une halle couverte.
En 1845, en 1859, etc, des projets sont rédigés, ils ont tous le même objectif: centraliser dans un même edifice la mairie, l'école publique et une halle couverte.
Le 12 novembre 1867, M. le maire soumet au conseil un rapport de M. l'architecte départemental relatif à l'acquisition d'une maison confrontant la maison commune et appartenant au sieur Casse (plan n° 220), d'un autre coté vu l'état de délabrement de la maison commune l'administration municipale se propose dans un avenir très prochain d'acheter les maisons voisines, pour les démolir et pour construire ensuite un hôtel de ville qui réponde mieux que celui actuel aux besoins et à l'importance de la localité, le conseil est d'avis que la commune achète la maison du sieur Casse pour être démolie...

Plan Cadastral

Le 23 janvier 1868, M. le maire expose que pour se rendre à un voeux depuis longtemps exprimé par le conseil et la grande majorité des habitants de la commune il a fait étudier par l'architecte départementel un projet de construction d'un édifice destiné à renfermer une halle couverte (qui permettrait à de nombreux marchands forains qui alimentent nos marchés de vendre leurs marchandises sous abris), la mairie et ses dépendances et la tour de l'horloge (la tour de l'époque faisant saillie sur la traverse du village gêne la circulation - voir plan n° 215).
Il y aurait donc avantage à réunir dans un même édifice ces trois services municipaux et c'est dans ce sens que le projet soumis au conseil a été étudié.
L'édifice projeté occuperait l'emplacement circonscrit par les maisons Gervais et Cabassus (plan n°222 et 223), la rue du Plan de l'Oum, la place de la Pompe, celle de l'Horloge et la rue qui conduit à l'église. La commune possède une partie de cet emplacement c'est à dire la mairie actuelle et la maison Casse; pour le compléter, il faudrait acquèrie d'autres maisons (plan n° 216, 217, 218 et 219) dont la valeur est estimée par l'architecte à 20.000 francs. La démolition et la construction s'élevant d'après le devis à 30.000 francs. La dépense totale serait donc de 50.000 francs. La somme serait empruntée à la caisse des dépôts et consignations au taux de 5% remboursables en 15 annuités de 5.000 francs chacune à partir de 1868. Le projet considéré par le conseil comme étant d'utilité publique est adopté à l'unanimité à l'exception d'un seul, et autorise M. le maire à acquérir à l'amiable ou par voie d'expropriation les immeubles ci-dessus.
Le 2 février 1868 et le 15 avril le conseil adopte la solution d'un imposition extraordinaire pour pourvoir à l'entière dépense de l'emprunt.
Le 5 juillet 1868, le préfet demande au conseil municipal de prendre en considération une pétition de quelques habitants de Cournonterral "tendant à ce qu'il ne soit pas donné suite au projet de la construction d'une halle et d'un hôtel de ville sous prétexte que l'emplacement choisi n'est pas convenable, que les mesures financières adoptées pour son éxecution sont trop onéreuses et qu'il serait mieux de donner la préférence à la translation des cimetières devenue nécessaire".
La réponse du conseil est que : "l'emplacement est central, parce que de temps immémoriaux la place est en cet endroit et que les anciens conseils municipaux qui ont soumis à diverses reprises ce projet à l'étude ont reconnu unanimement qu'il était le plus convenable..." et concernant les cimetères, le projet est à l'étude. La remarque du conseil est que la pétition comporte en plusieurs endroits la même signature et la signature d'un grand nombre d'enfants.
Le 31 mars 1870, les travaux commencent. les maisons ont été acquises, les propriétaires vont recevoir le montant de la vente et l'emprunt est versé à la caisse de la commune.

L'affaire Arché

Le 17 janvier 1870 l'entrepreneur Arché est chargé des travaux de démolition et de la construction de l'hôtel de ville et de la halle. Il démolit les maisons et la tour de l'horloge, vend les matériaux récupérés à un prix très intéressant et commence à construire sans atteindre le premier étage.
Prenant prétexte des événements de 1870 (guerre contre la Prusse) et prétendant avoir reçu un ordre verbal du maire il abandonne le chantier. En octobre 1871 et juillet 1872 il réclame des dommages et intérêts à la municipalité. Plus tard il demande la résiliation du marché avec la commune, résiliation accordée par la préfecture avec une petite indemnité.
Le 9 mai 1875 les travaux recommencent enfin avec un nouvel entrepreneur, le prix de la construction étant fixé à 30.000 francs; le 25 juillet 1877 l'édifice est béni par monseigneur de Cabrières, évêque de Montpellier. Lors de la cérémonie, lhôtel de ville est pavoisé d'oriflammes et de drapeaux, couverts de couronnes, d'écussons et d'inscriptions au milieu d'une très remarquable illumination.
Il faudra attendre 1891 pour qu'un pavillon d'horloge soit inclus dans l'édifice.

