Cliquez sur les images
Félibres Pompilius Bastide Claire Bonnier
Danton Cazelles Aphrodise Tinière l'abbé Fabre

LES FELIBRES DE COURNONTERRAL

Bastide de l’Oulieu, Claire Bonnier, Danton Cazelles, Aphrodise Tinière… et tant d’autres !
Qui sont-ils ? Qu’ont-ils fait ?

Qu’est un felibre ?

Le 21 mai 1854 au château de Font-Ségugne (Vaucluse) sept jeunes poètes provençaux se regroupent :
Frédéric Mistral, Joseph Roumanille, Théodore Aubanel, Jean Brunet, Paul Giera, Anselme Mathieu, Alphonse Tavan. Décidés de préserver, de conserver, de sauvegarder l’occitan (leur langue maternelle), ils fondent un mouvement et adoptent le mot félibre pour se désigner.
Ce mot, félibre, n’a pas de traduction connue, même pour les occitanistes. Il est tiré d’un poème religieux provençal (Emé li sét felibre de la lèi. / Avec les sept félibres de la loi.). Nous osons une définition : foi libre…
Les Sept de Font-Ségugne annoncent à la Provence, au Midi et au monde que les rénovateurs de la littérature provençale s'intitulent désormais "félibres" et leur mouvement "le félibrige". Quoi de mieux pour commencer que de raconter l’histoire de La Coupo Santo

La Coupo Santo

Le 30 juillet 1867, lors d’un grand banquet à Font-Ségugne, les félibres catalans offrent une coupe d’argent aux félibres provençaux pour les remercier de l’accueil réservé à Victor Balaguer, exilé politique catalan.

Quelques mois plus tôt, en effet, le poète Víctor Balaguer i Cirera (Barcelona, 1824 - Madrid, 1901), mais aussi Jacinto Verdaguer ou Milos Fontal, s’étant dressé contre le rattachement de la Catalogne à la couronne d'Espagne, sont exilés par la reine Isabelle II. Jean Brunet, l'un des fondateurs du Félibrige avec Frédéric Mistral, leur offre l'hospitalité des félibres provençaux. Ils resteront plusieurs mois en Provence.

Víctor Balaguer i Cirera

A l’occasion du banquet de Font-Ségugne, pour remercier les Catalans, Frédéric Mistral leva la coupe pour la première fois et la consacra en chantant La Coupo Santo, écrite pour la circonstance sur un noël provençal attribué à Nicolas Saboly (en fait du frère Sérapion : Guihaume, Tòni, Pèire).

Au dernier couplet "Pèr la glòri dou terraire...", invitant les Catalans à communier dans la même foi, les Provençaux se levèrent pour honorer leurs invités.

Frédéric Mistral

Ce chant est devenu depuis l’hymne de la Provence et l’un des hymnes de l’Occitanie avec le Se Canta.

C'est le lundi de Pentecôte, au cours du banquet de la Coupe pour les festivités de la « Sainte Estelle », que le cérémonial de 1867 se renouvelle. On se lève donc seulement au dernier couplet, que l'on chante généralement après le deuxième, pour raccourcir le chant.

En principe, la Coupo Santo étant un hymne, on n'applaudit pas à la fin... Mais qui pourrait s'offusquer d'un tel témoignage d'amitié ?

La Coupo

Cette coupe est l’oeuvre du sculpteur Guillaume Fulconis et de l’argentier Jarry. Elle fut faite grâce à une souscription de 1800 signatures.
Le statuaire Fulconis ne voulut pas être payé lorsqu'il apprit le but patriotique de l'objet.
Ce présent précieux est conservé chez le capoulié du Félibrige, par tradition et n'est sorti de son coffre qu'une fois dans l'année devant les félibres.

La Coupo Santo

Description par Frédéric Mistral dans l'Armana prouvençau

Es uno conco de formo antico, supourtado pèr un paumié. I’a contro lou paumié, drecho e se regardant, dos gènti figurino que represènton coume sorre la Catalougno e la Prouvènço.
La Prouvènço a lou bras dre autour dóu còu de soun amigo, pèr ié marca soun amistanço ; la Catalougno met la man drecho sus soun cor e sèmblo ié dire gramaci.
Au pèd de chasco figurino, vestido latinamen e lou sen nus, i’a, dins un escussoun, lis armarié que la designon. A l’entour de la conco e en deforo, escri sus uno veto envertouriado emé de lausié, se legisson li mot seguènt :

Record ofert per patricis catalans als felibres provenzals per la hospitalitat donada al poeta catala Victor Balaguer, 1867.

