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Partie 1
De l’Ere Secondaire à Hannibal
Partie 2
Des Samnagenses à la romanisation
Partie 3
Des Cazaligiis à Cornon
Partie 4
Sur le chemin du Consulat
Partie 5
Le Consulat : Cournonterral ville affranchie
Partie 6
Cournon au temps des remparts
Partie 7
Les seigneurs de Cournonterral

COURNONTERRAL

ENTRE LES COLLINES DE LA MOURE ET LE MASSIF DE LA GARDIOLE

Partie 1 - De l’Ere Secondaire à HANNIBAL

Cournonterral est aujourd’hui une cité de l’agglomération montpelliéraine, riche de 6000 habitants. Il y a 150 ans, elle fut un pôle économique florissant. Ses 1800 habitants constituaient une communauté dynamique de commerçants, artisans, agriculteurs. Des foires renommées attiraient des marchands et des acheteurs de toute la région. Mais en remontant un peu plus de 1000 ans en arrière, Cournonterral n’existait pas, cependant des gens vivaient entre les collines de la Moure et le massif de la Gardiole, territoire occupé aujourd’hui par 5 communes (Cournonterral, Cournonsec, Murviel lès Montpellier, Pignan et Fabrègues). Sur ce territoire se sont concentrées nos recherches pour comprendre la naissance et l’évolution de notre village.
A l’ère secondaire, à la période Jurassique, des dinosaures ont probablement occupé le site. Une vertèbre et une empreinte de cet animal ont été trouvées dans le Coulazou. Pour des raisons mal définies, les dinosaures ont disparu.
Notre sol a connu également de formidables secousses. Ainsi sont apparues au tertiaire des massifs montagneux comme la Gardiole au Sud, et au Nord le pli de Montpellier qu’on appelle aussi les Collines de la Moure, ou ici le Grand Pioch.
A la fin du tertiaire, nouveau bouleversement. Une mer la Téthys envahit le pays pour se retirer des millions d’années plus tard en laissant des traces de son occupation. Témoins les nombreuses ammonites retrouvées dans nos garrigues, les coquilles d’huîtres parfois géantes déterrées lors de travaux des champs, les dents de raies primitives, trouvées dans les marnes bleues du Coulazou, les deux crânes de dauphins primitifs trouvés dans la plaine de Cournonsec et encore la belle roche calcaires de Pignan incrustées de coquillages, utilisées dans la construction de monuments et d’ édifices.
Depuis environ 60 millions d’années, peu de transformations spectaculaires, au cours des millénaires, la mer s’est retirée, la végétation a recouvert la campagne. Des animaux terrestres d'espèces différentes en fonction des ères climatiques sont apparus.

Le paléolithique (1 millions d’années avant JC)

Pendant les périodes glaciaires, certaines espèces d’animaux ont habité notre territoire: des ours, des rennes, des mammouths, des cerfs élaphes ainsi que des équidés ont été découverts:
Sur Cournonterral, trois ossements de cerfs (ressemblant au Wapiti actuel) un équus (petit cheval) dans la Grotte du Squelette, à la Grotte de Férailles, une rotule de mammouth, à la Grotte d’Antonègre. des ossements de rennes et d’ours et au lieu dit Ste-Cécile, un site de 1000 m2 d’ossements d’animaux, ainsi qu’à Fabrègues au lieu dit la Chicane.
Lors des périodes très chaudes, il y a pu avoir des lions, des girafes, des zèbres, des bisons comme le montrent les peintures rupestres de certaines grottes du Midi de la France. Mais en ce qui concerne notre territoire, aucun vestige ne permet d’attester de cette présence.

Au Mésolithique (de 10000 à 6500 ans avant JC)

Il y avait des animaux et des hommes pour les chasser. Ils vivaient de façon nomade, se nourrissaient de cueillette, de chasse et de pêche. Ils utilisaient pour cela des arcs et des flèches. Cette période marque le début du climat tempéré comparable au notre.

Au Néolithique (de 6500 à 3500 ans avant JC)

De cette période où le nomadisme à perduré on retrouve des vestiges qui montrent également un début de sédentarisation des populations .Au lieu dit Garrigue Plane, à Cournonterral il y a des traces d’un vaste habitat du néolithique final avec la présence d’un tumulus. (Sépulture faite d’un amoncellement de pierres). Au lieu dit Grotte de l’Enfer, un grand vase cassé de forme sphérique et un bol cylindrique, ainsi qu’un fragment de grand vase globuleux orné de cordons ondulés, type d’ornementation bien connue à cette période dans notre région (voir photo ci-dessous). Sur le Causse d’Aumelas existe également des traces d’habitat de population sédentaires, ainsi qu’un tumulus.
Il en est de même à Fabrègues au lieu dit l’estagnol ou des vestiges de cabanes en torchis, des pieux enfoncés dans le sol ainsi que des poteries ont été mises à jour.

Poterie de la Grotte de l'Enfer

Au Chalcolithique (de 3500 à 1800 ans avant JC)

A Cournonterral à été mis a jour au lieu dit Canteloup un site (l’herm ) composé de traces d’habitat temporaire disposées en cercle et clôturées pour protéger les hommes et troupeaux des loups et autres prédateurs. Ces hommes, bergers ,semi nomades étaient de type Chasséen, Ferrières, Verazé. Leurs modes de vie quoique différents se caractérisaient malgré tout par le fait qu’ils étaient tous des bergers itinérants avec déjà une organisation cultuelle (tous les Dolmens du Languedoc ont été édifié par eux ) et se fixaient surement quelques mois sur des pâtures, avant d’aller ailleurs et revenir quelques mois ou années plus tard dans les mêmes endroits .Une autre des particularités de ces tribus était d’utiliser le cuivre pour parfaire leurs outils en pierre, cuivre daté comme issu de la mine de Pioch farus à Cabrières dans l’Hérault.
Au cours d’une prospection sur le plateau d’Aumelas, Jean luc VIDAL, Gérard NOUGALLIAT et Jean Luc RANDON membres du Spéleo club de Cournonterral ont découvert un aven qu’ils baptisèrent Aven de la Poterie à cause de la jarre qui y fut découverte par G.NOUGALLIAT à 8 m de profondeur. Cette jarre à été datée par les Antiquités Préhistoriques 2000 à 2800 ans avant JC Elle servait à recueillir de l’eau de percolation, ou des vivres (voir photo ci-dessous).
A Fabrègues au lieu dit Saumade on a également trouvé des tessons dont la datation du Chalcolithique a été demontrée.

Poterie de Lo Viel Cornon

L’Age de Bronze (de 1800 à 750 an avant JC)

D’après les archéologues et historiens, il y eut une forte poussée démographique à la fin de l’âge du Cuivre et au tout début de l’âge du Bronze, aussi bien dans les garrigues que dans la plaine. Au Grand Pioch, les Grottes de la Beaumette, de la Pinède, de Picabas et la Beaume de Bioge ont livré des fragments de poteries. Dans la grotte de la Beaumette a également été découvert un dépôt sépulcral ainsi qu’un bracelet de bronze décoré d’incisions (voir image ci-dessous).A Sainte Cécile, et à Canteloup des restes de murailles et de cabanes reliées entre elles ont été trouvés. A la Grotte de l’Enfer plusieurs fragments de vase en céramique gris sombre lustré seraient les restes d’un pichet avec deux anses. On a également des fragments d’une grande jarre ornée de cordons impressionnés au doigt. On note aussi la présence de fragments de fonds plats appartenant à d’autres récipients. Et enfin quelques ossements humains (un seul individu) reposant contre la paroi, (sépulture ?)
« Jacques COULAROU du CNRS de Toulouse (centre d’Anthropologie des sociétés rurales), propose deux hypothèses pour justifier ces vestiges. Pour la première il s’agit de récipients déposés dans le but de recueillir et stocker l’eau qui percolait de la voûte. Pour la deuxième la grotte servait de garde-manger. Bien que modestes ces données archéologiques constituent des indices qui associés aux autres éléments connus devront permettre de mieux connaitre le mode d’implantation des sociétés préhistoriques sur le Causse d’Aumelas et en bordure de la vallée du Coulazou.»
Sur le territoire actuel de Pignan, lieu dit les Gardies, un petit oppidum, recelait : amphores, objets métalliques, four, cabanes, objets en bronze.
Et enfin sur le territoire actuel de Fabrègues, lieu dit l’Estagnol, à l’oppidum de la Roque et à St Martin de Colombs des vestiges d’occupation avec des fragments de poteries des vases en céramiques imitation de coupes grecques une tombe à incinération ainsi que des urnes et un bracelet en bronze ont été mis à jour.

Bracelet de bronze

1er âge de fer (de 750 à 450 ans avant JC)

Vers 600 avant JC des Grecs (Egéens), des Etrusques, grands navigateurs, installent un réseau commercial dans le Sud du pays. Près de notre territoire, ils fonderont Marseille (Massalia), ensuite Agde, Saint-Thibéry, Bouzigues. Ils accostent dans des ports comme celui de Lattes, entrent en contact avec les populations de l’intérieur par les fleuves et établissent une voie commerciale; la Voie Hérakléenne (de Hérakles) reliant l’Espagne à l’Italie.
Deux hypothèses existent concernant le tracé exact de cette voie :
La première, selon Pierre Clément (ref), se situerait sur le tracé approximatif de la Voie Domitienne qui lui succéda, la seconde, selon Pierre Michel Président du club archéologique CEDIOS) positionne la Voie Hérakléenne au piémont des Collines de la Moure, autrement dit sur l’emplacement actuel de Cournonterral. A noter qu’aucun vestige connu ne peut à ce jour attester de la véracité de l’une ou de l’autre des hypothèses. Les populations locales auraient participé à cette construction et veillé à la sécurité des voyageurs qui l’empruntaient en lui assurant ainsi une forte fréquentation.
Pendant plus de deux siècles, Grecs et Etrusques ont donc sillonné notre région pour y faire échange de sel, résine, peaux séchées, poissons et viandes séchées, plantes médicinales et métaux.
Cependant, on ne trouve pas de trace de résidence grecques, seulement du mobilier.
Ainsi à Pignan, au lieu dit les Espagnats on trouve les vestiges d’une ferme indigène avec 20 fragments d’amphores massaliètes et 2 fragments d’amphores étrusques. Ce qui témoigne que des rapports au moins commerciaux existaient avec ces navigateurs marchands.
Toujours à Pignan, au lieu-dit les Gardies-Bois de Barre, on trouve de nouvelles amphores étrusques, mais aussi massaliètes, un parement de remparts en pierre sèche, un foyer avec fosse à cendres et des céramiques grises.
A Cournonterral aux Garrigues Planes, des tessons d’un même vase non tourné.
A St-Martin de Colombs, un mur préhistorique d’axe NO/SE, des amphores massaliètes, et des céramiques.
Au lieu-dit St-Baudille des tessons et fragments de Dolia (jarres).
Au Mas-neuf de Launac, 32kg de lingots de bronze, 21 kg d’objets en bronze (pointes de lances, épée, fragment de boucle, marteau, faucille, ciseau, rasoir, bijoux) et un bracelet en bronze plein.
Sur le site de ce que, quelques décennies plus tard, les romains nommeront l’Oppidum de la Roque, implanté à l’extrémité Nord-Est de la Gardiole (commune de Fabrègues), des céramiques et une coupe ornée d’un personnage grec debout, revêtu d’un manteau. Des fibules en bronze (épingles de manteau), des foyers autels décorés, installés dans les demeures, destinés aux cultes domestiques.
A cheval entre Pignan et Murviel les Montpellier au lieu dit la Colline des Gardies un petit oppidum, composé d’un modeste habitat de cabanes avec trous de poteaux et constructions en pierre sèche à été découvert, ainsi que des fragments d’ amphore massaliètes, étrusques, et de la céramique grecque.
L’Oppidum est un terme romain donné à une cité fortifiée ou non, installée sur une hauteur où la vie sociale s’organise en quartiers regroupant artisans, commerçants et partageant certaines commodités comme le puits.
Ces acropoles n’ont pas seulement une fonction défensive, mais surtout une fonction économique car les autochtones peuvent surveiller les mouvements des trafiquants étrangers, percevoir des taxes et se livrer à de fructueux échanges.
D’autre part, à cette période, eut lieu une invasion massive des Ibères (Espagne) et de quelques Ligures (Italie).
Loin de soumettre la population, ces peuples s’y sont progressivement intégrés. Cependant, le caractère originel de cette population, tout en s’enrichissant d’apports nouveaux, s’est maintenu et a ainsi montré qu’il savait résister aux envahisseurs potentiels.
Dans la même période (750 avant JC) la royauté romaine est fondée. La civilisation étrusque régresse. Les Romains trop à l’étroit dans le Latium (Rome) commencent à annexer et soumettre les peuples qui occupaient le reste de l’Italie avant de porter au delà des Alpes leur besoin d’extension. Ils empruntent les voies terrestres et maritimes en direction de l’Ouest, et posent petit à petit les jalons de leur future implantation. Ils nouent des relations avec les grecs et profitent de leur expérience en matière de commerce.