La place de la mairie devient la place Pierre Viala

Jusqu'au 10 novembre 1965, la place Pierre Viala s'appelait "la Place la Mairie". A cette date le maire, Pierre-Jean Viala, propose au conseil municipal de donner à cette place le nom de son père, Pierre Viala, pour commémorer sa mémoire et pour ses immenses services rendus.
Pierre Viala, né à Lavérune le 24 septembre 1859, fut maire de Cournonterral du 10 décembre 1919 au 9 mai 1929. Il fut en outre conseiller général, député de l'Hérault et membre de l'intitut. Mais sa notoriété vient du fait que Pierre Viala, professeur à l'école d'agriculture de Montpellier, titulaire de la chaire de viticulture, à qui l'ont doit d'innombrables travaux, ramena des Etats-Unis des plans de vigne pouvant supporter le sol calcaire sans être atteints de chlorose. En effet, le problème des viticulteurs était que les plans américains resistants au phylloxera importés pour le greffage des vignes française, s'étaient révélés peu résistants à des sols trop calcaires; il avait donc fallu en trouver d'autres. Pierre Viala sauva le vignoble français et contribua à assoir la renommée de l'école agronomique.
Le 3 janvier 1889 il épousa Julie-Alix Laussel, fille d'un médecin et propriétaire viticole à Cournonterral.
Membre de l'académie de sciences, couvert d'honneurs et de médailles il décéda à Paris le 11 février 1935 et fut enterré à Cournonterral. Le discours de ses funérailles fut prononcé par Vincent Badie, avocat à la cour de Montpellier et qui s'illustra plus tard comme leader des 80 députés qui, en dépit des pressions subies, refusèrent le 10 juillet 1940 à Vichy, les pleins pouvoirs à Pétain; Vincent Badie sera déporté.

Place Pierre Viala

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L'ECLAIRAGE DE L’AVENIR

Nous sommes en 1902, l'éclairage public de notre village est constitué de lampes à pétrole qui ne donnent pas une bonne clarté et qui, en outre, ne sont plus en très bon état. Le Maire, Mr Pompilius Bastide, et son conseil municipal souhaitent l'amélioration.

Déjà, en 1899, un projet d'éclairage à l'électricité avait été proposé. Mais on parle beaucoup aussi de l'éclairage à l'acétylène. D'autres villages ont déjà fait ce choix, comme Castelnau, Poussan et Fabrègues.

Exemple d'éclairage au gaz au coin de l'Hôtel de Ville

Que choisir ?

En 1905, un expert, ingénieur des Mines présente un rapport sur les divers éclairages. Il en ressort que si 9 communes sur 10 choisissent l'électricité, le système reste le plus cher, même si il y a des avantages : le village serait éclairé toutes les nuits, il n'y aurait pas de risque d'explosion et l'on pourrait s'en servir comme force, cela rendrait un grand service pour mouvoir les pompes à vin. Mais l'éclairage à l'acétylène représente une économie puisque l'on ne paie que le gaz consommé alors qu'avec l'électricité le coût est fonction du nombre de lampes, les pannes sont moins à craindre qu'avec l'électricité et, de plus, il n'y a pas d'intérêt à éclairer le village après 11 h du soir et pendant les nuits d'été !!! Monsieur l'ingénieur conclut " que l'éclairage à l'acétylène plus éclairant que l'électricité, reste pour Cournonterral, l'éclairage de l'avenir ! "

L'allumeur de réverbères continuera son périple à travers le village, équipé de son échelle et de son allumoir les décisions sont prises. Au travail ! Il faut construire une usine à gaz et un puits à côté du Théron (le gaz étant obtenu en versant de l'eau sur du carbure de calcium), installer des canalisations et des lanternes : 70 becs sont prévus pour la voie publique et l'illumination de la façade de la mairie et 30 dans les édifices publics, pour un éclairage annuel de 1200 heures (il faudra penser à éteindre les lampes en partant !). Certaines familles font installer le gaz chez elles : 11 seulement mais leur nombre ira jusqu'à 24 dans les années 1920. En 1906, les écoles ont l'éclairage à l'acétylène. En 1907, c'est au tour de la poste dont la direction vient de lever l'interdiction d'éclairer ses bureaux à l'acétylène.

Très satisfait des travaux, Mr le Maire adresse ses félicitations aux différentes équipes et propose au conseil municipal que l'on fasse une fête pour inaugurer ce nouvel éclairage. Tous ne sont pas d'accord et Mr Clavel fait remarquer que, puisque cette année on n'a pas fêté le 14 juillet et la distribution des prix pour des raisons économiques, il conviendrait de ne pas faire d'inauguration officielle. On passe au vote, par 7 voix pour, 3 contre et 2 abstentions, la fête se fera. Le Conseil Municipal charge la commission des fêtes d'élaborer un programme, les frais seront pris sur le crédit de l'éclairage public du budget de 1905. Seront invités les autorités départementales, les élus des cantons, divers maires et personnalités. On allait fêter l'éclairage de l'avenir !

Il y a 100 ans, on n'a pas cru en la magie de l'électricité.

Ancienne usine à gaz près du Théron

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14 SEPTEMBRE 2002 : FOIRE A COURNONTERRAL

Voilà le passé qui ressurgit ! Car le 14 septembre est l’une des trois dates des foires qui avaient lieu autrefois à Cournonterral, avec le 1er mai et le 21 décembre. Les foires de Cournonterral étaient célèbres et l’on y venait de très loin. Celle du 14 septembre était la plus courue.