E sus lou pedestau soun finamen gravado aquéstis àutris iscripcioun :

Morta diuhen qu’es,
Mes jo la crech viva.
V. BALAGUER

Ah ! Se me sabien entèndre !
Ah ! Se me voulien segui !
F. MISTRAL

Traduction : C'est une conque de forme antique supportée par un palmier. Contre le palmier, debout et se regardant, deux figurines représentent comme deux soeurs la Catalogne et la Provence.
La Provence entoure de son bras droit le cou de son amie pour lui marquer son affection. La Catalogne porte la main droite à son coeur comme pour lui dire merci.
Au pied de chaque figurine, en costume latin et le sein nu, il y a, dans un écusson, les armoiries qui la désignent.
Autour de la conque, extérieurement, se lisent les devises suivantes :

Souvenir offert par les patriotes catalans aux félibres provençaux pour l'hospitalité donnée au poète catalan Victor Balaguer en 1867.

Et sur le pied sont finement gravées ces deux autres inscriptions :

Morte, on dirait qu'elle est,
Mais je la crois vivante !
VICTOR BALAGUER

Ah ! S’ils savaient m'entendre !
Ah ! S’ils voulaient me suivre !
FREDERIC MISTRAL

La cansoun

Coupo Santo

Prouvençau, veici la Coupo
Que nous vèn di Catalan ;
A-de-rèng beguen en troupo
Lou vin pur de noste plant.

Coupo Santo
E versanto
Vuejo à plen bord
Vuejo abord
Lis estrambord
E l'enavans di fort !

D'un vièi pople fièr e libre
Sian bessai la finicioun ;
E, se toumbon li Felibre
Toumbara nosto nacioun.

D'uno raço que regreio
Sian bessai li proumié gréu ;
Sian bessai de la patrìo
Li cepoun emai li priéu.

Vuejo-nous lis esperanço
E li raive dóu jouvènt,
Dóu passat la remembranço
E la fe dins l'an que vèn.

Vuejo-nous la couneissènço
Dóu Verai emai dóu Bèu,
E lis àuti jouïssènço
Que se trufon dóu toumbèu.

Vuejo-nous la Pouësio
Pèr canta tout ço que viéu,
Car es elo l'ambrousìo
Que tremudo l'ome en diéu.

Pèr la glòri dóu terraire
Vautre enfin que sias counsènt
Catalan, de liuen, o fraire,
Coumunien tóutis ensèn !

Coupe Sainte

Provençaux, voici la coupe
Qui nous vient des Catalans
Tour à tour buvons ensemble
Le vin pur de notre cru.

Coupe sainte
Et débordante
Verse à pleins bords
Verse à flots
Les enthousiasmes
Et l'énergie des forts !

D'un ancien peuple fier et libre
Nous sommes peut-être la fin ;
Et, si les Félibres tombent
Tombera notre nation.

D'une race qui regerme
Peut-être somme nous les premiers jets ;
De la patrie, peut-être, nous sommes
Les piliers et les chefs.

Verse nous les espérances
et les rêves de la jeunesse,
Le souvenir du passé
Et la foi dans l'an qui vient.

Verse nous la connaissance
Du Vrai comme du Beau,
Et les hautes jouissances
Qui se rient de la tombe.

Verse nous la Poésie
Pour chanter tout ce qui vit,
Car c'est elle l'ambroisie
Qui transforme l'homme en Dieu.

Pour la gloire du pays
Vous enfin nos complices
Catalans, de loin, ô frères,
Tous ensemble, communions !

Des poètes de Counonterral adhèrent très tôt à ce mouvement sous l’égide de Pompilius Bastide.
La population suit avec enthousiasme ses « félibres ». Une grande félibrée aura d’ailleurs lieu en 1887.

Une après-midi de campagne, à l’Oulieu ; quelques Cournonterralais, après un bon repas, posent pour la postérité :

Les félibres de Cournonterral

On peut y voir, au 3e rang : Boude fils (1er gauche), au 2e rang : Bastide Pompilius (2e gauche,), au premier rang : Aphrodise Tiniére (3e gauche), à sa gauche : Sérane, Montel dit «Cannelle », Tuzet et Gratien Arbousset (avec son chien).

Cliquez sur l'image pour revenir au haut de la page

POMPILIUS BASTIDE DIT LIUS

Né et mort à Cournonterral, (1845-1932), il épousa Almandine Tieulle.
Deux enfants, Frédéric et Léonie naîtront de cette union.
Propriétaire de vignes, poète et auteur de pièces de théâtre, maire par deux fois de Cournonterral, c’était un homme de conviction, protestant pratiquant, attaché à des idéaux républicains et laïques, bon gestionnaire des deniers publics comme des siens et pour qui la famille comptait beaucoup.
Il fut maire de novembre 1885 à mai 1888 et de mai 1904 à mai 1908. Il refusa toute candidature de 1888 à 1904 pour ne pas contrarier son père.