Vestiges de Launac, Médiathèque de Fabrègues

Le 2e âge de Fer (de 450 à 218 ans avant JC)

Vers 350 avant JC, s’installent, aux côtés des indigènes locaux, les Celtes « nos futurs gaulois » venus de l’intérieur du continent européen. Ils se divisent en deux branches : Les Volques Tectosages qui s’établissent à l’Ouest du Languedoc (Capitale Toulouse) et les Volques Arécomiques (capitale Nîmes) à l’Est jusqu’au Rhône. Ils s’implantent sur des hauteurs qui dominent la plaine et soumettent la population autochtone sans l’exterminer,bien qu’il soit écrit que l’Oppidum de la Roque fût une première fois saccagé à cette époque.
Dans le même temps, Rome accentue son influence sur le Sud et donc sur notre territoire. En conséquence, les romains par leurs négociants et leurs marchands apportent leurs denrées. Ils vendent ou troquent leur vin, leur huile en échange de sel, de viande conservée, de peaux et de métaux.
Cela donne une population pluri ethnique qui cohabite et qui au fil des siècles fusionne pour devenir ce que l’histoire appellera dans les années 50 avant JC, le peuple gallo-romain. Pour autant, nous n’avons pas de trace écrite de la qualité de cette cohabitation. Fut elle sans encombre ni nuage ? le tempérament rebelle des occitans d’aujourd’hui nous laisse à penser que non.
Par contre, si nous n’avons pas de trace de la qualité de cette cohabitation, il n’en est pas de même des vestiges qui subsistent de cette période.
A Cournonterral au Domaine de la Barthe, a été révélée sur 70 m2 une concentration de poteries martelées et d’amphores massaliètes; à Ste-Cécile-des-Trois-Loups, des céramiques fines, deux tessons d’amphores massaliètes et une amphore romaine; à Canteloup, des vestiges d’une ferme de type romain ( villa) avec amphores italiques et céramiques; à Coste des Cormiers, des traces d’occupation avec le même type de mobilier et des vestiges d’une petite habitation.

Vestiges de l'Oppidum de la Roque, Médiathèque de Fabrègues

Et Cournonterral ! hé bien ! le village et bien il n’existe toujours pas, sauf que ...

En 218 avant JC, Hannibal, grand conquérant punique se rend en Italie avec ses armées, affronter les romains. D’après Polybe, il lance sur les chemins et pistes une armée forte de 60.000 fantassins, 10.000 cavaliers et de trente-sept éléphants de guerre, et des milliers de bêtes de somme chargées de vivres, matériel et butin. Compte-tenu de l’itinéraire supposé d’Hannibal et de ses armées (voie Héracléenne) et de la configuration géographique de notre région, il est admis qu’une telle armée ait pu se déplacer sur un large front dans la vaste plaine de Launac et établir des campements à proximité de points d’eau, comme la source du Theron.

Buste de Hannibal

Hannibal se serait-il arrêté et désaltéré ?

C’est ce que raconte la légende dont Claire Bonnier s’est inspirée dans son livre LA FONT DAU TEROUN (LA FONTAINE DU THERON).
THERON est composé de THE (Dieu) et ROON (coule sans arrêt), la fontaine bénie des dieux coule sans arrêt.
Cette légende dit : «Un éclaireur d’Hannibal, installé auprès de la population autochtone, alerté de son arrivée, vint à son devant et lui posa la question : «Voudrais-tu te désaltérer à la belle eau claire de cette fontaine ?». Hannibal lui répondit : «CUR NON»(pourquoi pas). A ce moment là, la belle Julia, fille du chef du village, choisie contre son gré lui tendit la coupe d’eau fraiche. Il a bu, son cœur a battu, mais pas celui de Julia qui battait déjà pour le beau romain Marcus Scipion avec qui elle avait partagé l’eau de la source.
Hannibal a donc poursuivi sa route. Quant à Julia, désapprouvée par la population, elle fut exposée à la vindicte publique. Afin de lui éviter une mort cruelle et déshonorante, son père préféra lui transpercer le corps de son épée avant de se donner la mort.»
Au sujet du terme CUR NON, les historiens affirment que Hannibal avait un précepteur grec, et se posent légitimement la question : Hannibal avait-il des connaissances de la langue latine ?
Notre réponse est simple: pourquoi pas !!!

Claire BONNIER

FIN DE LA PREMIERE PARTIE.

Comité de recherche et de rédaction du GRAC pour cet article: E.BONNEL, P.GACHON, F.MONIER, R.ESCOBOSSA, J .TEILHARD

Bibliographie et sources

Le gisement de requins du bassin miocène de Gigean-Montbazin de JF.MARZOLI
Quelques cétacés du Miocène de V.PAQUIER attaché au Laboratoire de recherche de géologie de Grenoble
Le Montpelliérais 34/3 de Julien VIAL , collection, cartes archéologiques de la gaule , et pré inventaire archéologique publié sous la responsabilité de Michel PROVOST
Le gisement de L’Herm de Canteloup de Cournonterral (1983 de Raymond DUJARDIN et Henriette CAMPS FALER.)
Les cultures de ferrières, des chasséen et de veraza (Wikipedia).
La mine de cuivre du Pioch Forus à Cabrières (34)
Le Groupe de Spéléologie de Cournonterral et notamment nos plus vifs remerciements à Messieurs Robert BOURRIER et Christian ARRIBAT pour nous avoir montré les lieux et pour le prêt de documents (les découvertes archéologiques de la Grotte de l’Enfer de Jacques COULAROU du CNCR et des photos (Cliché Albert COLOMER service régional d’archéologie) et Les Profondeurs Vécues de Robert BOURRIER)
L’histoire du Languedoc de Louis René NOUGUIER, Hubert GALLET DE SANTERRE, Philippe WOLFF, Emanuel LE ROY LADURIE, Louis DERMIGNY, jean SANTOU, Roger BRUNET
Le Montpelliérais 34/3 de Julien VIAL, collection, cartes archéologiques de la gaule, et pré-inventaire archéologique publié sous la responsabilité de Michel PROVOST.
Pierre A Clément, Alain Pieyre: La voie domitienne
Pierre Michel: Cedios
Travaux de l’association Thau histoire et archéologie
Claire Bonnier Félibressa: la font dau teroun
L.Segondy: 10 villages, 10 visages

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Partie 2 - Des SAMNAGENSES à la ROMANISATION

Au II siècle avant JC notre secteur était habité par un peuple d’origine Celte, les SAMNAGENSES, dont la capitale SAMNAGA se situait sur les hauteurs de Murviel. Des chemins encore visibles rayonnaient de cette cité vers les lieux de résidence des tribus installées entre « Vêne et Mosson » et notamment à Cournonterral, le vieux chemin de Murviel part du Théron pour aller se confondre avec la route de Murviel, à Garrigues Planes. « Nos ancêtres les Gaulois » auraient donc été les SAMNAGENSES. D’après les dernières recherches, ce peuple possédait sa propre monnaie, donc sa propre économie.
En 122 avant JC Domitius Ahenobarbus franchit les Alpes avec une armée puissante renforcée par des troupes grecques et des éléphants de guerre. Avec l’aide de Quintus Maximus, il écrase les Allobroges et les Arvernes. Il se voit confier la mission d’organiser la colonisation du Sud de la Gaule.
Grand stratège, Domitius est aussi un bâtisseur. Il entreprend en toute priorité la construction d’une grande voie de communication, essentielle pour les échanges internationaux. Cette voie, véritable autoroute avant la lettre porte son nom : VIA DOMITIA. Il ne s’agit plus d’une piste mais d’un ouvrage pensé par des ingénieurs, des géomètres, des arpenteurs, si bien conçu qu’on le retrouve après plus de 2000 ans en de nombreux endroits et notamment au Sud de Cournonterral.

Coupe de la Voie Domitienne

Aux abords des cités la voie est dallée ou pavée. Ailleurs, sa partie supérieure est constituée d’un mortier. Des ponts, des gués enjambent les différents cours d’eau qu’elle rencontre. La portion qui passe sur notre commune est goudronnée de Cournonterral à Lavérune et le pont du Bordelet sur le Coulazou, dont deux culées sont visibles, a été remplacé par un gué. Des temples, des nécropoles se situent à proximité des relais d’étapes où l’on peut passer la nuit ; des relais de poste où l’on peut changer de chevaux chaque 10 km, la bordent. On en situe un à Escaffiac, non loin de la cave coopérative «La Voie Domitienne».
La vocation première de cette route est de faciliter le déplacement des légions et la transmission rapide du courrier impérial. Par exemple, on raconte que la nouvelle de la mort de Néron n’a mis que 6 jours pour parvenir de Rome en Espagne. En outre, elle favorise l’accroissement des échanges commerciaux, le déplacement des piétons et des troupeaux.

Pont du Bordelet par J. M. Amelin

Pont du Bordelet par J. M. Amelin
Bibliothèque numérique de la MCA de Montpellier

Dès qu’un tronçon de voie est terminé, Domitius fonde une cité et y installe des colons venant d’Italie. Ce sont des civils et leur famille, ou des vétérans de l’armée. C’est ainsi qu’en 118 avant JC, il fonde Narbonne qui sera la capitale de la Provincia et plus près de nous FORUM DOMITII à proximité de Montbazin. Ce sera un centre administratif, commercial, culturel, juridique. Aucune fouille approfondie n’a été menée sur son site, cependant des sondages en ont extrait quelques objets intéressants comme des vases de Vicarello, timbales en argent portant gravés les noms des relais de la Voie Domitienne et la distance les séparant. Ces objets peuvent être considérés comme les ancêtres de nos guides routiers. Toujours à Montbazin, les archéologues Lugrand, Thomas, Rouquette et Albagnac ont prospecté et trouvé:
Aux Avenasses des bâtiments luxueux avec 2 bassins.
A St Colombe : une sépulture sous tuiles et statuette de métal.
Aux Tuileries : un atelier de potier, 2 fours de tuiliers, un four à amphores. Ces vestiges confirment le rôle économique du Forum Domitii.

Gobelet de Vicarello

Accordons à Murviel (SAMNAGA) une place particulière parmi tous les sites, du fait de sa position de capitale tribale.
Les Romains connaissant l’existence de cette cité s’y présentent et sont accueillis favorablement par les habitants qui mesurent à quel point cette civilisation ajoutée à la leur, déjà riche, peut les faire prospérer. Les Romains leur conservent leur autonomie, leurs magistrats et leur liberté de cultes (cinq religions). Cette société nouvelle, où Romains et Gaulois s’associent, constitue ce qu’on appelle les Gallo-Romains.
Sous la gestion romaine SAMNAGA va devenir pendant quatre siècles une des villes importantes du Sud, avant de décliner au profit de Nîmes. Elle s’étend sur 30 ha environ.
La Ville Haute parait avoir été le quartier des artisans : un four de potier, des pesons de tisserands, des meules nous permettent de dire que l’artisanat y était prospère, sans oublier les tailleurs de pierre et les sculpteurs qui œuvraient pour l’embellissement de la cité. On accède par un escalier monumental à la Ville Basse où les archéologues ont pu dégager un superbe forum. Une large esplanade offre à la vue une série de pièces pavées de mosaïque, les bases d’un portique abritant une fontaine; une table de pesées qui s’y trouvait également atteste de l’activité commerçante du lieu. On y situe aussi les fondations d’un temple et un socle de statue. Un certain nombre d’emplacements antiques émaille le territoire entre « Vène et Mosson ». On y retrouve le même type de mobilier : tuiles, poteries, assiettes, bols, dolia, céramiques, sigillées, monnaies, fibules, épingles, meules… Nous ne ferons état ici que du mobilier particulier.

Oppidum du Castellas, Murviel

A Pignan, sur les sites des Molières, la Peyrière, la Garonne, les Laquets, le Grès, les Deves se trouvaient de petites fermes. Dans la garrigue, sur l’emplacement d’une petite ville «Hautemur», un trésor de pièces de monnaie a été découvert.
A Fabrègues, une dizaine de sites a révélé le même type de mobilier, ce sont Mirabeau, Mujolan, Agnac, Launac le Vieux...
A St-Martin de Colomb, des tessons de sigillée de l’époque paléochrétienne et une chapelle du II siècle après JC marquent l’avènement du christianisme.
A Valautres un alignement de pierres sur 250 m correspond à un mur bordant l’ancien chemin salinier de Maguelone à Murviel via Pignan. Comme son nom l’indique, il servait à acheminer vers l’arrière pays le sel, denrée de conservation précieuse. Il faisait partie de toute une série de voies pénétrantes qui renforçaient les échanges économiques de la région.
A Cournonsec, les sites d’Escaffiac et du Mas de Bonnel et du Pouzet ont connu la présence grecque avant d’être gallo-romains. Sur un site d’1 ha, un puits, une colonne antique, du mobilier de céramique sont datés de 120 avant JC à 400 après JC.
Grémian a été un domaine gallo-romain important établi sur une surface de 7000 M², une colonne brisée, un puits, un bassin indiquent la présence d'une belle villa. 600 M plus au Sud : des tombes pourraient être celles des occupants de cet établissement. On sait que les Romains enterraient leurs défunts à l'écart de leur lieu de vie.
A Pouviel : un vieux puits, une façade de 40 M de long, des amphores et des tuiles, des céramiques, deux bassins et un pavage indiquent que l’existence d'une grande villa a précédé le bas empire romain.
A Cournonterral, des vestiges témoignent de l’implantation gallo-romaine:
-Aux Touâts, un établissement à vocation agricole et d’abondants fragments de tuiles, amphores, dolia, un mur délimitant la terrasse Sud.
-Au Mas de Blange, à Canteloup, Coste Cormiers, les Devézes, les Peyroules, au Mas de Chaumot, à la Bruyère, aux Treilles, à Belerac, existence de petites fermes de 250 à 2000 m2.
-En face de la gare d’intêret local des sépultures et des sigillées.
-A Manavielle, trois villas.
-A Ste-Cécile-des-Trois-Loups, le mobilier retrouvé correspond à un vestige de mausolée avoisinant un habitat de type villa. Il se compose d’une colonne au sommet cannelé, d’une colonnette en porphyre vert, d’éléments de corniche à denticules, de pommes de pin en pierre, d’une tête de femme voilée, d’une coupelle, d’un simpulum en bronze avec palmette gravée sur le manche (vase à libations).
-Le Domaine de la Barthe a été occupé à plusieurs époques de l’antiquité. On y a décelé un petit établissement rural, mais aussi des tesselles de mosaïque jaunes, blanches et noires. Des céramiques fines et communes, des fragments de tubuli d’hypocauste (système de chauffage à air chaud utilisé dans les thermes) ainsi que des fragments de marbre soulignent le caractère luxueux d’un habitat.