François 1er créa à la demande du seigneur de Cournonterral, Raymond de Chasteaupers, par lettres patentes de 1521, trois foires annuelles et un marché chaque semaine. Cela était justifié par l’importance et la richesse du village, elles pouvaient durer trois à quatre jours voire même huit jours. Charles IX recréa ces mêmes foires en janvier 1560, donnant leur protection non plus au sénéchal de Beaucaire mais au gouverneur de Montpellier. Au XVIIIe siècle, Cournonterral produit les 2/3 de ses besoins en céréales, un peu de vin 2 800 hectolitres, de l’eau de vie, on y exploite les bois, on pratique l’élevage du mouton et le commerce de la laine.
La foire de septembre est à son apogée de 1810 à 1875. Elle était aussi célèbre que celle de Pézenas et du Vigan. C’est à cette foire que se fixait le prix de vente des bêtes (chevaux, ânes, vaches, moutons…) pour toute la région. C’était avant tout une foire aux animaux, mais on y trouvait des objets, de la bourrellerie, des cuirs, de la quincaillerie, de la ferrerie, de la chaudronnerie, des outils, des jouets, des poudres soignantes, des étoffes et des comestibles : fromages, cochonnailles, aulx, oignons… On y venait y manger le dindonneau à la broche chez le traiteur Jean Rouquet, la croustade « petagarot » et les oreillettes. Les cochons étaient parqués au plan de la Croix et les moutons sur l’esplanade. On y voyait même un théâtre de poupée de bois que portait sur son dos un savoyard à longue blouse, un joueur de vielle dévidait la complainte du crime de la rue Montorgueil et le soir, maître Nicolas, le « hautboisaïre » entraînait les couples dans des farandoles endiablées. Dans les années 1880-1885, la foire fut transférée du 14 septembre au 21 octobre et devient alors la foire aux vins. A ce moment, Cournonterral est l’une des dix communes des environs la plus productrice de vin, entre 63 000 et 94 000 hectolitres.
En 1923, la foire du 21 octobre est transférée au premier dimanche d’août. Ce qui donnera notre fête locale actuelle. La felibressa d’au Teroun, Claire Bonnier (1883-1966), dans une de ses oeuvres, nous entraîne avec son style imagé au coeur de la foire.

Touta la grand’carriera era réservada per lous als et las cebas.
Toute la grand’rue était réservée pour les aulx et les oignons.

Lous vendeires de capels et d’estofa se tienen à la plaça.
Les vendeurs de chapeaux et d’étoffes se tiennent à la place.

A la plaça nova s’anava croumpá lou fromage et lou salat.
A la place neuve on allait acheter les fromages et les salaisons.

Tout ce que cau per la vendémia s’atrouvara au joe de baloun.
Tout ce qui est nécessaire pour la vendange se trouvait au jeu de ballon.

A l’aubergarié… la pratica éra talamen aboudousa cade an que ioch jours avans la fieira una vintena de fennas éroun oúcupadas a sanna à plouma…
A l’auberge… la clientèle était tellement nombreuse tous les ans que huit jours à l’avance il est nécessaire de louer vingt femmes pour saigner et plumer les volailles.

Quanta joia à l’auba d’aquel grand jour, quanta animacioun dins la pichota cieutat !
Quelle joie à l’aube de ce grand jour, quelle animation dans la petite cité !

L'Esplanade servait de champ de foire pour accueillir les marchands. En 1879, un groupe scolaire y fut construit et le champ de foire déplacé.

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INTEMPERIES

" Le ciel est par-dessus le toit
Si bleu, si calme... "

Bien qu'il en soit souvent ainsi dans notre belle région, en octobre 2002, celle-ci a subi de graves dégâts des eaux. Retournons-nous vers le passé pour constater que la pluie, le froid et la sécheresse n'ont pas épargné notre village. En nous appuyant sur les archives communales, dressons une liste des intempéries qu'a subi Cournonterral.

1709. Rude hiver.

1744. Neige. 24 mai : oliviers gelés.

1755. 23 janvier : la neige provoqua un grand dommage aux oliviers renversés et partagés par le milieu. 6 février : depuis septembre perte des premières et secondes semences.

1763. 14 janvier : quantité d'arbres de chênes verts ébranchés.

1766. novembre-décembre : inondation, pluies survenues avant les vendanges (qui se faisaient plus tard que maintenant) a fait périr la moitié des fruits et des semences. La Billière a inondé les maisons et les bergeries, le Coulazou a rompu le pont et détérioré le chemin qui relie Cournonterral à Montpellier. On compte la perte de 800 bêtes, des bâtiments ébranlés ont été emportés ou ébranlés ainsi que les terres et arbres et souches de vigne arrachés, les oliviers abattus et que les eaux ont entraînés. Les eaux ont endommagé le vin, l'huile, la farine et les provisions de la plupart des habitants.

1767. 16 avril-21 avril : la gelée blanche est tombée sur les vignes pendant la nuit et a tué les bourgeons.

1768. Rude hiver. 29 juillet : orage de grêle qui a fait périr l'entière récolte de vin.

1772. 23 avril : la gelée blanche a détruit le tiers de la récolte de vin.

1775. 23 août : un ouragan a dégradé le couvert de la maison curiale et abattu plusieurs cheminées.

1777. 6, 7 et 8 avril : la gelée blanche a tué les bourgeons des vignes et les feuilles des mûriers.

1778. 18 septembre : grande sécheresse tarissant fontaines et puits de la communauté.

1779. 1er avril : grêle qui a endommagé les bourgeons des vignes et les feuilles des mûriers et autres fruits. 4 juin : on craint que le bétail et les bêtes à laine ne crèvent de soif, les puits sont taris, la seule fontaine est aussi tarie ; depuis longtemps, les fabricants d'eau de vie, l'eau manquant à leur magasin, s'occupent d'aller chercher l'eau pour fournir leur fabrique au seul lac que la commune a pour abreuver leurs bestiaux. Le conseil a averti verbalement tous les fabricants de ne plus tirer d'eau du lac Ramassol.

1785. 27 janvier : les pluies continuelles ont dégradé le chemin de Pignan et il n'est pas possible d'aller à Montpellier avec des voitures qui ont versé et le bétail ne peut passer. On ne peut transporter ni vin, ni huile ni sarments.