Bastide Pompilius

Le nouveau maire Bastide Pompilius fait un beau discours plein de verve et de poésie ; nous retrouvons ce style incomparable tout le long de ses mandats et plus tard, en 1915 à Château Bas, le lundi de Pentecôte, lorsqu’il prononce ce discours patriotique :
« … L’usage ayant consacré le lendemain de Pâques et de Pentecôte à des distractions populaires à la campagne, nous sommes venus, en ce printemps fleuri et parfumé, sous un ciel d’azur éclairé par un soleil d’or, sous les rameaux d’un marronnier séculaire, caressés d’air pur, bercés par le chant du rossignol et le murmure d’une source intarissable, sur cette terre sacrée d’Aumelas, prés de ce castellas en ruines, jadis défendu par les troupes calvinistes du général Rohan, tantôt par les armées du cardinal de Richelieu…
Et mon âme de barde obscur vole aussi vers la lumière, vers ce fils de Dante, notre grand frère Gabriel d’Annunzio, le poète national, universel…
… Je bois à la France, notre mère à tous, que nous chantons, aimons, servons, chacun selon ses forces, par la parole ou la science, par l’épée ou le canon, par l’Art ou l’Idéal et c’est dans les plis de son drapeau tricolore, bleu comme le ciel, blanc comme le lys et rouge comme notre sang que nous enveloppons d’un même respect et d’un même amour tous ceux qui sacrifient leur vie pour la Patrie… »

En tant que maire, il réglemente les manifestations publiques, il n’est pas anticlérical, seulement laïque, et en 1886, il autorise le curé à faire une procession au cimetière pour la Toussaint.
Le 22 février 1887, il note sur son agenda : « le curé ne m’a pas demandé l’autorisation pour faire la procession de mardi-gras à la chapelle des Pénitents, probablement, il n’a pas voulu se soumettre à mon arrêté ou bien at- il pensé que le dernier article publié contre moi, dans La Lessive (gazette du village), m’avait exaspéré à tel point de lui interdire la procession. S’il m’avait demandé l’autorisation, je la lui aurais accordée ».

Homme juste sans parti pris, il ne pratique pas la vengeance « post-électorale » bien que ses adversaires politiques le harcèlent à coup d’articles dans « La Lessive ». Un incident le démontrera : le jour des pailhasses, une trentaine de costumés défilent, à la tête desquels le fils Dumas, ancien militaire-tambour qui porte, à son chapeau, l’inscription du journal La Lessive.
Ce jour là, blessé devant tant d’acharnement et de méchanceté, il compose, aussitôt, pour lui-même, un petit poème vengeur.

Bastide, maire attentif à ses administrés, note sur son carnet, le résultat de procès qui ont eu pour accusés, des cournonterralais. Lorsque ses mandats seront terminés, il recevra encore des demandes d’aide pour des formalités administratives ou autres.

Après son premier mandat, il continue à s’intéresser à la vie politique du village et, toujours, dans son agenda qui le suit partout, il note que : « les processions recommencent sans autorisation, le nouveau maire ne tient pas compte de l’arrêté et les villageois, qui ne peuvent plus circuler avec leurs charrettes, protestent. »
Lors des élections de 1898, les républicains sont en difficulté et Bastide, bien qu’en retrait de la vie politique, essaie de leur faire comprendre, à eux qui sont divisés depuis l’affaire du caissier Bories, qu’il faut s’unir et faire une liste avec des hommes nouveaux. Peine perdue, il n’est pas écouté, les réactionnaires sont élus et durant son mandat, le nouveau maire, Mr Cellier, va faire la guerre « aux républicains de la Philharmonique, aux protestants, aux francs-maçons et à... Bastide ».

Bastide est aux côtés des viticulteurs et des ouvriers agricoles dans leur lutte pour la survie. Durant son deuxième mandat, vu la situation pénible due à la mévente des vins, il adresse au ministre des finances une demande pour que les fonctionnaires chargés de la perception de l’impôt usent de la plus large tolérance envers les propriétaires et les ouvriers.
En mai 1905, le Conseil municipal, très attaché à la solennité de la fête nationale du 14 juillet mais considérant « la situation tragique dans laquelle se débattent de plus en plus de propriétaires et d’ouvriers », décide de ne célébrer que la fête du 14 juillet et d’aider, sous diverses formes, les ouvriers avec le reste du budget fêtes.
Nous l’avons déjà vu respectueux des opinions d’autrui et de la liberté de conscience; il l’est, encore, dans cette délibération du conseil municipal, de 1905 où on reconnaît, à tout citoyen, membre du conseil ou non, le droit de prendre la parole aux obsèques d’un libre-penseur.