Monnaies de la Villa des Horts

-Aux Horts, des travaux de terrassement effectués en bordure de la départementale ont révélé des vestiges que R. Bourrier a eu le temps de photographier. P Beretta aussitôt alerté s’est rendu sur la décharge où il a pu sauver des fragments de sigillée, et de coupes en céramique, une meule, des éléments d’hypocauste, des pièces de monnaie, autant de témoins tangibles de l’existence d’une belle villa.

Mosaîque en épi de la Villa des Horts

Fragments de poteries de la Villa des Horts

Mosaîque en épi de la Villa des Horts

Fragments de poterie de la Villa des Horts

Muret de la Villa des Horts

Fragments de poterie de la Villa des Horts

Conclusion : la paix romaine aura duré près de cinq siècles.

FIN DE LA SECONDE PARTIE.

Bibliographie :

La Voie Domitienne de P. A. CLEMENT et A. PEYRE.
Une Agglomération Antique aux portes de Montpellier écrit sous la direction de P. THOLLARD.
Le Montpellierais 34/3 de Julien VIAL , collection, cartes archéologiques de la Gaule , et pré inventaire archéologique publié sous la responsabilité de Michel PROVOST.
Montbazin volume 1 de Jacky DAVID.

Des remerciements particuliers à messieurs Robert BOURRIER et Pascal BERETTA de Cournonterral, Jacky DAVID de Montbazin.
Monsieur THOUZARD (Murviel) président du Groupe de Recherche Archéologique et Historique de Montpellier et sa région.
Photos R. Bourrier et R. Escobossa

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Partie 3 - Des CAZALIGIIS à CORNON

a) LES PREMIERS SEIGNEURS

Le 1er millénaire de notre ère va connaître des changements dus à l'avènement du christianisme. D'abord réprimé par les empereurs romains notamment Dioclétien, il deviendra en 313 après l'édit de Constantin religion officielle. Il se développe surtout dans les villes, les campagnes reculées continuent de pratiquer le culte druidique de leurs ancêtres. A la fin du VIIIe siècle, le paganisme a complètement disparu.
Au Ve siècle, l'affaiblissement et la chute de l'empire romain vont ouvrir les portes aux grandes invasions. Les Huns et les Francs envahissent le Nord de la Gaule. Le Sud, après le passage des Vandales, voit déferler par petites vagues des Barbares venant de l'Est : les Wisigoths. Ils s'établissent dans le Languedoc-Roussillon, l'Aquitaine et une grande partie de l'Espagne. Toulouse est leur capitale. Chrétiens de confession arienne, les Wisigoths sont considérés comme hérétiques par l'église. Les Romains leur confèrent le statut de peuple fédéré. Ils prennent la région en main en s'appuyant sur les lois existantes. Au cours des trois siècles de leur domination, ils évolueront, reniant l'arianisme, vers le christianisme trinitaire de l'église romaine. Ils fédèrent le Languedoc autour des 7 évêchés de : Narbonne, Agde, Béziers, Nîmes, Elne, Lodève et Maguelone, constituant ainsi la Septimanie. Maguelone semble avoir eu un rayonnement spirituel particulier aux VIe et VIIe siècles. Les traces qu'ils ont laissées localement sont rares, on cite l’existence d'un cimetière wisigothique au Nord de Grémian vers la source de la Vène.
En 507, Clovis reprend l'Aquitaine et Toulouse aux Wisigoths. Le Languedoc-Roussillon se détache du royaume franc et reste rattaché à l'Espagne. Les Arabes envahissent la péninsule ibérique jusqu'à Barcelone. Vers 719, ils organisent des expéditions sur notre pays. Arrêtés à Poitiers, par Charles Martel, ils parviennent toutefois à se fixer une quarantaine d'années dans notre région. Ils chassent les Wisigoths de Maguelone. Charles Martel, fort de son succès à Poitiers, entreprend de les refouler du Languedoc, mais trop éloigné de ses bases, il échoue et se retire en brûlant sur son passage : Béziers, Agde, Nîmes et Maguelone, évêché dont nous dépendront, qui ne se relèvera que trois siècles plus tard.
Qu'en est-il des populations locales dans cette période de troubles ? A l'écart des grandes villes, elles se terrent dans les garrigues. La vie économique régresse car le commerce international est difficile. La mer Méditerranée est qualifiée de lac musulman, sillonnée et contrôlée par des pillards sarrasins. Avec Charlemagne, le pays va retrouver une certaine stabilité : c'est la paix franque. Cependant le Midi de la France est quasiment abandonné par le pouvoir central qui se situe à Aix-la-Chapelle en Allemagne. Charlemagne délègue ses pouvoirs à des comtes, vicomtes et ducs. L'église monte en puissance, les bases de la féodalité s’établissent.

Porte de Maguelone Blason des évêques de Maguelone

A cette étape de notre histoire, le village de Cournon n'est toujours pas fondé. La population autochtone est installée coté garrigue, sur la rive gauche du Coulazou. Outre des fermes et mas isolés, il est fait mention d'une agglomération d'habitations, certainement des huttes, nommée CAZALIGIIS qui s'étend des Touâts à la Grave (tènement appelé aujourd'hui Cazalis).
Les paysans y vivent de l'élevage, de la culture de céréales, de la vigne et de l'olivier, du chanvre textile (canabaria) ; des artisans y pourvoient à la fabrication, à la réparation des outils, au tissage, à la fabrication de fromages ...
C'est dans ce contexte qu’apparaît pour la première fois le nom de CORNON. Il est cité vers 980 dans un acte où Pierre, évêque, fils de Bernard et Bernard fils d'Ugo et de Garsende rendent hommage à Aton pour le castellum de Cornone.
Il apparaît aussi en l'an 1025 dans un acte manuscrit où il est dit que le seigneur Gaucelinus de Cornone est témoin au côté de Bégone de Piniano (Pignan), lors de l'élection de l’Abbesse Judith de Saint-Géniez-des-Mourgues.
Vers l'an 1060, Pons fils de Dida rend hommage à Raymond Bernard, Vicomte, pour le castellum de Cornone.
Vers l'an 1062, Armengaud, fils de Eldiard, fait hommage à Frotaire et à Raymond, fils de Bernard, Vicomte de Cornone.
Un castellum n'est pas un château à proprement parler, mais une tour-donjon comme la «Passadella», aujourd'hui appelée tour Sarrasine, élevée sur un surplomb au dessus du Coulazou : le Cornon, qui pourrait être un toponyme venant de « cornu » ; pointe extrême d'un relief. Jusqu'ici, aucune explication fiable de l'origine du nom ne nous a été fournie.
Le rôle de la tour-donjon était de surveiller le gué, ou passe du Théron et de prévenir d'éventuelles attaques venues du Nord. Elle fera partie d'un système de défense en relation avec la tour de Montbazin et les deux tours de Pignan. Elle contrôlera ainsi les allées et venues entre Cornon et Murviel et permettra de collecter des droits de passage.

Tour de la Passadella

La tour n'a pas été construite en une seule fois, elle a connu des surélévations successives. Dans la base étaient stockées réserves et munitions ; au premier niveau, auquel on accédait par une échelle escamotable, se trouvait le logis seigneurial ; au dernier niveau, les structures défensives (hourds, bretèches...) auxquelles on accédait par un escalier intérieur aménagé dans l'épaisseur des murs. Jusqu'au XIIe siècle, le lieu est divisé en deux entités : le village des Cazaligiis et le castellum de Cornone.
En l'an 1077, Pierre-Riculfe de Cornone est témoin de Raymond IV de Toulouse. C'est sous la bannière de celui-ci, en l'an 1096, que Othon de Cornone, avec Pons et Bernard de Montlaur, Pierre-Bernard de Montagnac, etc..., s'engage au coté de Guilhem V de Montpellier pour la 1ère croisade. On retrouve ce contingent, ou armée des Provençaux, sur les sites d'Antioche, Maara, Tripoli, … Othon sera de retour dans son fief à la fin de l'an 1099.

Adhémar de Monteil enluminure sur parchemin XIIIe siècle

La seigneurie de Cornon n'a pas un seul et unique seigneur. Elle est partagée entre plusieurs membres de la même famille et à partir du XIIe siècle avec d'autres familles telles que les Montlaur ou les Montagnac, suite à des alliances.

Blason de la famille de Montlaur Blason de la famille de Montagnac

Elle partage plusieurs seigneuries pendant plusieurs siècles. C'est ainsi qu'elle possède la moitié de l'étang de Vic, avec ses droits de pêche et de chasse, et les bois des Aresquiers dont Guillaume de Cornone hypothéquera le quart en 1114 pour financer son pèlerinage en Terre Sainte. Les rênes de la seigneurie reviendront à son frère Pierre de Cornone.
De retour de Jérusalem, Guilhem V de Montpellier agrandit son territoire et son influence en achetant diverses seigneuries, et en particulier Mireval et Cornon(sec) qui lui demeurent inféodés alors que Vic et Cornon resteront inféodés à l'évêque de Maguelone.
En 1111 apparaît dans les textes le nom de Cornon SECH (le suffixe «sech» signifiant hauteur), notre village portera le seul nom de CORNON. Vers le début du XIIIe siècle, lui sera ajouté le suffixe «terrallum» pouvant évoquer les terres sur lesquelles le château est orienté ou la motte de terre (castrale) sur laquelle il est édifié.
A la fin du XIIe siècle, Cornon se parera du suffixe terralum : CORNON-TERRALUM. En 1312, le latin vulgaire a été remplacé par une langue romane : l’OCCITAN. Le nom du village s’écrit alors en un seul mot et arbore la lettre H, caractéristique de la langue d’OC : CORNONTERRALH.
Mais, dans ces époques, il n’est pas rare que les clercs chargés des écritures ne prennent des libertés avec l’orthographe. Ainsi on pourra rencontrer CORNONTERRAL, puis CORNON-TERRALH ou CORNONTERRALH pour passer à COURNON-TERRAIL en 1626.
En 1740 on peut lire COURNONTERAIL. L’orthographe actuelle s’établira vers la révolution pour ne plus en changer.

b) LES POSSESSIONS SEIGNEURIALES

A la fin du XIIe siècle, la seigneurie de Cournon est tenue essentiellement par trois co-seigneurs : Othon de Cornon, Bertrand de Montlaur, époux de Aiceline de Cornon et Pierre-Bernard de Montagnac. Leurs possessions s'étendent alors en de nombreux lieux parfois éloignés comme Paulhan, Conas, Saint-Pons-de-Mauchiens, mais aussi à Vic qui revêt une importance majeure due à la présence des étangs environnants tels que ceux de Vic, d'Ingril, de l'Arnel, du Prévôt. Ces étangs offrant une richesse économique non négligeable avec la pêche, la chasse, les coquillages et l'extraction de sel. Outre ces seigneuries, ils ont des biens sur Montbazin, Gigean, Grémian, Antonègre, Fontfroide près de Montferrier.
L'état de ce patrimoine peut varier en fonction de ventes, échanges, cessions, dons ou acquisitions. Le testament d'Othon de Cornon datant de août 1181 nous renseigne sur l'étendue des biens au moment de sa mort et à qui il les destine :
«Je laisse à Bertrand de Montlaur tout ce que j'ai à Vic et ses environs, excepté ce que possède l'église de Maguelone précédemment donné par nous ou nos pères.»
«Je laisse à Bertrand de Montlaur le fief(1) qu'il détient sur les anguilles de Pérols.»
«Je laisse à Huguette, mon épouse, ce que je lui ai donné en cadeau de fiançailles : le castrum de Montbazin et sa paroisse, la villa de Saint-Julien-d'Antonègre et sa paroisse.»
Après la mort d'Othon, la dite Huguette entrera au monastère de Saint-Félix-de-Montceau, à Gigean et elle fera don d'un certain nombre de biens en paiement de messes à perpétuité. On a tout lieu de penser que Huguette est ensevelie à Saint-Félix. Quant à Othon, son corps peut reposer à Maguelone, si les termes de son testament sont respectés, ou à Saint-Félix aux cotés d'Huguette comme l'avance le président de «Association Sauvegarde de l'Abbaye St Félix de Montceau».

Sépultures supposées de Othon et Huguette à Saint-Félix-de-Montceau (Gigean)

« Je fais de mon neveu Pierre de Roquefixe (qui reprendra plus tard le nom de Cornon) l'héritier du castrum de Cornon et de Montbazin.» Pierre de Roquefixe épousera Vassadella qui lui survivra et détiendra les pleins pouvoirs sur la seigneurie avec son fils Raymond Vassadel. C'est Pierre de Roquefixe qui se sépare définitivement de ses dernières possessions sur les Aresquiers et l'étang de Vic au début du XIIIe siècle.