1793. Rude hiver. Les habitants de Cournon de tout sexe ayant l'âge requis par la loi, convoqués et assemblés dans la salle de la maison commune à l'effet de délibérer sur la régie des biens communaux de cette municipalité. Le président, Monsieur Blavet, maire, a dit : " Notre commune est exposée à être submergée par le torrent qu'on appelle la Billière qui avoisine ses murs, ce même torrent traverse et inonde une grande partie de son territoire. En parcourant les archives de nos pères on trouve que durant l'espace de plusieurs siècles, les inondations de ce torrent ont fait éprouver aux propriétés territoriales, maisonnages, labours et denrées des grands dommages. Je pourrais vous mettre sous les yeux des délibérations qui attestent que cette inondation a été si considérable que tous les moutons, chèvres et meules ont péri dans les bergeries et les écuries et que toutes les denrées du rez-de-chaussée des maisons et des magasins furent détruites. Toutes les années nous éprouvons des dommages plus ou moins conséquents. Dans l'espace de trente années nous avons éprouvé deux inondations ; en 1766, il périt beaucoup de bêtes à laine et certains habitants logés au rez-de-chaussée des maisons auraient péri sans le prompt secours de leurs voisins. Les propriétés furent tellement endommagées que les traces en sont encore sensibles. Les corps administratifs d'alors autorisèrent la commune à faire des réparations pour prévenir les désordres de ce torrent ; plusieurs devis furent dressés à cet effet et celui qui fut exécuté fut celui de construire une digue pour préserver les maisonnages de la commune et diriger le torrent au gré de son cours vers la pente du territoire. La dépense qu'on employa alors aurait suffi pour préserver le territoire et le village si on avait suivi l'avis de l'ingénieur qui était de pratiquer un lit au- dessus du village et conduire par une pente qui lui semble naturelle dans le lit de la rivière que nous appelons le Coulazou. Ce projet n'était pas coûteux, il y a une trop petite distance du torrent à la rivière mais il fallait traverser avec le lit de ce torrent quelques arpents de terre d'une propriété du ci-devant seigneur [Portales]. Cet obstacle était invincible alors et quoiqu'il en dût coûter en exécutant l'autre projet aussi dispendieux que ce dernier, la destruction d'une grande partie du territoire, il fut préféré et sacrifié pour ne pas déplaire au ci- devant seigneur. Cette même digue ne remplit même les vues qu'on s'était proposées. Lorsque le torrent devient considérable il franchit la digue et vient porter l'alarme dans le lieu. Le mois dernier elle était si considérable qu'elle inonda le village et si l'inondation était venue de nuit il aurait péri une grande partie de bestiaux comme en 1766 puisque pour les sauver on fut obligé de percer les murs des bergeries pour faire couler les eaux et faire passer les moutons et les chèvres sur les toits. Les chemins principaux qui conduisent aux propriétés du territoire ont été dégradés au point qu'il est impossible de faire le transport des denrées, en conséquence il est d'une nécessité absolue de réparer les dits chemins et pour prévenir de nouvelles dégradations à ces derniers et des dommages aux propriétés, de faire pratiquer le lit qui avait été projeté pour conduire le torrent de la Billière dans la rivière du Coulazou ; pour fournir à cette dépense il ne faudrait pas épuiser nos ressources industrielles en augmentant nos impositions locales, il convient à les ménager afin d'être en même de satisfaire à tous les sacrifices que les besoins de la République pourra exiger de nous. Je vais vous proposer un moyen de ressource pour satisfaire aux dépenses non seulement des réparations des chemins dégradés par le torrent de la Billière du lit pour conduire ce même torrent dans la rivière du Coulazou mais encore d'acquitter les dettes de la commune. Le règne de la liberté vous a rétabli dans la propriété des bois que celui du despotisme vous avez froidement enlevé ; après 12 années de tyrannie, de vexations et procès ruineux cette propriété immense a été appauvrie détériorée par les malveillants durant le temps qu'a duré le litige entre la commune et le ci-devant seigneur. Ce territoire fertile a déjà fait de longues pousses mais inégales à cause de la mauvaise exploitation de manière qu'il faudra 25 ans pour obtenir les coupes que les 15 années offriraient si l'exploitation avait été faite correctement aux lois forestiers et en conséquence il conviendrait pour rétablir cet immense forêt dans la marche réglée des coupes et dans la vigueur de pousse de couper tous les taillis venus de l'exploitation irrégulière et criminelle faite aux dits bois par les malveillants par ce moyen vous donneriez la marche réglée des coupes à la forêt, vous répareriez les dommages de la mauvaise exploitation, vous procureriez à la ville de Montpellier et celle de Cette [Sète] l'approvisionnement de tout le lignerage et ramilles aux boulangers et le prix provenant de cette exploitation servirait à l'acquittement de la dépense que pourront amener les réparations des chemins et le lit du torrent. L'acquittement des dettes de la commune et l'amélioration de la forêt sur quoi j'invite l'assemblée à délibérer ".