C’est, aussi, sous son mandat, que le cimetière sera laïcisé ; en 96, deux carrés avaient été réservés aux protestants ; ce plan est abrogé et un nouveau plan du cimetière dressé sans distinction de culte.
De même, le conseil décide que, dans le cadre de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, les édifices communaux affectés aux cultes (église et temple) continueront à être laissés à la disposition des fidèles et des ministres du culte, pour la pratique de leur religion. Devant son conseil, il dit : « qu’en cette circonstance, il y a lieu de se placer à un point de vue social de la paix, de neutralité religieuse et de liberté de conscience, tout en sauvegardant les droits municipaux et en se montrant respectueux des pouvoirs publics ».

Très patriote, il s’inquiète de la situation internationale et note dans son agenda, en 1909 : « Léonie (sa fille) nous écrit que Charles (son gendre), de retour de Paris, a apporté une mauvaise nouvelle : c’est que nous aurons sous peu la guerre avec l’Allemagne »

Ce personnage aux multiples facettes, était, avant tout, propriétaire de vignes à Cournonterral. Il exploitait quelques 20 hectares de vignes éparpillées aux quatre coins de la commune. De Sainte Cécile à La Devéze de l’Oulieu, du mas de Chaumot aux Cambous ou aux Passes, des Prélongs aux Fraisses en passant par le mas de Nabas, Belerac, Maïre, le moulin de Laude, le camp de Montagnou, le Pioch, il parcourait quotidiennement le vignoble, foulant de son pas cette terre d’Oc qui lui était chère.
20 hectares, à cette époque, représentaient une exploitation importante qui nécessitait l’emploi de deux ouvriers : Auguste Roux et Joseph auxquels s’ajoutaient occasionnellement des journaliers : Léonce Domergue et certains dont le nom évoquera des souvenirs aux vieux cournalencs : Cardonet, Vassadel, Bartabela, Malige. Pompilius Bastide participait à la taille de la vigne, à l’échenillage, présidait à la vendange.
La récolte rentrée, le vin dans les foudres, il fallait encore contacter les courtiers pour le vendre. Il veillait à la santé de ses ceps et ne lésinait pas sur les engrais qui, alors, n’avaient rien de chimique. Il épandait sur les sols du fumier de bergerie venu du mas Terrus, du fumier de Marseille arrivant à pleins wagons par la gare du Midi. A cette époque, les cépages pouvaient être variés dans une même vigne : c’était l’aramon, le carignan, le bouchet, l’alicante, le jacquez, le chasselas : raisin de table qu’il vendait au marché de Montpellier.
Il élevait des plants de vigne « les racinés » qu’il commercialisait avec ceux des autres producteurs du village. Il avait même créé des plants tels ses « terrets de l’Oulieu » qui lui valurent la médaille d’argent au concours de la Société centrale d’Agriculture en 1896.

Pompilius Bastide s’engage dans la défense de la viticulture. Avec François Astier, ils fondent le premier syndicat des viticulteurs de Cournonterral en 1890. (François Astier, propriétaire de plusieurs vignobles, marié à une cournonterralaise, est enterré à Cournon). Ce syndicat compte 230 membres en 1894 et va prendre la tête d’un mouvement qui s’étendra dans d’autres villages viticoles. Le dimanche 3 décembre 1893, le syndicat organise à la mairie une réunion de défense de la viticulture, on y comptera un millier de personnes venues de tout le département. Des revendications y sont exprimées, des décisions y sont prises comme celle d’organiser une manifestation à Montpellier. Le syndicat des travailleurs de terre de Cournonterral s’associe à cette idée. Cette manifestation du 12 décembre réunira 30000 viticulteurs, patrons et ouvriers. La presse parisienne relatera cette journée historique. D’autres actions suivront : pétitions, menaces de grève générale de tous les élus, des contribuables. François Astier créera un comité de défense de la viticulture, une société d’encouragement à l’agriculture, une foire exposition des vins.
La première foire a lieu à Cournonterral du 21 au 24 octobre 1894 et obtient un grand succès. Le maire : Mr Amat se félicitera d’avoir eu « le grand honneur d’ouvrir l’ère des foires expositions des vins de France ».
Dans les années difficiles de mévente, les viticulteurs se regrouperont pour faire leurs achats (soufre, sulfate, engrais, foin). Bastide, ce viticulteur militant au plan national comme au plan local, se retrouvera à la tête de la commission et se chargera de réceptionner les wagons, de répartir les commandes, d’encaisser les factures. Il s’investira dans cette gestion lourde et délicate sans ménager sa peine et son temps.
Ici comme dans d’autres domaines, nous le retrouvons au service des autres.