Blason des Roquefixe, émaux inconnus

«Je laisse la moitié du registre du cens(2) que je perçois sur un porc à l'autel de Sainte-Marie de Montbazin. Grâce à cet argent, l'administrateur fera faire des chandelles pour le dit-autel.»
«Je laisse la moitié du registre du cens que me doivent les enfants de Pierre de Cournonsec portant sur une parrane(3) à l'église de Cornon. Avec cet argent l'administrateur fera faire des chandelles pour l'autel de Sainte-Marie.»
«Je laisse à Sainte-Marie-de-Valmagne la moitié de ma manse(4) des Combes à Antonègre, son domaine, son conseil et ses hommes, ainsi que toutes ses dépendances.»
«Je laisse à l'église Saint-Pierre-de-Cournon la maison que j'ai devant l'église.»
Il fait don de sommes d'argent à diverses communautés religieuses : monastère de Saint-Félix-de-Montceau, l'église de Sainte-Léocadie-de-Vic, les Hospitaliers de Jérusalem, Sainte-Marie-de-Cassan, Saint-Michel-de-Grémian.
Il fait don à l’évêque de Maguelone de la totalité du pouvoir juridictionnel qu'il a sur le castrum de Gigean, les salins de Villeneuve et sur la mer de Croso. On peut noter la large part d'héritage consacrée à l'église. C'est par ce biais qu'on achetait, en ces temps, le salut de son âme.

Vue générale sur le castrum primitif de Cornon

Les seigneurs ne pouvant être omniprésents délèguent leur pouvoir à un bayle qui gère à sa guise les biens et les hommes, il tient lieu de juge et policier et occupe une place inconfortable entre le seigneur et le peuple.
Le système féodal est basé sur la hiérarchisation de la société : les seigneurs exercent leur autorité sur les nobles et la plèbe mais sont eux même placés sous celle de leur suzerain, l’évêque de Maguelone à son tour vassal du roi de France. Cette inféodation des seigneurs de Cornon à l’évêque est symbolisée par une cérémonie particulière qui a lieu une ou deux fois l'an : à cette occasion, l’évêque,et son escorte, se rendent au village où ils sont reçu en grande pompe. Les tours sont parées d’oriflammes aux couleurs de l’évêché, on sonne les trompes et un cortège, entourant l’évêque, se forme au milieu des acclamations et aux cris de « Maguelone, Maguelone, Cornon, Cornon !... ». Le seigneur agenouillé, la main dans celle du prélat lui prête serment de fidélité, et lui remet symboliquement les clefs des portes. Il reçoit la protection de l’évêque en échange d'une albergue(5) pour six soldats exigible une fois l'an. Une messe suivie d'agapes auxquelles assistent les seigneurs environnants clôture la cérémonie.
En ces périodes, la religion chrétienne est profondément ancrée dans les esprits et dans les mœurs des populations qui exigent d'être accueillis en totalité à l'église. Il existe trois foyers de population donc trois églises appartenant à la paroisse de Sainte-Croix-de-Cornon : Saint-Julien-d'Escafiac, prés de la voie romaine ; Sainte-Cécile-des-Trois-Loups, à la limite de Pignan et Saint-Pierre à Cornon même, construite extra-muros.
Les habitants regroupés à l'ombre du castrum (sans doute venus en partie du village des Cazaligiis voisin) présentent toutes les classes de la société de l'époque. Les nobles et la plèbe composée de paysans, de commerçants et de bourgeois. Les nobles bénéficient de privilèges, ils étaient exempts d’impôts et ne devaient pas travailler de leurs mains. Citons l'anecdote concernant Pierre de Coffinhac qui se disait noble et donc n’acquittait pas son impôt. Hors ce petit noble n'ayant pas une situation florissante contraint à mettre la main à la charrue, n'est plus considéré comme noble et doit s'acquitter de l’impôt. Les nobles ne travaillent pas mais rendent le service militaire à cheval et contribuent à la défense de la chose publique.
La communauté villageoise constitue «l'Universitas». Elle ne comprend ni les nobles ni les seigneurs. L'Universitas, est une association d'hommes unis par les mêmes intérêts face aux mêmes adversaires (seigneurs ou bayle). Les intérêts sont gérés par des syndics.
Vassadella, veuve de Pierre de Cornon, va être la première à affronter les mouvements contestataires de l'Universitas.

1) fief : bien ou revenu immobilier confié en rétribution d'un service
2) cens : redevance
3) parrane : culture en étage
4) manse : ferme
5) albergue : engagement

Carte des seigneuries et possessions des Cornon

Bibliographie :

Histoire générale du Languedoc par Dom VAISSETTE et Dom Claude de VIC
Cartulaire des Trencavel analysé par Joseph DOVETTO
Cartulaire des Guilhem de Montpellier
Cartulaire de Maguelone
Histoire de la ville de Montpellier Charles d'AIGREFEUILLE
Series praesulum Magalonensium et Monspeliensium de Pierre GARIEL
Les noms de lieux du département de l'Hérault par Frank R. HAMLIN
L'Universitas de Cournonterral : du syndicat au consulat, d'après les parchemins de ses archives (XIIIe-XIVe siècle), par Christiane GIL 1972
Le Consulat de Cournonterral, par Alexandre GERMAIN 1855
Fonfrède-Fontfroide. Quelques notes tirées de ses archives, 1185-1910 / par Camille LEENHARDT 1911
Famille Teyssier de Chaunac des Farges. Notice historique et généalogique 1880

Remerciements :

Frédéric MAZERAN CG de l'Hérault Pôle Développement Humain Service patrimoine
Vivien VASSAL Chercheur Associé LA3M - UMR 7298 - Université d'Aix-Marseille - CNRS
Blasons dessinés avec l'aide de Jean-Paul FERNON

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Partie 4 - Sur le chemin du CONSULAT

Dans notre dernier article, nous indiquions que la communauté villageoise constitue «L’UNIVERSITAS». Elle ne comprend ni les nobles, ni les seigneurs. L’Universitas est une association d'hommes unis par les mêmes intérêts face aux mêmes «adversaires» seigneurs ou bayle. Les intérêts sont gérés par des représentants de la communauté. Le rôle de ces représentants consiste à régler les affaires courantes et plus occasionnellement les problèmes qu’engendrent l’attitude malveillante des seigneurs, ou les agissements illégaux des villages voisins (Pignan, Montarnaud) sur des problèmes de délimitation de territoire.

Les différends, opposant les seigneurs omnipotents à l’Universitas, apparaissent dès la constitution de la communauté.

En 1300, la population est d’environ 600 personnes rassemblées dans 130 feux (foyers),
3 forgerons, 1 notaire, 2 savetiers, 1 sarcleur, de nombreux paysans, éleveurs et vignerons,
quelques artisans et commerçants dont Hugues Cristine membre actif du parti populaire.
Issu de Cournonterral, Il résidait à Montpellier et exerçait les activités de blanquier et corroyeur (métiers et commerce du cuir) et faisait du charroi à dos de bêtes et d’hommes.

Dès 1238, les rapports entre la population et la seigneurie s’altèrent de façon significative et ne cesseront de se dégrader pendant un siècle pour aboutir au Consulat.
L’autorité seigneuriale se trouve affaiblie du fait de l’indivision du fief, les habitants guidés par une aristocratie bourgeoise en profitent pour secouer le joug et arracher des concessions portant essentiellement sur l’impôt.
Ils obtiennent ainsi des co-seigneurs que ceux-ci, ainsi que leurs descendants, s’engagent en jurant sur l’Evangile de ne plus percevoir la contribution appelée « Treizième » que devaient payer les femmes et les hommes. Par le même serment, ils promettent de ne plus lever à l’avenir aucune contribution du même genre ni sur les personnes, ni sur les biens.
Cet engagement est scellé par un acte authentique recueilli par Guillaume Bernard des Trois-Loups, Hugues Cristine, Pierre Teissier, Pierre Leroy, Guillaume Fabre et Bernard Almerien, notables de la cité.

Cette première victoire est remportée par le peuple sur les co-seigneurs du moment : Vassadella, son fils Raymond Vassadel et Pierre Bernard de Montagnac.

L’action des représentants du peuple ne se limite pas aux questions financières, elle s’étend aussi à la délimitation des territoires communaux, c’est ainsi que:
en 1245, les représentants de la communauté de Cournon et les habitants de Montarnaud attribuent par une transaction les garrigues de Montloup à Montarnaud, et les garrigues du Pioch et de Cabrouliez à Cournonterral.
Trois ans plus tard, les seigneurs de Cournonterral acceptent l’arbitrage d’un représentant de la communauté, Guillaume de Pano, au sujet de la forêt et des garrigues de Cabrouliez.
En mars 1263, Bertrand de Montlaur vend Terre-Mégère en indivis aux communes de Cournon et Montbazin.

Philippe IV, le Bel

C’est en 1297 que Philippe le Bel, pour qui le midi commençait à prendre de l’importance, acquiert entre autre la Rectorie de Montpellier, ce qui change les rapports de force entre seigneurs et communauté et permet aux représentants de celle-ci de s’organiser en syndicat.
En 1299, les Syndics de Cournon sont nés, ils sont secondés par des procureurs.

Un nouveau conflit important éclate entre la population et les seigneurs, c’est l’affaire du four banal. Elle débute à propos d’une saisie faite par le juge et le bayle chez plusieurs habitants qui avaient osé faire cuire leur pain hors du four du seigneur. Celui-ci possède deux fours, mais pour des raisons mal définies, un seul est en service. Était-ce à cause des obligations qui lui incombaient? Il doit fournir le bois de chauffe et rémunérer les fourniers, en contrepartie les utilisateurs lui payent une redevance. La population rencontre de grandes difficultés pour la cuisson du pain qui, rappelons le, est la base de son alimentation.

Bâtiment qui abritait l'ancien four banal

On peut comprendre les raisons qui ont poussé certains habitants à construire et utiliser un four autre que le four banal, mais le seigneur ne l’entend pas de cette oreille car c’est pour lui un manque à gagner. Il ordonne donc de faire détruire ce four.
A partir de là le village se divise en deux camps: celui qui reste fidèle au seigneur et celui de l’opposition qui décide d’en référer à l’évêque de Maguelone, au sénéchal de Beaucaire, mais aussi à la Rectorie de Montpellier.
Le recteur sensible à la requête des plaignants ordonne la reconstruction du four aux frais du seigneur qui ne met aucun empressement à le faire. S’ensuivent donc des procès coûteux pour la communauté afin de faire respecter son droit.

En 1300, les Syndics doivent réunir la population afin d’aviser aux moyens de financer les dépenses. L’assemblée est nombreuse et tumultueuse. Elle se tient au début du mois de mai dans une dépendance de damoiseau Berenger d’Aumelas.Les syndics Hugues Cristine et Guillaume Bernard des Trois-Loups désignent douze prud’hommes qui fixent au vingtième du revenu l’impôt que devront acquitter les femmes et les hommes. Cette redevance est destinée à subvenir aux besoins de l’Universitas, mais aussi aux nombreux procès engagés par les Syndics. Elle peut être réglée en espèces, mais aussi en nature (huile, grains, légumes, vin) selon les possibilités de chacun.
Le système fiscal vient de subir un changement d’importance. Alexandre Germain (dans son étude sur le Consulat de Cournonterral) n’hésite pas à parler d’un « vrai coup d’état populaire » par lequel le peuple ose se prendre en main.

Les nobles également assujettis à l’impôt sont révoltés de voir leurs privilèges et leurs prestiges s’amenuiser. Mais les Syndics demeurent fermes et intransigeants n’hésitant pas à recourir à des saisies chez les mauvais payeurs qui en référent à leur tour au sénéchal. Le sénéchal intervient personnellement pour rétablir un semblant de paix. Il ordonne d’une part, aux Syndics de réparer les dégâts commis et d’autre part, aux nobles de participer aux charges communes.

Cette paix n’est qu’apparente. Il existe dans le village un mouvement contestataire dont le but est de démolir peu à peu ce qui reste du pouvoir seigneurial. La lutte pour l’obtention de libertés continue clandestinement et dégénère même en conjuration et conspiration. Les femmes s’en mêlent. On peut citer une femme de caractère « qui semble prendre plaisir à résister à tous les ordres comme à violer toutes les défenses ».
C’est la sœur de Guillaume Bernard des Trois-Loups : Ermeniars, mariée à Pons Calve de Villeneuve, village qui a devancé Cournon dans l’obtention des libertés, libertés qu’elle compte bien obtenir pour son village.

De leur côté, les seigneurs manifestent de très hautes exigences, deviennent tyranniques n’hésitant pas à confisquer des biens, pratiquer des châtiments corporels, exercer des brimades de tous ordres. Ainsi en 1302, le seigneur interdit aux paysans de vendre leur vin avant qu’il n’ait lui-même écoulé le sien et leur en limite même la quantité à vendre.
Les situations conflictuelles perdurent et s’aggravent, par exemple, lorsque Azalais de Murles, tutrice de Raymond de Montlaur, co-seigneur de la cité avec Pierre Bernard de Montagnac et Othon de Cournon, à qui son fils Guillaume succédera en 1319, ferme ses champs après moisson a la population locale.
Cette atteinte au droit coutumier de paissance gratuite est d’autant plus inadmissible que Azalais en autorise l’affermage aux gens de l’extérieur. Il en est de même lorsque les seigneurs décident de l’aliénation des communaux qu’ils souhaitent vendre.
Le contentieux est soumis au sénéchal de Beaucaire Jean de Varennes. Il délègue le notaire Jean de Savigny qui convoque les hommes sous le Mûrier séculaire où ils ont coutume de se réunir. Malheureusement le parchemin où est inscrite la sentence n’a pas été retrouvé, nous ne saurons sans doute jamais si ce contentieux a donné gain de cause ou non aux villageois.