1806. 13 octobre : un orage terrible a éclaté sur cette commune et sur plusieurs autres de ce département du côté de Poussan et de Mèze. Depuis la veille tout annonçait de pluie d'orage ; la température de l'air, les nuages amoncelés sur tous les points de l'horizon, la contrariété des vents, le tonnerre qui grondait fort sans cesse dans le lointain pendant la nuit du 12 au 13, il y eut même des signes qui se prolongèrent dans toute la matinée. Vers 11 h, les nuages orageux crevèrent, une pluie mêlée de grêle tombât à seaux poussée par des vents contraires. On remarqua, et des personnes dignes de foi ramassèrent des grêlons de la grosseur de marrons et même au-dessus. Heureusement elle ne tombait pas en grande quantité. Sur les 4 à 5 h du soir le torrent du Coulazou franchissait ses bornes ordinaires, s'est étendu au-delà des limites qu'il s'est formé depuis 1766. Il a roulé ses eaux furieuses et destructives sur les champs, les vignes, les jardins, les enclos. Il a détruit, arraché et emporté tout ce qui s'est trouvé sur son passage. Les eaux se sont étendues en largeur jusqu'au chemin qui va à Montpellier en dessus du champ de M. Madières, prés de la tuilerie basse de Valette qui était cernée par les eaux du Coulazou. Les champs du pont de Beaulieu étaient couverts d'eau et la grande arche ne se voyait pas. La campagne dite de Beaulieu a été submergée dans son rez-de-chaussée de 4 pieds. Tous les murs de son jardin renversés. La tuilerie basse a aussi été submergée. Tout l'ouvrage en brique et tuile a été perdu. Le vin qui était dans les caves a péri par l'inondation des eaux du torrent qui l'a submergé et toutes les terres qui avoisinent le Coulazou ont été dévastées, les arbres, les vignes, une partie de la récolte de raisins a été emporté. Le torrent de la Billière qui a aussi débordé a fait craindre pour du malheur plus grand que les premiers. Tout le bétail à laine était en danger d'être noyé et la cité submergée. Heureusement la digue qui fut faite en 1767 sur les limites de la commune de Cournonsec a empêché la conjonction des eaux de la Billière avec celle de Fertalières et l'eau ne s'est élevée sur le chemin du Ramassol que de 4 pieds, tandis qu'elle se serait élevée de 8. Mais la campagne a été inondée par les eaux quoique divisées qui ont fait des dommages considérables aux récoltes et aux terres. Mr Le Préfet de ce département instruit par l'administration de cette commune de tous ces malheurs, a répondu qu'il avait nommé des commissaires pour vérifier et estimer les dommages afin d'accorder une indemnité à la commune. 26 octobre : à la suite de l'orage du 13-10, plusieurs pierres de taille provenant de l'ancien pont qui fut renversé en 1766, ont été soulevées et découvertes et je vous propose de vendre ces pierres de taille...

1820. Rude hiver.

1822. Juillet : orage et grêle. Récoltes de vin et de grains sont détruites.

1830. Hiver rigoureux. Les vignes et les oliviers ont gelé.

1840. Novembre : inondation.

1855-1856. Hiver à pluies torrentielles.

1876. La Billière déborde.

1895. 1er octobre : orage endommageant sérieusement les bergeries communales (devis de 5527,26).

1897. 5 juin : demande d'une subvention de 4 000F au Syndicat des Viticulteurs pour combattre les gelées. 2 000F pour l'achat de marmites, 2 000F pour l'achat de goudron ou d'huiles lourdes ou autres matières premières pour la production de nuages artificiels et l'installation d'un thermomètre avertisseur de la société d'encouragement à l'agriculture de l'Hérault.

1906. Grande sécheresse de l'été.

1909. Gelée et grêle.

1923. 9 février : ouverture d'un chantier communal parce que la sécheresse persistante ne permet pas de faire au vignoble tous les travaux qu'il est d'usage d'effectuer chaque année à pareille époque, que de ce fait de nombreux ouvriers Français se trouvent sans travail, tous les ouvriers Français y seront admis. Le travail demandé aux chômeurs consisterait dans l'extraction et le cassage des pierres, matériaux employés à la mise en état et à l'entretien des chemins (3 000F alloués).

1930. Avril-mai : inondation, vote en faveur d'une indemnisation des sinistrés.

1955. Orages de grêle. 14 juillet-fin août : récolte détruite presque entièrement.

1956. Vignes et oliviers gelés.

1965. Gros orages. Chemins très endommagés.

1987. Village sous la neige. Communications coupées. Approvisionnement par hélicoptère.

Tempête de février 1987

" Un arbre par dessus le toit
berce sa palme..."

Paul Valéry

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9 DECEMBRE 2005 : CENTENAIRE DE LA LOI SUR LA LAÏCITE

La laïcité c’est quoi ?

C’est le principe de séparation de la société civile et de la société religieuse, c’est à dire : le refus de références religieuses dans un état qui assure la liberté de conscience.
Ce mot apparaît dans le vocabulaire français vers 1870 et entre dans le dictionnaire en 1871. Il est composé de l’adjectif « laïc » (du grec laikos : qui appartient au peuple).

Le 28 mars 1882, Jules Ferry introduit ce mot en créant ses lois sur l’école publique.
L’école sera « gratuite, obligatoire et laïque » et le 30 octobre 1886, la loi Goblet stipule que l’enseignement y sera assuré par un personnel laïc.

Jules Ferry

La loi du 9 décembre 1905 (1) (2)

Cette loi comporte 6 titres et 44 articles.
Les principes fondamentaux exposés dans les deux premiers articles ont acquis une valeur constitutionnelle (3).

Titre Ier : Principes

Article 1

La République assure la liberté de conscience. Elle garantie le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.