Mûrier

D’autres décisions d’ordre économique vont priver la population de substantiels revenus et accentuent encore les tensions. Elles se trouvent encore renforcées par d’autres agissements tels ceux perpétrés par les gens de Pignan qui en 1339 relèvent en toute impunité les filets de chasse appartenant aux gens de Cournon. Face à ses actes arbitraires, l’Universitas va se défendre et apporter une solution aux défaillances de l’administration seigneuriale entre autres le problème des chemins laissés à l’abandon et de l’église devenue trop petite et dont la cloche est cassée depuis deux ans.
La population demande aux Syndics de prendre en charge ces problèmes et de prévoir la construction d’une nouvelle église. Ce projet semble être admis par le seigneur en revanche, il affiche moins de tolérance lorsqu’il s’agit des libertés et des réparations d’injustices. Ces réticences vont déclencher la procédure de l’établissement du Consulat. Des villages voisins comme Pignan, Villeneuve lès Maguelone possèdent déjà cette forme d’administration.

A SUIVRE

Le G.R.A.C
Eliette Bonnel, Francine Monier, Pierrette Gachon, Jacques Teilhard, Jacques Caron, Bernard Clergue, Richard Escobossa

Bibliographie :

Archives de Cournonterral
Cartulaire de Maguelone
L'Universitas de Cournonterral: du syndicat au consulat, d'après les parchemins de ses archives (XIIIe-XIVe siècle), par Christiane GIL 1972
Le Consulat de Cournonterral, par Alexandre GERMAIN 1855

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Partie 5 - LE CONSULAT : COURNONTERRAL VILLE AFFRANCHIE

« Philippe, par la grâce de Dieu, roi des français, savoir faisons à tous présents et à venir que nous... daignons concéder... à l'université du dit castrum de Cournonterral (dans le diocèse de Maguelone et la sénéchaussée de Beaucaire et Nîmes) un consulat pour qu'il soit tenu et perpétuellement observé à cet endroit... fait à Gisors l'an du seigneur au mois d'avril 1344 » (traduit du latin)

Le promeneur curieux peut lire sur la façade de notre Hôtel de Ville :

Commune affranchie en mai 1344

Que s'est-il donc passé en 1344 et de quoi la commune s'est-elle affranchie ?

En 1344, Cournonterral obtient du roi la concession d'un consulat, ce qui octroie à la population la liberté de ne plus régler ses problèmes avec les seigneurs mais avec le roi. (on parlera d'échevinat dans le nord du royaume)
Ce système de gouvernement est propre au sud du royaume de France. Il donne le droit à une population de délibérer en commun (consulere), au sein d'une assemblée (consulatus), de s'administrer et de se défendre. Mais s'affranchir de l'autorité du seigneur et n'en référer qu'au roi a un coût : les droits d'acquisition de la concession et une redevance annuelle.

Alors pourquoi un Consulat ?

-La situation locale (attitude malveillante des seigneurs, une population en recherche de justice et d'émancipation) a été détaillée dans notre article précédant sur les syndics.
-La situation politique du royaume.
Philippe VI de Valois bien décidé à restaurer son autorité et à étendre son influence à l'est et au sud.
Proposition du rachat de Montpellier à Jacques III d'Aragon.
La guerre de cent ans qui fait rage depuis 1337 coûte beaucoup d'argent.
L'affaiblissement de la féodalité.

Possessions de Jacques III d'Aragon

Toutes ces raisons conduisent l'Universitas de Cournon à prendre la résolution de créer un consulat.
Dès le 12 avril 1339, les chefs du parti populaire remettent une cédule (acte écrit portant citation) à leur bayle, demandant à nouveau des syndics pour porter leur protestation. La réponse négative met le feu aux poudres et les bourgeois en appellent à l’évêque de Maguelone, menaçant de recourir à une plus haute autorité, celle du roi de France. Ce n'est plus de syndics dont ils ont besoin, mais de consuls. Le conflit s'envenime et bientôt le village entier se prononce ; d'abord un engagement oral, individuel et solennel, puis écrit devant notaire rassemble la majorité de la population.
Jusqu'au 13 octobre 1342 furent enregistrées cent quatre-vingt adhésions dont celles de 27 femmes.
Le 8 février 1343, Bernard Cristine est désigné pour négocier le consulat avec les gens du roi Philippe VI de Valois. Il s'agit bien d'un négoce car le consulat s'achète, le roi trouvant là l'opportunité de faire rentrer de l'argent dans les caisses du royaume.
Le 8 avril 1344, Bernard Cristine obtient la concession du consulat moyennant 500 livres parisis et une redevance annuelle de 15 sols tournois. Il s'acquitte d'une partie de la somme en engageant ses propres biens et en contractant des emprunts au nom de l'Universitas.
Parmi ses créanciers se trouvent Guillaume Fontaine, conseiller du roi, Guillaume Ferrand, maréchal de Paris, Bernard Sophie, marchand de Montpellier et beaucoup d'autres…

Dans les lettres du 8 avril 1344, signées par Philippe VI de Valois et écrites de Gisors, la concession du consulat est officiellement établie et ses attributs définis :
- Les consuls, au nombre de 3, seront choisis chaque année le jour de la saint Jean-Baptiste (24 juin) pour une durée d'un an. Ils prêteront aux seigneurs ou au bayle les représentant, le serment d'administrer sans conflit les biens et affaires de la communauté, en observant la règle de l’intérêt public. A défaut des seigneurs ou du bayle, c'est le recteur ou le juge royal ordinaire de Montpellier qui recevra le serment.
- Les consuls éliront, à leur tour, six conseillers.
- Les consuls, en accord avec leurs conseillers ou la majeure partie d'entre eux, éliront à terme échu trois autres consuls… et ainsi de suite.
- Les consuls auront le droit de décréter les tailles et impositions quelconques, de les lever ou faire lever.
- Cournonterral aura sa maison commune avec une arche (coffre destiné à contenir les archives, objets précieux et argent de la communauté) et son sceau consulaire, marqué de l'empreinte et des caractères jugés convenables.
- Le consulat jouira des privilèges et des franchises dévolus aux consulats dans le ressort de la sénéchaussée de Beaucaire et de la viguerie de Béziers, avec licence pour les consuls et conseillers d'instituer annuellement, et révoquer au besoin, les banniers (garde-champêtres...) et autres officiers reconnus nécessaires à la bonne marche de l'administration du village.

Les seigneurs se sentant lésés et amoindris par cette concession n'y donnent pas suite, et se voyant dépouillés du peu de pouvoir qu'il leur reste, disputent au parti populaire son triomphe.
Philippe VI voit là une bonne « occasion d'intervenir, sans en avoir pris l'initiative, dans les affaires de ces petites seigneuries des bords de la Méditerranée, rebelles à son action, ... » (A. Germain).
Dans une lettre du 7 mai 1344, il prescrit à son juge ordinaire de Montpellier, par l'intermédiaire de Bérenguier Cabrayresse, son clerc royal, de mettre à exécution les lettres du mois d'avril et dans une autre lettre du 8 mai 1344, il leur ordonne, en cas de nouvelle opposition des seigneurs, de les faire comparaître devant les assises du Parlement pour la sénéchaussée de Beaucaire.
Le roi a besoin de l'argent que ce consulat peut lui apporter ; dans une lettre du 26 juin 1344, adressée à Guillaume d'Orgelet, sergent à cheval du Châtelet et à Bérenguier Cabrayresse, il leur ordonne de contraindre les habitants de Cournonterral à s'acquitter de la somme due en vendant leurs biens ou en les « prenant de force » si nécessaire.

Double parisis de 3e type (1347)

Le juge royal de Montpellier Pons Bérenger vient prêter main forte aux envoyés du roi.
C'était sans compter avec la résistance des seigneurs. Guillaume de Cournon et Raymond de Montlaur élaborent une stratégie financière et arrivent à renverser la situation ; l'argent est le nerf de la guerre.
Les défections se suivent et bientôt le camp populaire semble s'amenuiser au bénéfice du camp des seigneurs.
Si bien que le 7 août 1344, une délégation conduite par le damoiseau Bermond de Saint-Jean, représentant de Guillaume de Cournon et de Raymond de Montlaur, et cinq autres habitants de Cournonterral, escortés du notaire Raymond Guirlard se présentent devant les commissaires royaux. Ils apportent un manifeste dans lequel ils traitent les commissaires de « suspects » et « hostiles » à leur parti. Ils évaluent à plus de deux tiers le nombre d'habitants refusant le consulat. Ils arguent aussi du fait que de simples particuliers ne sont propres ni à demander ni à obtenir des consuls.
Mais les commissaires ne sont pas là pour apprécier la légalité de leur mandat mais pour appliquer les ordres du roi.
Le lendemain, 8 août 1344, après la messe, sur la requête de Bernard Cristine et malgré le refus de Raymond de Montlaur, ils appellent, au son de la trompe, tous les habitants à partir de l'âge de quatorze ans, sans distinction de fortune, à se réunir sur la place.
Les commissaires royaux sont là ; Pons Bérenger, juge royal ordinaire de Montpellier, siégeant entre Berenguier Cabrayresse et Guillaume d'Orgelet.
Raymond de Montlaur, représentant des seigneurs absents, et ses adhérents sont là.
L'heure est grave ; la population va se prononcer une fois pour toute ; chacun saura qui veut quoi.
Sur le signal des commissaires les lettres du mois d'avril sont lues, ainsi que celles du 7 mai et du 26 juin et la population est invitée à se prononcer pour ou contre le consulat en se plaçant à droite ou à gauche des commissaires.
Le résultat de cette consultation donne une majorité de plus des trois quarts au parti populaire. Les femmes de Cournonterral se distinguent encore par leur participation : elles sont trente-sept (épouses, veuves ou célibataires) sur cent soixante-quinze noms à se prononcer pour le consulat. Les consuls Bernard Cristine, Jean Etienne et Pierre Davin sont élus. Forts de ce résultat, les commissaires, réclament le paiement des cinq cents livres parisis, mais comme la communauté n'a aucune réserve financière, l'assemblée décide de vendre ou d'aliéner des biens de chaque habitant en fonction de leurs possibilités. Le recouvrement de la dette est confié à Pierre Davin et Raymond Ferrand.

Le mode de recouvrement du onzième est décrit dans le parchemin (AA2) du répertoire des archives communales de 1969. Des collecteurs choisis parmi les gens de Cournonterral prélèveront le onzième sur toutes les récoltes et tous les revenus de tous les habitants sans distinction, l'entreposeront à Cournonterral dans la maison de Pierre Gaubert, drapier de Narbonne habitant à Montpellier, le vendront et remettront à ce dernier le prix de la vente soit 1100 livres tournois. Pierre Gaubert reversera l'argent recueilli à Bernard Cristine l’aîné qui s’acquittera de la somme promise de 350 livres tournois au roi.
Le travail des commissaires est terminé ; le roi est satisfait ; le consulat est né et les consuls peuvent désormais s'installer dans la maison commune (maison voisine de la place publique d'après A. Germain).

Mais les seigneurs ne s'avouent pas vaincus et les deux camps poursuivent leur lutte avec opiniâtreté : l'un de construction du consulat, l'autre de destruction. Et tous les moyens sont permis…

Lettre du roi du 28 juin 1344 ordonnant le paiement de la somme due

Le parlement de Paris rejette la requête des nobles qui dénonce la création du consulat et leur mise à contribution. Les seigneurs et leurs partisans se tournent alors vers Jean de Marigny, évêque de Beauvais, Lieutenant Royal en Languedoc sous les ordres du fils aîné de Philippe VI, Jean de Normandie.
L’évêque ne connaît pas l'affaire mais la trouve sérieuse à la lumière de ce qui lui est présenté.
Le 30 septembre 1344, il écrit au connétable (ou gouverneur) de Carcassonne d'aller à Cournonterral et d’enquêter, avec ordre d'annuler le consulat si la preuve est faite de son rejet par la population.
Le connétable, dès son arrivée, convoque les consuls pour le lendemain et les prie d'apporter avec eux les pièces relatives à l'établissement du consulat. Les consuls étant absents ne se présentent que le surlendemain matin et demandent un délai pour délibérer. Le connétable leur donne jusqu'aux vêpres et pendant ce temps reçoit Guillaume de Cournon, Raymond de Montlaur et une vingtaine de leurs partisans accusant consuls et amis du consulat.
Les consuls, irrités par de telles accusations en appellent à leur tour à sa Majesté Royale. Le connétable n'admet pas l'appel et prend la décision, tout empreinte de partialité pour les seigneurs, de déclarer illégitime le consulat ; il en prononce la suppression et interdit aux consuls d'exercer sous peine d'amende (cent marcs d'argent).

Pour appuyer sa sentence il la fait réitérer par le crieur public en ajoutant que les habitants ne doivent plus prononcer le nom de « consul » et il fait fermer la maison consulaire.
Les consuls ne tiennent pas compte de la décision du connétable et en appellent une nouvelle fois au roi. Puis, après une troisième requête, celui-ci accède à la demande des consuls d'ajourner le verdict du connétable au prochain parlement. Finalement, le juge royal de Montpellier, sur ordre du roi et après enquête, rétablit le consulat.

Forts de ce soutien, les consuls en profitent pour exiger des nobles le paiement de leur quote-part d’impôts. Certains s’exécutent, d'autres persévèrent dans la résistance face à laquelle les consuls procèdent à des saisies.
En dépit de maintes requêtes et appels, Philippe VI ordonne de « maintenir les choses dans l'ancien état », c'est à dire telles que décrites dans ses lettres d'avril 1344.
Après les élections du 8 août, le parti seigneurial redouble de vigueur en attirant à lui un bon nombre d'anciens partisans du consulat au point que celui-ci aurait pu succomber sans le soutien des lettres royales de 1344. Les élections de 1345, le jour de la saint Jean-Baptiste, se déroulent dans un climat relativement apaisé. Trois nouveaux consuls sont élus pour un an : Etienne Davin l’aîné, Pierre Verdier et Pierre-Bernard des Trois-Loups. Pour prêter serment, ils se présentent chez le seigneur Guillaume de Cournon qui, comme fait exprès, n'est pas en sa demeure. Ils se rendent alors chez le damoiseau Raymond de Montlaur qui n'y est pas davantage. Reste le bayle Guillaume Firmin qui leur refuse son concours. C'est finalement Gérald André, juge du petit scel à Montpellier qui viendra à Cournonterral chez Hugues et Bernard Cristine où il recueillera le serment des consuls.
Le roi pense qu'il y a urgence à affirmer sa position devant le pays. Il rappelle qu'il est seul souverain, qu'il détient son pouvoir de Dieu, que nul n'est autorisé à se substituer à lui, que de temps immémorial lui seul à le pouvoir d'instituer, destituer collèges communautés ou consulats. « Le pouvoir royal l'emporte à tous égards sur le pouvoir seigneurial » dit A. Germain. Devant cette vigoureuse affirmation du pouvoir royal, on pourrait penser que « l'affaire du consulat » est réglée et que la hache de guerre est enterrée. Il n'en est rien, les deux parties vont camper sur leurs positions respectives. Ainsi en 1345, le parti des seigneurs donne mission à des légistes de se faire rendre compte de l'usage des sommes qui leur ont été soustraites, « n'épargnant ni le soupçon, ni la calomnie. On alla par un ignoble surcroît d'outrage, jusqu' à suspendre des cadavres d'animaux aux portes et aux murailles de la maison commune ».
Enfin, en 1352, un compromis entre nobles et consuls est établi.
Aux élections de juin 1353, pour la première fois, l'un des consuls est noble : Pierre de Soriech. Par la suite on retrouvera un noble soit au poste de consul, soit à celui de conseiller.
Le 23 mai 1359, chaque parti reçoit une clé des portes de l'enceinte de la ville.
Pendant cette période encore incertaine, des lettres royales de sauvegarde sont adressées tantôt aux consuls, tantôt aux seigneurs, le roi s'assurant ainsi de la fidélité des uns et des autres.

En dehors des soucis politiques, l'Universitas doit faire face à divers problèmes comme l'agrandissement de remparts, la construction de la nouvelle église, l’élargissement du Ramassol (Crémassòu), sans compter les aléas de la vie.
En 1345, à cause d'une mauvaise récolte, le consulat doit acheter de la rouze (mélange de grains) pour éviter une famine.
Signalons aussi l'épidémie de peste noire qui s'étalera sur 5 années et décimera une bonne partie de la population, dont 2 consuls, ainsi qu'une grande vague de froid en 1597.

L'olivier rompu, S. Tinieres coéquateur 1597

En 1352, le consulat paraît installé sur de meilleures bases, mais la principale préoccupation reste la gestion des finances notamment le remboursement de nombreux emprunts contractés auprès de particuliers : notaires, marchands de toutes les régions, de Paris à Nîmes, Montpellier, Narbonne, Montbazin, le Pouget...
L'Universitas doit répondre à l'appel du roi qui a besoin d'argent pour réparer le port d'Aigues-Mortes ou les murailles d'Aimargues.
En 1394, Charles VII impose la réparation et l'extension des murailles du village et la construction de réduits fortifiés pour faire face aux attaques des routiers.
Pendant plusieurs siècles, les consuls vont exercer leurs fonctions à côté des seigneurs en traversant des crises liées à des questions de préséance comme la possession des clés des portes du village ou au port du chaperon par les consuls.
Enfin pendant les guerres de religions, le village va connaître la scission entre catholiques et protestants. Nous reviendrons sur cette période ultérieurement.
Les derniers seigneurs portant le nom de Cournon disparaissent avec Miracla après mai 1421. Ses descendants continueront à occuper le poste de co-seigneurs de Cournonterral jusqu'au XVIIIe siècle.
D'autres seigneurs leur succèdent, le dernier est François-Etienne de Portalès.
Né en 1722, il se déclare seul et unique propriétaire de tous les bois de Cournon. Une longue procédure à son encontre s'en suivra, affaire dont nous parleront plus amplement.
La révolution française de 1789 mettra fin au régime des consulats et des seigneuries.

Le consulat de Cournonterral s'est établi tardivement, comparé à d'autres tel celui de Villeneuve-lès-Maguelone ; si on en parle autant, c'est parce que Cournonterral a su conserver presque tous les parchemins et autres écrits de l'époque qui en font le consulat le plus documenté en archives . C'est grâce aussi à Alexandre GERMAIN, professeur d'histoire à la faculté des lettres de Montpellier qui a travaillé sur le moyen-âge languedocien et en particulier sur Montpellier et Maguelone. On lui doit aussi d'avoir traduit du latin, classé et archivé les nombreux documents qu'il a réunis dans un livret intitulé « LE CONSULAT DE COURNONTERRAL » édité en 1855. Grâce à lui, on a pris conscience de la richesse de notre patrimoine communal.
Le consulat n'est pas une institution idéale ; elle n'a fait que transférer des pouvoirs du seigneur au roi de France.
Cependant, il démontre que la volonté et l'énergie de la population de notre village sont petit à petit arrivées à changer les choses: participation des femmes à la vie publique, effondrement de la féodalité, effritement du pouvoir de l'église.
L'édifice de la démocratie a commencé à se construire pierre à pierre, en grappillant, jusqu'à la révolution, de petites libertés.

Glyphe de Jean Firmin notaire de Cournonterral XIVe siècle

Le GRAC : E. Bonnel, J. Caron, B. Clergue, R. Escobossa, P. Gachon, F. Monier et J. Teilhard

Bibliographie :

Archives de Cournonterral
L'Universitas de Cournonterral: du syndicat au consulat, d'après les parchemins de ses archives (XIIIe-XIVe siècle), par Christiane GIL 1972
Le Consulat de Cournonterral, par Alexandre GERMAIN 1855

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Partie 6 – COURNON AU TEMPS DES REMPARTS

Dans des articles précédents, nous avons évoqué l’occupation du territoire de Cournonterral depuis le néolithique jusqu’à l’époque gallo-romaine ; le Xe siècle voit l’apparition des castrums qui deviennent de plus en plus nombreux pour atteindre leur apogée au XIIe siècle. C'est durant cette période que la communauté médiévale s'organise autour de ces fortifications. A Cournonterral, la population paysanne est dispersée sur le territoire, dans des mas, fermes, bergeries etc... seul un ensemble de manses appelé Cazaligiis dont on pense trouver la localisation au lieu-dit Cazalis, forme une communauté qui viendra vers la fin du XIIe et début XIIIe siècle s'agglomérer autour du castrum.
Les castrums sont des constructions fortifiées dont le but est de surveiller les environs, et de défendre les habitants groupés autour. C’est pourquoi, ces castrums sont construits sur un surplomb naturel ou sur une motte.

Le castrum de Cournonterral

Le castrum primitif se présente sous la forme d'une tour-donjon : la tour Sarrasine autrefois appelée La Passadella (tour de la passe du Théron). La tour dont l’utilité première était de surveiller et de servir de poste de péage était située à proximité du chemin salinier, chemin de Murviel qui passant par le Théron joignait Vic à Aniane. De la tour, la surveillance est facile ce qui explique son emplacement ; le Coulazou et les « reliefs » environnants tels que le surplomb de Cournon, celui du Baou et le fossé de la Mourade forment des protections naturelles.
La tour Sarrasine a été bâtie au XIe ou XIIe siècle pour sa partie basse ; construite en pierres froides, elle devait supporter une bâtisse temporaire en bois avec tous les éléments défensifs. Puis la partie haute de la tour sera construite en calcaire coquillier en appareil alterné de Montpellier dit « opus monspeliensis » ; elle est datée du XIIIe siècle.
La base de la tour était sans ouverture et servait de réserve (nourriture, munitions, etc..). Le premier étage auquel on accédait par une échelle escamotable était réservé au logis seigneurial ; aux étages supérieurs, on trouvait les troupes et les systèmes défensifs : les hourds. Sur les façades est, nord et ouest de la Passadella, se trouvaient 3 hourds en forme de caisson, au sommet un hourd plus massif lui même coiffé d’un toit en pointe. Toutes ces constructions étaient en bois.

Tour de la Passadella et exemple de hourd

Édifiée peu de temps après la première , la tour de la Vabre est construite entièrement en pierres froides et se trouve presque à la même hauteur que la Passadella (hauteur de plafond de 160 pans). Elle ne la dépassait que par sa guette. La tour dès sa construction, a été conçue avec un grand logis à sa base côté nord qui correspond à la grande arche que l’on peut voir encore. C'est dans ce logis que Miracla de Cournon et Jean de Montlaur ont reçu en 1395 et 1398 l’évêque de Maguelone Antoine de Lovier.

Qu’en est-il des remparts ?

Un castrum était toujours fortifié ; il reste des vestiges des murailles qui l'entouraient. L’enceinte avait, au moins, une porte au sud et une barbacane au nord qui s'étendait du Théron jusqu'au devant des tours et était constituée d'une tour (tour du Théron), d'une rampe et d'une porte.
Au XIIIe siècle est bâti le second rempart ou basse cour. Son départ se situait au niveau de la tour Sarrasine, allait vers la rue des Huguenots, la longeait et bifurquait jusqu'à la rue Fournier. Il servait à protéger la seigneurie, les gens du château et les habitants. Il en reste quelques pans cachés par les maisons.
Cependant, en l’an 1300, le village se développe énormément et compte 600 âmes, ce qui vaut à Cournonterral le titre de ville, dont plus de la moitié des habitants est rassemblée autour du rempart dans ce que l'on appelle alors le faubourg et le reste réparti entre des mas et les paroisses de Sainte-Cécile et Saint-Julien. Les murailles de la forteresse enserrent 22 maisons ; « les plus grandes et les plus distinguées sont celles de Loys de Cazalis et noble Louis de Planque ». Le consulat rachètera à ce dernier sa maison pour en faire la maison consulaire.
En 1345 intervient un accord entre Guillaume de Cournon et les consuls pour la construction d'une église. Un an auparavant, les habitants avaient acheté à Bérengère de Soriech, tutrice de sa fille Guillemette de Soriech, âgée de douze ans et de son fils Guillaume de Soriech, écuyer, âgé de quatorze ans, par l’intermédiaire de leurs « députés » G. Vernet et H. Peyronnet un terrain avec maison, colombier et jardin, situé à l’intérieur de l’enceinte du château. Le terrain n'a pas été utilisé et l'église sera finalement construite en dehors des remparts. Elle était perpendiculaire à celle d’aujourd’hui et au dire des habitants était « petite, irrégulière et la porte ouvrait sur une ruelle froide et très ventée ». Mal conçue, l'église sera maintes fois réparée. En 1526, ou encore en 1616, elle subira de nombreuses restaurations ainsi que le clocher.

Plan de l'église romane du XIVe siècle et dessin de la façade sud

En 1387, un conflit surgit entre Miracla, seigneuresse du lieu, et les consuls au sujet des clés de la porte du castrum, conflit qui a déjà eu lieu en 1359. En effet, celui qui possède la clé, détient le droit de faire entrer et sortir qui il veut et de surveiller et contrôler les marchandises. Au fil des ans, le problème se reposera plus d’une fois.
En 1389, les habitants du lieu abattent une partie des murailles de l’ancienne forteresse et c’est au tour de Miracla d’aller en justice. Puis fin XIVe siècle, est édifiée «  la muraille neuve ». Elle suit la rue de la Chapelle, la rue du Jeu de Ballon, la rue Carnot, le boulevard du Théron, la Montée de la tour Sarrasine et la rue Fournier jusqu'à l'actuel poste de police.
Mais bientôt le village déborde largement de ses murailles et les habitants se plaignent au sénéchal de Beaucaire et Nîmes que : « au temps des courses des gens de guerre … (ses habitants) ont accoustumé de s’y retirer néanmoins les forteresses ou réduits sont tellement petits et de s’y peu d’enceinte que dans icelles les animaux des habitants tant chevaux, mulets, comme aussi agneaux, brebis ne peuvent s’y réduire... »

Plan des remparts (en jaune les bâtiments actuels)

Le sénéchal délègue le damoiseau Pierre de Murles pour diriger toutes les opérations de construction, agrandissement et démolition nécessaires. Et c’est ainsi que lorsque Jean Guillard revient des armées du roi en Flandres et Ardennes il constate que sa maison a été donnée à Jean Gache qui avait perdu la sienne dans la démolition.
Les documents que nous avons, parlent aussi de réparations de murailles : en 1394 Charles VI ordonne qu’un examen attentif des murailles soit fait pour prévenir les dommages qui pourraient être faits si la guerre avec « nostre adversaire d’Angleterre » avait lieu ; les consuls et le bayle répondent qu’ils « ont vu, regardé toute la muraille du lieu tant par dehors que par dedans et visité par-dessus » et que tout est comme il faut. Le bayle et les consuls notent aussi qu'ils ont en leur possession, un armement consistant en trente arbalètes, trente mourrillons de fer (manivelle d'arbalète), deux caisses pleines de vires (carreaux) ou flèches, trente pièces d’harnois (épées, lances ...), et pour les protections corporelles : jaques (vêtement matelassé), plates de fer et cottes de mailles de fer. Pour chaque habitant : une épée et plusieurs javelots ou dards et dans les maisons, plusieurs autres petits harnois (dague, bâton, lance-pierre, etc...).
Bientôt, il y a 135 maisons à l’intérieur des remparts et 110 au faubourg. Les habitants doivent laisser un espace de cinq pans entre leur maison et le rempart, espace appelé « andronne », ce terme est aussi employé pour les petits espaces laissés entre certaines maisons.
L' enceinte comporte trois portes : les 2 portes dites « neuves » : celle du Levant (Plan de la Bibliothèque) démolie en 1870 et celle du Couchant (Plan du four) démolie au XVIIIe siècle et enfin la porte du Théron, porte qui correspondait à la barbacane dont on peut voir un vestige en face du Théron ; un corps de garde était, installé dans les tourelles, à chaque entrée.
Le grand logis sera détruit par monsieur de Castelpers, coseigneur du lieu, pour y construire un nouveau château en 1464 (dont les restes se sont effondrés en 1921). En 1482 Thézan de Poujol , coseigneur, fera bâtir le sien attenant au précèdent, toujours en place (propriété de M. Roux).