Article 2

La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.
[ … ]

Une longue genèse

Depuis 1801 la France est soumise au Concordat signé entre le Saint-Siège et Bonaparte, Premier consul. Le catholicisme est reconnu « religion de la grande majorité des français » ; l’Etat assure la liberté du culte et accorde un traitement aux évêques et aux curés. Les évêques sont nommés par le Premier consul, les curés sont choisis par les évêques sur une liste de prêtres agréés.
Au cours du 19e siècle l’idée de laïcisation de l’enseignement s’impose peu à peu, notamment à partir de 1871 et des lois dites « Jules Ferry ». De plus, lors de l’affaire Dreyfus, l’église s’étant rangée du côté des « anti », les républicains voulurent l’évincer de tout pouvoir politique.
La loi du 1 juillet 1901 sur les associations engage le combat contre les congrégations en créant le délit de congrégation non autorisée en les obligeant à passer par la loi pour en obtenir leur reconnaissance légale. En 1902 est enregistrée une première proposition de loi, suivie par 9 autres propositions et par 2 projets : celui d’Emile Combes en 1904 et celui de Maurice Rouvier en 1905.
En juin 1903, la « Commission relative à la séparation des Eglises et de l’Etat et à la dénonciation du concordat » est créée. Elle se saisit de tous les projets et nomme Aristide Briand, rapporteur. En 1904, le projet d’Emile Combes, président du conseil fait l’objet de profonds désaccords exprimés par la Commission. Il faut attendre la chute de son gouvernement pour que le 9 février 1905, le projet de Maurice Rouvier son successeur à la présidence du Conseil, soit discuté.
Les débats occuperont 48 séances à la Chambre des députés du 21 mars au 3 juillet et 21 séances au Sénat du 9 novembre au 6 décembre.

Aristide Briand

A Cournonterral

Les maires ainsi que les conseils municipaux de l’époque sont en phase avec les débats nationaux.
De l’anti-cléricalisme (4) autoritaire, nous passons à une laïcité conforme à la loi et à un apaisement profondément sincère ainsi qu’en témoignent les délibérations municipales du moment, dont nous donnons ici quelques extraits.

28 avril 1904 (mandat d’Emile Parguel)

Monsieur le Maire propose au Conseil, avant de se séparer, de voter l'adresse suivante :
« Le Conseil municipal de la commune de Cournonterral adresse au ministère Combes, ses plus vives félicitations pour son attitude franchement républicaine, l'engage à persévérer dans sa lutte contre toutes les réactions, et à assurer le triomphe de son oeuvre laïque, sans laquelle ne pourraient se réaliser et vivre les réformes politiques et sociales qui sont le but de la République. »

Cette adresse est votée à l'unanimité et la séance est levée aux cris de « Vive la République »
15 mai 1904 (mandat de Pompilius Bastide – Bastide de L’Oulieu)

La séance levée, Monsieur Gachon Etienne a demandé la parole, et a dit :
Citoyen Maire et Chers collègues,
Il me semble, qu'en présence des attaques violentes adressées par tous les partis rétrogrades au ministère de défense républicaine : il était de notre devoir à nous républicains, de lui exprimer à l'occasion de notre première séance, notre confiance, imbu de cette idée je me permets de soumettre à votre approbation l'adresse suivante : « Le Conseil municipal de la commune de Cournonterral formant le bloc républicain, est heureux à l'occasion de son installation, de transmettre à titre d'encouragement, au président du conseil le citoyen Emile Combes et aux ministres ses collaborateurs, l'expression de sa plus vive sympathie.
Il l'engage à marcher dans la voie tracée par le suffrage universel : de défendre la République contre toutes les réactions cléricales et de faire aboutir dans cette législature les lois de solidarité sociale, lois dues à la classe des déshérités, classe si intéressante et si dévouée à la République.
Il le prie en même temps de vouloir bien présenter au président de la République ses hommages les plus respectueux. »

Cette adresse mise aux voix est adoptée à l'unanimité et la séance est levée aux cris de « Vive la République ».
15 juin 1904 : laïcisation du cimetière

Monsieur le Maire expose au Conseil que pour laïciser complètement le cimetière et pouvoir faire inhumer sans distinction de culte, il faut abroger le plan dressé à la date du 20 mars 1896 et approuvé le 24 mars de la même année. Plan sur lequel sont réservés deux carrés au culte protestant et en même temps dressé un plan vraiment laïque.
Le Conseil ouï l'exposé de M. le Maire et après avoir délibéré à l'unanimité décide de faire abroger le plan précité et de dresser un nouveau plan sans distinction de culte. Il prie M. le Maire de charger de ce soin M. Duffour, architecte à Montpellier.

17 février 1907 : séparation des Eglises et de l’Etat

Monsieur le Maire explique au conseil qu'il a été saisi à la date du 7 décembre 1906 par M. Pont, pasteur président de l'association cultuelle protestante de Cournonterral, d'une demande de jouissance du temple protestant de Cournonterral en vertu de l'art. 27 du décret du 16 mars 1906.
M. le maire passe en revue toutes les lois votées par le parlement, sur la séparation des églises et de l'état, et lit divers extraits de la circulaire ministérielle du 3 février courant, indique les divers incidents qui se sont produits, et fait un très court commentaire des lois Briand en ce qui concerne la jouissance des édifices communaux affectés au culte. Il explique que cette jouissance peut être accordée soit à des associations constituées en vertu de la loi du 1 juillet 1901, soit en vertu de la loi du 9 décembre 1905, soit même aux ministres du culte pris à titre individuel (circulaire ministérielle du 1 février 1907).
Comme il a été indiqué plus haut, une demande a été faite au nom de l'association cultuelle protestante, aucune demande n'a été faite en ce qui concerne l'église catholique, pourtant à son avis le conseil devrait délibérer simultanément sur la jouissance de ces deux édifices consacrés au culte.
Il prie le conseil d'émettre son opinion.

Le Conseil approuvant l'exposé de M. le Maire, considérant que les lois du 9 décembre 1905, du 2 janvier 1907 et le décret du 16 mars 1906, sur la séparation des églises de l'État doivent être interprétés et appliqués dans leur esprit le plus libéral.