De gauche à droite au dessus des toits: Passadella, Vabre et logis de Thézan de Poujol

Plus tard, certains habitants appuieront des voûtes, des arceaux et des arcs contre la muraille et le sieur Pastre fera un procès aux habitants et aux consuls.
En 1656 les consuls obligent le seigneur des Vignolles à percer le rempart coté nord pour avoir un accès plus direct au Théron, trou qui existe toujours et dont l’appellation « le Trou » reste inchangée. A cette même période, le mur de soutènement de la Vigne du Parc sera construit afin d'aménager un chemin carrossable le long du rempart, aujourd'hui, boulevard du Théron.
En 1703, nouveau problème de clés ; Guillaume de Cambous, capitaine de bourgeoisie, ne veut pas donner les clés des portes aux consuls qui ne peuvent sortir la nuit pour faire des rondes dans le faubourg.
En 1838, le conseil municipal fait état de cinq brèches dans les remparts : 1- à l’extrémité de la rue des Huguenots, 2- rue des Bons Enfants, 3- portail du Jeu de Ballon, 4- donnant suite à la rue du puits de la place, 5- rue de la Dressière ; En premier lieu ces brèches ouvertes comme le « Trou » seront ensuite aménagées dans toute la hauteur des remparts et la largeur de la rue pour aérer les rues étroites, améliorer la salubrité et éviter le danger des chutes de pierre. Certaines tours seront démolies pour arriver à la situation actuelle.

Bibliographie

Archives de Cournonterral
Archives départementales de l'Hérault Pierres Vives
Bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire de Béziers

Remerciements

Frédéric MAZERAN CG de l'Hérault Pôle Développement Humain Service patrimoine
Vivien VASSAL Chercheur Associé LA3M - UMR 7298 - Université d'Aix-Marseille - CNRS

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Partie 7 – Les SEIGNEURS de COURNONTERRAL

A l’origine, la seigneurie de Cornon comptait trois coseigneurs : les Cornon, les Montlaur et les Montagnac/Agnac.
En 1342 une affaire de saisies perpétrées par Bernard d’Agnac sur des habitants du village le conduit à se retirer de la seigneurie. Les deux seules familles de Cornon et Montlaur continuent de se partager le fief jusqu’au milieu du XVII ème siècle.

Organisation castrale de Cournonterral

En 1410, Miracla, Dame de las Cases et seigneur de Cornon est la dernière à porter le nom de Cornon. Dans sa longue descendance il ne réapparaîtra plus. A la mort de Miracla, sa fille Philippa épouse de Guy de Panat en premières noces et de Aymeric de Castelpers en secondes noces, devient héritière de la moitié de la seigneurie.
De son premier mariage naissent trois enfants : Louis, Catherine et Hélips de Panat. Louis devient seigneur à son tour, mais sans descendance, il institue son neveu Jean de Levis, fils de sa sœur Catherine, héritier de ses biens. Cependant, Louis pose une condition à cette succession : celle de porter toujours les armes et le nom de Panat.
Jean disparait sans laisser d’héritier. La succession des héritiers Panat est parfois opaque. Cependant nous pouvons citer Jeanne de Panat qui en 1474 rend hommage à l’évêque de Maguelonne ce qui atteste de sa légitimité de coseigneur de Cournonterral. Onze ans après, son époux Bompard de Latgé rendra hommage en tant qu’héritier du fief.
Plusieurs alliances se font entre les Panat et les Castelpers.
Ainsi se succèdent Jean de Castelpers, vicomte de Panat puis en 1520 Raymond de Castelpers, l’un des cent chevaliers de François 1er.
En 1596 la lignée de Miracla disparaît définitivement de la seigneurie de Cournon quand par Monsieur de Castelpers vicomte de Panat vend sa demie-part de seigneurie à Jacques des Vignolles.
Du côté des Montlaur, l’enchaînement des successions parait plus claire car jusqu’au XVIIe siècle il y a toujours eu un descendant mâle pour hériter des biens.
Au XVIIe siècle Anne de Montlaur, coseigneur et fille de Tristan, épouse Guillaume de Thézan de Poujol.
En 1645, leur descendant : Thomas de Thézan de Poujol vend ses biens à Gaspard des Vignolles. A partir de cette date, la famille des Vignolles détient l’intégralité de la seigneurie.
Mais qui est donc cette famille ?
Fulcrand des Vignolles (1530-1591) de religion réformée, est conseiller au Présidial de Montpellier (le présidial correspond au tribunal de grande instance actuel).
Les Etats du Bas-Languedoc le désignent pour sièger à la Chambre de justice de Castres, afin de mener des négociations avec le Duc de Montmorency (photo).

Henri II de Montmorency

La Chambre de justice de Castres était constituée, par moitiés, de catholiques et de protestants, chaque groupe ayant son président et ses conseillers.
En 1590, député par les églises réformées auprès du Roi pour le rétablissement de cette chambre il en obtient la présidence.
C'est au retour de cette mission qu'il est accidentellement tué par le Comte d'Apcher.
La charge de magistrat obtenue par voie d'élection va rapidement devenir un bien patrimonial, donc transmissible.
Ainsi, en 1599, le fils de Fulcrand, Jacques des Vignolles, conseillé à la Cour des Aydes de Montpellier, accède à la charge de conseiller à la Chambre de Justice de Castres "à cause de son mérite mais aussi aux services rendus à l'Etat et à ceux de la religion de feu son père". Rappelons qu'en cette période, Henri IV roi de France, est très favorable à la religion réformée.
En 1601, Jacques obtient la présidence de la chambre de justice.
En 1620 le Duc de Montmorency lui confisque le château de Cournonterral. Précisons qu'Henri IV a été assassiné et que les protestants commencent à être persécutés.
Jacques des Vignolles décède en 1626.
Son fils Gaspard lui succède et comme évoqué précédemment, achète en 1645 la demie-part à Thomas de Thézan de Poujol et se trouve seul à la tête de Cournonterral.

Vues du château avant son effondrement en 1920

Onze ans plus tard, par lettres patentes du Roi, ses terres sont érigées en marquisat, titre accordé en fonction des propriétés possédées et de leurs revenus.
De la même façon, une autre famille noble de Cournonterral, les Barbeyrac de St-Maurice, voit ses terres également érigées en marquisat. Cette famille résidait dans une demeure sise près du presbytère au plan de l'église.
Gaspard des Vignolles, seigneur de Cournonterral mais aussi de Sainton et coseigneur de St-Bonnet de Salendrique, épouse en premières noces Dame Eléonore d'Arpajon-Broquies et en secondes noces Dame de Rochefort de Théobon.
Du premier lit naîtront plusieurs enfants parmi lesquels Charles qui, pour obtenir une pension royale en tant que président à mortier au parlement de Toulouse n'hésitera pas à abjurer sa religion (la religion protestante).
Du deuxième lit naîtra Emmanuel Auguste que son père favorisera en lui léguant la seigneurie de Cournonterral.
Emmanuel Auguste (1669-1738) époux de Marie de Ginestous meurt relaps en 1738. Il ne laisse aucune descendance.
Sa soeur Victoire va co-hériter avec sa belle-soeur Marie. La seigneurie passe à nouveau en indivision.
Marie avait lègué aux comtes de Ganges sa part comprenant les droits de haute, moyenne et basse justice ainsi que le four banal, le moulin à huile, les deux tiers du domaine d'Antonègre.
Victoire des Vignolles avait eu deux filles. L'une d'entre elles, Jeanne Louise épousera Joseph de Portales. De cette union naîtra Etienne François de Portales.
Le 26 janvier 1776, Louis-Alexandre de Vissec de Latude, marquis de Ginestous, comte de Ganges lui vendra ses biens.
Etienne François de Portales dont les agissements ont causé tant de torts aux habitants du village fera l'objet d'un autre article.

Blasons

Etienne François De Portales, seigneur de Cournonterral contre la communauté du lieu.

« Souvent les opprimés ne le sont que parce qu’ils manquent d’organe pour faire entendre leurs plaintes ». Rousseau

Lettres d'un citoyen à un magistrat

Dans les trois lettres d’un citoyen à un magistrat sur l’affaire de Cournonterral, le narrateur commence ainsi :
« la nature quelquefois prodigue de ses dons, sans en priver entièrement les habitants de Cournonterral, les leur avoit dispensés d’une main avare. Un sol ingrat, des rochers, des landes, formoient la plus grande partie de leur territoire : mais les efforts de l’industrie avoient réparé les injustices de la fortune. Un vignoble étendu, des champs à force d’engrais devenus fertiles, le précieux olivier…. Les produits de ces objets divers suffisaient aux besoins d’un peuple heureux et à l’acquittement des contributions de la patrie. Les impôts étaient extrêmes mais la providence avoit ménagé aux habitans une grande ressource. Deux principes productifs de prospérité veilloient au maintien de leur aisance : des pâturages étendus, des bois d’un produit considérable ».

En 1669 Louis XIV émet une ordonnance pour obliger les communautés à conserver leurs bois ; ces bois seront arpentés et des gardes nommés. La forêt grandit et les coupes annuelles apportent un peu d’aisance aux habitants de Cournonterral. Ils avaient de grands projets : construire un chemin pour porter les denrées à Montpellier et un autre pour faciliter le transport des vins à Sète.

En juillet 1778 l’abbé Fabre dans les lettres à son neveu raconte comment Etienne François De Portales seigneur du lieu, acharné à usurper les biens d’autrui, mène grand train. Il y décrit la petite cour que les Portales, Saint Aurant et autres entretiennent à Cournonterral. « Un procès en cours amuse plus tout ce monde que ne le ferait Shakespeare », écrit il. En effet, quelques mois plus tard Jean-Claude Saint Aurant qui avait annexé tous les bois de Sainte Cécile au détriment du chapitre de Montpellier gagne le procès. Cette affaire aura-t-elle donné des idées à De Portales ?....

Au moment où le village vient d’obtenir du roi l’autorisation de vendre le quart de ses bois mis en réserve pour mettre en œuvre les projets déjà cités qui leur faciliteraient la vie, le seigneur de Cournonterral, Monsieur De Portales, s’empresse, avant que les coupes ne soient faites, de réclamer devant le sénéchal de Montpellier la propriété des bois et pâturages communaux. Le sénéchal lui accorde un tiers environ de ce qu’il demande par un arrêt du 30 aout 1780. La communauté fait appel de cette sentence devant le parlement de Toulouse mais hélas celui-ci, le 28 août 1782, aggrave la situation en reconnaissant à Monsieur De Portales la possession de tous les bois. La population divisée suite aux manœuvres du seigneur qui a eu le soin d’écarter de l’administration les hommes instruits, est dans l’impossibilité de se défendre, la lecture des archives leur étant impossible. Un autre problème les agite : la sentence du tribunal exprime que tous les bois appartiennent au seigneur. Restent les garrigues ; à quel moment une garrigue où poussent des arbres est-elle qualifiée de garrigue ou devient-elle un bois et ce bois appartient-il de ce fait à Mr de Portales ? On comprend que les habitants se trouvent démunis devant une telle perfidie.

De plus les villageois sont condamnés à restituer les fruits (profits) acquis durant les vingt-neuf années précédant la sentence. Effondrés, ils ne peuvent faire face à tant de dettes, c’est pourquoi ils décident de porter l’affaire devant le Conseil du Roi. Le Conseil des finances reconnait une grande injustice envers la communauté. Voyant le danger, De Portales fait transférer le procès devant un autre tribunal et se rend à Paris pour rallier ses amis et ses obligés. Les responsables de la communauté intentionnellement informés à la dernière minute de la date de ce nouveau jugement n’ont pas le temps de présenter leur mémoire aux juges partis.... à la campagne. Encore une nouvelle manigance de Portales ! Le 17 juillet 1786 il obtient une seconde victoire sur les habitants de Cournonterral.

Les bois de Cournonterral

L’arrêté pris, les habitants désemparés essaient de survivre sans se rebeller mais De Portales veut les mettre à genoux quand l’opportunité s’en présente : un feu prend dans une masure où était enfermé du foin. Aussitôt partout dans Montpellier court la rumeur colportant que 450 quintaux de foin ont brûlé, que le moulin à huile a été détruit, que le château et les bois ont été incendiés et qu’un grenier où étaient couchés quatorze domestiques a failli brûler. Quelle horreur ! Mais qui sont donc ces infâmes personnages ? Tout simplement une population spoliée, bafouée, démunie qui a pour tout moyen de défense la prise d’une délibération qu’ils font imprimer à Montpellier chez Picot et qu’ils distribuent dans toute la ville, donnant leur version conforme à la vérité : la dite masure est une toute petite cabane, à une demi-lieue de Cournonterral ne pouvant contenir que 8 à 10 quintaux de foin au plus. Celui-ci enfermé sans précaution, a pu s’enflammer de lui-même. Mais il n’y eut aucune trace de feu au château, aucun dégât sur le moulin. Peine perdue, ils ne sont pas entendus.

La justice envoie alors au village trente soldats du régiment du Vermandois avec obligation aux habitants et consuls de les recevoir, les loger. Suite aux plaintes de la population, ordre est donné d’en envoyer cinquante ; ils seront logés au château mais les habitants seront contraint de se dépouiller de leurs draps, couvertures, matelas et tout objet nécessaire aux soldats. Le premier régiment reconnaît que Cournonterral est un village paisible mais lorsque le second arrive, les choses se gâtent. La discorde s’installe du fait de la rencontre journalière des gens et des soldats, discorde aggravée par les rivalités, le vin, les femmes. Les soldats profitent de leur force pour outrager les habitants, les mettre au cachot ; de plus un caporal se révèle maitre en l’art de semer le trouble : il se plaint d’avoir subi plusieurs attaques d'individus mal intentionnés, d’avoir reçu des coups de fusil mais qui, par un heureux hasard, ne l’ont pas atteint. Intrigués, ses chefs le font surveiller lorsqu’il se déplace de Cournonterral à Montpellier. Où se rend-il ? Chez Monsieur De Portales où il est reçu par les valets avec beaucoup de largesse : nourriture, vin à volonté et bien entendu de l’argent. Certaines personnes essaient de mettre sur pied une transaction avec Monsieur De Portales mais celui-ci fort de son droit n’est pas réceptif. L’arrivée des soldats et leurs débordements mettent un terme à cette solution.

Monsieur le comte de Périgord, Commandant en Languedoc, est nommé à Montpellier. Il écoute les plaignants sans prendre en compte ce que disait la rumeur et prend des dispositions pour soulager les « infortunes » de la communauté mais rappelé à Paris par le roi, il abandonne son soutien au village qui se retrouve dans les mêmes problèmes qu’auparavant. La répression reprend de plus belle, l'armée a tous les pouvoirs : arrêter, envoyer en prison qui bon leur semble.

Deux faits divers illustrent ces agissements : l’affaire Bringuier et l’affaire Valette.
Le nommé Bringuier fut arrêté par deux fois à cause d’une femme dont un caporal et lui-même étaient amoureux. La première fois, il fut emprisonné et relâché au vue de la futilité de l’accusation. La seconde fois, on lui reprochait »d’avoir fixé un soldat d’un air menaçant » ; il fut « lié et garroté comme un criminel d’état » et emprisonné à la citadelle de Montpellier. Le 31 janvier, vers dix heures du soir, le nommé Valette fils sort de sa maison et se voit poursuivi par trois soldats. Effrayé, il prend la fuite, les trois assassins le rattrapent, l’un deux lui plonge son sabre dans l’estomac. Il tombe couvert de sang. « Cette triste victime du bien public n’attend plus que le moment qui doit terminer sa destinée ».

La colère gronde, le peuple devient furieux, l’officier rappelle ses troupes au château et les consuls essaient de ramener le calme au village. Le curé du lieu, les chefs de la communauté, de nombreux habitants se rendent le lendemain à Montpellier pour dénoncer à l’autorité le crime et les coupables, mais De Portales ne les soutient pas. La sentence qui suit est dans la même ligne que la précédente, le coupable est arrêté et jugé ; la victime peut porter plainte … devant la justice de Monsieur De Portales ! Mais rien n’est décidé sur le fond de l’affaire. Ce crime est traité comme si c’était un cas isolé dans un climat de douce paix. Forts de l’appui apporté par la justice, des soldats n’ont plus aucune retenue.

Femmes portant du bois

Quelques femmes parties couper du bois mort, sont arrêtées et entraînées, elles s’en indignent et pour se défendre leur jettent quelques pierres. Les pierres ayant mis en déroute ces valeureux soldats, ils reviennent en clamant haut et fort à une rébellion de toute la population. La justice envoie cent hommes du régiment du Médoc, cinquante chasseurs du régiment des Ardennes. Citons cette expression d’un orateur des Etats de Tours, Jean de Reles : « le pauvre laboureur paie et soudoie ceux qui le battent, qui le délogent de sa maison, qui le font coucher à terre, qui lui ôtent sa substance ; et les gages sont baillés aux gens d’armes, pour le préserver et défendre ». Monsieur De Lacour, capitaine du détachement du régiment du Médoc reconnait que les habitants sont paisibles, le calme est revenu à Cournonterral. Pourtant et il faut y voir encore la main de Portales, le caporal dont nous avons déjà parlé et trois soldats du régiment du Vermandois reviennent pour le carnaval. Après s’être rendus au cabaret et avoir répandu des rumeurs et insinuations sur les habitants, ils font semblant de partir. La nuit tombe, des pierres sont lancées sur le corps de garde des chasseurs, la poursuite est lancée … et qui attrape-t-on ? Le fameux caporal vêtu d’une veste d’un chasseur de la maison De Portales et preuve supplémentaire de la duplicité du seigneur, le lendemain l’épouse du chasseur vient reprendre la veste et porter son uniforme au caporal ! La communauté prend une délibération pour faire constater, par des formes juridiques, les événements qui viennent de se produire. Monsieur De Portales s’empresse de faire échouer cette tentative. Le régiment se retire et la population peut vaquer à ses affaires avec moins de crainte et terreur.

Mais là ne s’arrêtent pas les malheurs des Cournonterralais. Pour aller en justice ils doivent obtenir des « lettres de relief de laps de temps » pour provoquer un jugement sur le fond puisque jusqu’alors il portait sur la forme. Mais le garde des sceaux refuse d’accorder ces lettres. Le procureur du roi à qui il a demandé des renseignements est un proche de Monsieur De Portales et le rédacteur des trois lettres tout en jurant de ne pas y croire, laisse entendre qu’il a été abusé par les mensonges de cet homme.

Ainsi finit la narration de l’auteur des lettres. Ce qu’il advint de cette affaire, nous vous le raconterons dans le prochain article.

Arrêt du Parlement de Toulouse du 07 février 1787

Arrêt du parlement de Toulouse

Confirmant son arrêt du 28 août 1782, le Parlement de Toulouse « donne défense à toute personne habitant Cournonterral, sauf ceux qui par leur état y ont droit de tenir en leurs maisons des armes, de s’attrouper dans les rues, les campagnes, les chemins avec des armes, de se masquer, de barbouiller leurs visages, de se vétir en femme sous peine de galère ou de mort ».
D’autre part, monsieur le marquis des Vignolles, Etienne François Portales, sa famille, ses domestiques fermiers, garde-bois et valets sont mis sous la protection de la justice.
« Il est fait défense aux habitants d’entrer dans les bois, aux fabricants d’eaux de vie d’acheter du bois sans lettres de voiture, aux personnes quelles qu’elles soient de fournir des armes aux cournonterralais ».

Distillerie

Le 16 décembre 1792, la commune paie la moitié de ses revenus au lieu du dixième en contributions foncières. Elle porte réclamation. Pendant ce temps, le citoyen Portales, notre ci-devant seigneur, se présente au directoire, demande un dégrèvement particulier et l’obtient, et la restitution de la somme de 5940 livres 17 qu’il avait payée en 1791. Les propriétaires sont consternés de la faveur obtenue par le citoyen Portales.
Devant cette injustice flagrante, la commune porte plainte à nouveau. Au final, le dégrèvement particulier de Mr Portales ne portera que pour les bois. Mais jouant de malchance, la communauté doit encore payer 4473 livres ajoutées à sa contribution déjà établie suite à une erreur commise au désavantage de Portales le 17 février 1793.

Meule de charbon de bois

Tout aussitôt la commune en demande la restitution immédiate ainsi que l’assignation du sieur Portales devant le tribunal de district pour casser et annuler l’arrêt rendu par le Parlement de Toulouse en 1782. Quatre commissaires sont nommés pour mener l’enquête. On leur signale que le compoix de 1783 ne mentionne au profit de Portales que les bois du Maurel et de la Matte. Par contre la communauté jouissait des bois du Grand Pioch, de Cabroullies, Férailles, les Hubacs, les Grand-Combes et autres terres, patus, garrigues et devois communaux de grande étendue - 7186 sétérées. « elle justifie de cette propriété par l’acte passé en 1601 entre Cournonterral et le seigneur et ajoute que ce n’est qu’à l’époque du 28 aôut 1782 que le citoyen Portales fondé et étayé tardivement de la maxime qu’un seigneur haut, moyen et bas justicier est propriétaire selon le droit commun du Languedoc des garrigues et vaccans qui sont dans l’étendue de son territoire, a fait rendre un arrêt par le ci-devant Parlement de Toulouse et à la faveur de la même maxime, le seigneur et propriétaire de Fertilières a étendu sa propriété ».

C’est pourquoi monsieur Blavet, maire, demande que soient aussi restitués les biens appartenant à la commune mais aussi à des particuliers, biens qu’il a extorqués avec l’appui du Parlement de Toulouse, de Charles Alexandre de Calonne contrôleur général des finances, nommé ministre d’état le 18 janvier 1784 et du clan Polignac (madame la duchesse Gabrielle de Polignac gouvernante des enfants royaux jouissait d’une grande influence sur la reine Marie-Antoinette).
La duchesse et son cercle d'amis soutiennent le mouvement ultra-monarchiste à Versailles. Gabrielle est alors au cœur des intrigues, souvent avec le comte d'Artois (affaire Axel de Fersen, le collier de la reine, complot contre Necker). Le marquis de Bombelles, diplomate, témoigne de son action incessante en faveur d'une stricte opposition aux idées révolutionnaires naissantes. Ce qui explique le soutien qu’elle accorde à monsieur de Portales.

Calonne et Polignac

Le maire ajoute que « le citoyen Portales n’a de cure d’agir pour faire consacrer toutes les usurpations qu’il a pratiquées pendant le cours de l’ancien régime ».

Portales persiste en invoquant toujours la « maxime du droit commun du Languedoc » et l’arrêt du Parlement de Toulouse qui le maintient dans ses biens et condamne la communauté à la restitution des bois coupés et vendus depuis vingt-neuf ans. Pour sa défense il dit que les terres n’ont pas grande valeur alors qu’elles rapportaient 119 000 livres à la communauté avant l’usurpation. Ces bois avaient fait l’orgueuil de Cournonterral pendant deux siècles. Pour des terres sans valeur la commune payait tout de même 15 000 livres d’impôt et les bois étaient toujours gardés contrairement aux terres incultes. Depuis, les arbres ont été arrachés, les repousses livrées aux chèvres et de la chaux a même été répandue sur les jeunes plants.

Berger et troupeau de mouton

Monsieur Blavet fait un discours :

« Ce sont les faux titres en vertu desquels le citoyen Portales et le propriétaire de Fertillere ont dépouillé la communauté d’une propriété que la nature, les actes les plus authentiques et une possession immémoriale et constante lui avaient donné titres à la faveur desquels ils se sont permis, du moins le citoyen Portales des actes du despotisme le plus éclatant en sorte que, si la loi bienfaisante qui provoque notre présent rapport n’avait point été portée 1500 cultivateurs qui couvrent le territoire de la commune se seraient réduits à repousser par la force les prétentions et les titres injustes du citoyen Portales ou abandonner une terre inondée de leur sueur. En un mot d’abandonner à ce tyran avare et ambitieux un vignoble étendu, des champs devenus fertiles à force de travaux et d’engrais enfin de précieux oliviers qui témoignent de la prospérité et des travaux de leurs aïeux ».

En conséquence la commune demande que soit cassé l’arrêt du Parlement de Toulouse et que le citoyen Portales ainsi que le propriétaire de Fertilières soient condamnés à rembourser les fruits qu’ils ont perçus.
La commune donne au maire et aux commissaires le devoir « de faire les diligences nécessaires » vis-à-vis des deux citoyens Portales et Fertilières, les obligeant à abandonner tous les biens usurpés.

Fertilières

Le 10 janvier 1793 (an II de la République) un jugement rétablit la communauté dans ses droits. La commune demande deux gardes supplémentaires pour veiller à la conservation de ses biens.
Quelques mois plus tard, Portales ne s’occupe plus de Cournonterral mais essaye d’usurper des terres de la commune de Mauguio pour agrandir son domaine de la Motte.
Ensuite ce sera au tour de sa jeune veuve (il s’était remarié à 72 ans avec une jeune fille de 22 ans : Hortense de Tremolety de Montpezat). Elle essaiera vainement de récupérer les terres à Cournonterral. Mais sans appui politique (la république étant maintenant bien en place) ses tentatives resteront vaines.
Portales meurt en 1808 sans enfant, il laisse à sa veuve son hôtel particulier à Montpellier, rue de la Vieille Intendance, qu’il a hérité de sa première femme Gabrielle-Gratienne d’Audessan, de nombreuses terres et la somme de 400 000 francs.

Bibliographie

Archives municipales de Cournonterral
Archives départementales de l'Hérault, Pierres-Vives
Lettre d’un citoyen à un magistrat sur l’affaire de Cournonterral (archives privées)
10 villages, 10 visages de Louis Secondy
Vieux Hôtels Montpellièrains de Albert Leenhardt
Correspondance et autres documents inédits de l’abbé Jean-Baptiste Favre
« Justice et religion en Languedoc : La chambre de l’Edit de Castres »
Blasons réalisés avec l'aide de Jean-Paul Fernon

Le G.R.A.C

Eliette Bonnel, Francine Monier, Pierrette Gachon, Jacques Teilhard, Jacques Caron, Bernard Clergue, Richard Escobossa

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