Qu'en cette circonstance il y a lieu de se placer à un point de vue social de paix, de neutralité religieuse et de liberté de conscience tout en sauvegardant les droits municipaux et en se montrant respectueux des pouvoirs publics.
Considérant que depuis leur construction, le temple est affecté au service public du culte protestant et l'église au service public du culte catholique, et qu'il convient de laisser aux fidèles et aux ministres de chaque culte, pour la pratique de leur religion, la jouissance gratuite de ces édifices communaux et des meubles et objets les garnissant.
Délibéré à l'unanimité des membres présents :
Que les édifices communaux affectés au culte ainsi que les meubles et objets les garnissant, continueront sauf désaffectation dans les cas prévus par la loi du 9 décembre 1905, à être laissés gratuitement à la disposition des fidèles et des ministres du culte, pour la pratique de leur religion. Qu'en raison de cette rétention même, ainsi qu'en raison de leur qualité d'occupant de ces édifices, les ministres du culte sont responsables envers la commune de Cournonterral et sont tenus de ne pas préjudicier et de ne pas laisser des tiers préjudicier aux édifices du culte, aux meubles et objets les garnissant, inventoriés.
Que les réparations de toute nature sont également à leur charge.
Que le libre exercice du culte se trouvera ainsi garanti selon le voeu de l'article 5 de la loi du 9 décembre 1905. Il refuse formellement de donner l'autorisation de signer tout contrat.

La laïcité est à défendre et à renforcer car c’est le rempart entre le politique et le religieux.

C’est le respect de chacun, c’est une valeur humaniste.
La défendre : c’est défendre l’Universel.
La renforcer : c’est renforcer la République.

Groupe scolaire

(1) Un exemplaire de la loi est disponible à l’accueil de la mairie pour une consultation sur place.
(2) IIIe République. Président : Emile Loubet - Président du Conseil : Maurice Rouvier - Rapporteur de la loi : Aristide Briand.
(3) Constitution du 27 octobre 1946. Article premier : La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale.
Constitution du 28 septembre 1958. Article premier : La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.
(4) Cléricalisme : pouvoir politique religieux, de quelque religion qu’il soit.

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"MADEMOISELLE" ET COURNON

Rose Fournier est née en 1899 à Béziers.
Fille unique d’une famille de commerçants, elle suit au conservatoire de la ville des cours de diction et de chant.
Après le Brevet Supérieur, elle intègre l’Ecole Normale de Montpellier où elle rencontre Marie-Louise Théron et Julie Barthès qui viendra les rejoindre en 1922.

Rose Fournier

En octobre 1919, Cournonterral attend deux nouvelles enseignantes. La guerre de 14 vient juste de se terminer, de nombreux soldats n’en sont pas revenus, d’autres ne sont pas encore démobilisés, cependant le village pense déjà à honorer leur mémoire par la construction d’un monument. C’est dans ce climat que Rose Fournier et Marie-Louise Théron s’installent respectivement dans l’école primaire de filles qui compte trois classes et 70 élèves et l’école maternelle à 2 classes et 71 élèves.

Classe de Rose Fournier

Le village s’éclaire à l’acétylène, n’a pas l’eau courante ; les besoins en eau sont couverts par quatre pompes publiques (Temple, Plan de la Bibliothèque, Esplanade, Théron), par quelques puits à poulie (Place neuve, Eglise) et par les puits des particuliers. En 1920, elle voit l’installation de la lumière électrique… dont bénéficient en priorité l’Ecole et la Mairie. Terminées les fins de journées maussades quand le jour décline, bien qu’elle sut les illuminer de moments de poésie et de chant. D’anciennes élèves se souviennent. Quand on leur pose la question : « Quel souvenir gardez-vous de mademoiselle Fournier ? », elles répondent unanimement « Elle nous faisait chanter ! ». L’une d’entre elles dit avoir été sélectionnée avec les autres camarades pour participer à un concours de chant au Théâtre de Montpellier.

L'Esplanade

Pour elle, l’éducation ne se bornait pas à savoir lire, écrire et compter. Le chant, le dessin, la couture, la pyrogravure, la broderie, trouvaient leur place dans sa classe. Ces disciplines étaient certes ludiques mais formatrices et épanouissantes. Sa conception de l’éducation qui place l’enfant au centre de l’enseignement rejoint l’esprit de la Méthode Freinet, à l’origine de l’Ecole Nouvelle.
A travers des classes promenades où l’on observe le milieu, les garrigues, le village, les élèves carnet en main, notent, mesurent, dessinent. Lors de la visite du Château Dedet, elles ont pu découvrir l’orangerie, une magnifique fontaine et dessiner le portail en fer forgé, sans oublier la tour et ses gargouilles. Au rempart, elles ont suivi le chemin de ronde et découvert les caves des maisons millénaires du vieux Cournon. Ces classes « découverte » ont abouti à la réalisation d’une superbe maquette à l’échelle, incluant des notions de mathématiques, de dessin, de travail manuel, de décoration. Les sorties en campagne étaient avant tout une partie de « plein air » et de jeux, sauf qu’il était demandé à chaque élève de ramener par écrit une observation personnelle, un « sur le vif ». Les sorties si attendues de ses élèves lui demandaient de gros efforts ; en effet, elle présentait une insuffisance cardiaque sévère et gravir ou dévaler un talus demandaient l’assistance physique des plus grandes.
C’était une enseignante aimée et respectée. Elle punissait à bon escient ; d’un revers de main qui ne se voulait pas méchant, elle ramenait sur terre l’élève « dans la lune » ou l’étourdie. Elle rattrapait les insuffisances relevées dans la journée en demandant à l’enfant de rester un moment après la classe.
A côté de la maîtresse d’école, il y avait l’humaniste. Dans la période troublée de la guerre elle a fait preuve de générosité, de solidarité. N’a-t-elle pas accueillie, malgré le danger que cela représentait, une enfant juive ?
Cette institutrice, profondément laïque, toute vouée à son école souhaitait son rayonnement par tous les moyens. Avec ses collègues, elle initie une période de fêtes scolaires à laquelle associent les membres de l’amicale laïque et les parents.

Les trente et une années passées à Cournonterral prouvent bien qu’elle aimait ce village comme en témoigne ce sonnet :

Sonnet de Rose Fournier

Elle participait aux différentes manifestations qui s’y déroulaient. Membre de « Curnon Artiste » elle créa le personnage de « Ronsetta » dans la pièce éponyme d’Aphrodise Tinière.
De sa belle voix, elle entonnait la Marseillaise aux repas républicains du 14 juillet ou aux cérémonies du monument aux Morts.
Pendant tout ce temps, elle a partagé la vie des villageois. Après l’électricité, elle a connu l’installation de l’eau potable. Les puits pollués avaient causé le décès de plusieurs habitants, ce qui avait déterminé le Conseil Municipal à diligenter des recherches afin de découvrir une nappe capable d’alimenter le village. C’est ainsi que Mme Mallet propose son terrain de la Maïre qui renfermait une source abondante. On l’utilisera jusqu’à ce que l’eau de l’Hérault ne vienne la remplacer.
En 1921, se crée l’association des Jeunesses laïques.
Le 25 septembre, une grande manifestation républicaine réunit autour de Pierre Viala, maire, les parlementaires du département et Gaston Doumergue qui sera élu président de la République en 1924. En 1923, l’Ecole reçoit de « Curnon Artiste » un don qui permettra de récompenser les élèves les plus méritants par l’attribution de livres en fin d’année scolaire.
En 1932, la municipalité offre à l’Ecole un piano qui sera installé dans le préau de l’Ecole Maternelle mais dont l’usage sera commun aux trois écoles et aux associations. Il sera un complément au guide chant qui transitait plus facilement d’une classe à l’autre.
Lors de la crise viticole de 1933, le syndicat de la viticulture demande aux maires de démissionner. M. Viala quitte donc la Mairie. Louis Pasquier assure l’intérim puis sera élu le 7 décembre 1933.
Après cette période de relative tranquillité, la guerre de 40 va venir désorganiser le village. Les élèves ont en mémoire le portrait du Maréchal Pétain en bonne place au-dessus de l’estrade, rappelant même aux petits qu’il était le Chef de l’Etat. Ne demandait-on pas aux enfants de lui écrire des lettres ou de lui adresser des dessins ?... Leur devoir de bons petits français était d’assister le matin à la levée des couleurs dans la cour de la Maternelle.
En 1942, les colonnes allemandes envahissent le village s’installent en partie dans les écoles, au Café Pons, à la maison Olivier, les gradés réquisitionnent les plus belles maisons et logent chez l’habitant. La « kommandantur » est basée au Château Mallet. Alors les classes quittent l’Esplanade et vont se réfugier à l’Ecole libre pour les filles, au Clos des Pins pour les garçons, certains quittent l’école. Le village passe à l’heure allemande, connait le couvre-feu, les perquisitions intempestives, le rationnement… 1945 voit le rétablissement de l’heure solaire et l’élection du premier maire d’après-guerre, Frédéric Solive.
En 1946, on fête à nouveau le 1er Mai. C’est cette année-là que Rose Fournier prend la succession de Mme Normand à la direction de l’école de filles.
En 1947, Aimé Demar succèdera à F. Solive avant de céder la place à Marcel Raux.
La suppression en 1948 du train « d’Intérêt local » changera les habitudes des Cournalencs. Il était pourtant bien sympathique ce tortillard. Certains peuvent se souvenir d’un voyage scolaire en 1946 où tout empanaché de fumée il avait conduit les enfants des deux écoles à Béziers, visiter les écluses, le pont sur Orb, les allées Paul Riquet, le Plateau des Poètes, la cathédrale St Nazaire. C’était pour les élèves un fabuleux voyage !... « Mademoiselle » tenait vraiment à leur faire connaître et apprécier sa ville natale.
Sa santé déclinant, elle parvenait difficilement à assurer sa classe. La toute dernière année de son service, il lui arrivait de ne plus descendre du tout. Ses élèves étaient alors accueillies par ses deux collègues. Cependant, elle avait à coeur de soutenir les quelques filles qui devaient passer l’entrée en 6e. Elle les recevait dans sa chambre où de son lit elle leur faisait faire la dictée quotidienne et des maths.

Elle cessa toute activité avant l’âge de la retraite. Retirée chez son amie Julie Barthès à St Thibéry, elle y décéda le 16 décembre 1950.
La gazette « Message » de l’Ecole Normale publia sa nécrologie où l’on peut lire : « Mademoiselle Fournier est morte. Cournonterral est en deuil. » Une scène recueillie dans la foule dira bien quelle pût être l’atmosphère en ce triste matin de décembre. Une étrangère au village constate : « Mon Dieu quante baral per una mestressa d’escola ! ». Une mère indignée : « Se vei ben que l’avetz pas conoguda e qu’a pas enseignat vostras filhas. ». Mademoiselle n’aurait pas pu souhaiter plus éloquent témoignage d’estime, de reconnaissance et d’affection.

Danse

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