Cependant, son activité professionnelle lui laissait du temps de libre qu’il consacrait à ce qui était plus qu’un passe-temps, une véritable passion : son amour de la nature. En compagnie de ses amis : Arbousset, Cabanis, Domergue, J. Martin l’instituteur, E. Gachon, Danton Cazelles, il parcourt la garrigue, cette garrigue qu’il voulait connaître dans ses moindres recoins et surtout protéger sans la dénaturer pour en jouir pleinement.
Ensemble, ils aménagent des « pavillons de verdure » sorte de salons rustiques. Ainsi, au Touat, ils plantent des yeuses (chênes verts), de grands houx, des pins, taillent harmonieusement la végétation existante, débroussaillent puis installent, au centre de ce lieu, une table de pierre taillée par le maître tailleur Jourdan, roulent tout autour de grosses pierres : « les sétis (siéges) das amics ». Cette installation terminée, ils aspergent la table de vin d’alicante. Ce lieu est baptisé « Bon repos ». C’est là que très souvent leurs promenades les mènent en ce lieu paisible et charmant « loin de la fumée âcre et des senteurs alcooliques du café Pons ». Lius y récite les vers de sa composition et écoute les productions d’autres félibres comme J. Martin. Son ami : Domergue possède près du Touat un lieu nommé : « Bomba-cuol » planté de chênes-verts. Il y inscrit, toujours sur la pierre, ces quatre vers qui témoignent de son amour et du respect qu’il a pour la nature :

« estrangers et gens de Curnon
que venetz jout la blaca
prenetz d’aglans a plena saca
copetz pas l’aure à Domergou »

« étrangers et gens de Cournon
qui venaient sous les chênes
prenaient des glands à plein sac
ne coupez pas l’arbre de Domergue »

Le Bres d’Héléne, le Bres de Michelounas, le « Round Pin » de la Devéze sont aménagés pour offrir au promeneur des endroits accueillants.

Il existe, encore aujourd’hui, du coté de Garrigues Planes, un lieu nommé Canteloup que les chasseurs connaissent bien.
Pourquoi Canteloup ? Bastide rapporte (extrait de l’histoire de Germain) cette anecdote. (S’agit-il d’une légende ou d’un fait réel ?)... « Sous le consulat de tailleur, Bernard, un habitant du village, à l’affût d’un perdreau sous une touffe d’yeuses, y tua trois loups qui rodaient en ces lieux. Bernard fut appelé depuis : Bernard Des Trois loups. Trois siéges marquent l’endroit ; sur l’un deux j’ai inscrit « séti à Bernard », sur l’autre : « séti à Erménias » et sur le dernier « séti à Bastide ». La touffe de chênes porte le nom de « mata des Trois Loups ».

Le lit du Coulazou suscite l’intérêt de Lius Bastide : « Je suis allé, ce matin (15/8/1900) avec Paul Durand et Malig, ouvrier carrier, à l’aven auquel j’ai donné le nom de Trassegun, situé à 150 mètres en amont de l’Arche de Noé pour voir comment on pourrait le déblayer. Un simple sondage a permis de constater qu’il y avait 6 à 7 mètres d’eau ». Après l’avoir déblayé, ils découvrent un boyau très étroit qui parait s’agrandir sous la rivière. Le soir, aidé d’A.Tiniére et de D.Bastide, ils accèdent à une salle où se trouvait une superbe pierre.
Toujours dans le lit du Coulazou, jaillissait au lieu-dit « les Regladous » une source qui alimentait, toute l’année, une cuvette d’eau limpide.

Toujours, selon le même rituel, P.B et ses amis Arbousset, Cabanis, Gachon, Bastide y placent une dalle de pierre, entourée de sétis, qu’ils baptisent « La taula dau dos regal».Ils s’y réunissent pour prendre l’apéritif et surtout chanter, réciter des vers et s’y détendre.

Il met un point d’honneur à réhabiliter la « Baume de Bioge », grotte située prés de Crespine. Son entrée était obstruée depuis 300 ans pour des raisons politico-religieuses.
Accompagné de G. Arbousset, D. Cazelles, L. Ménard de Nîmes, les demoiselles Cabanis et Bastide, des protestants de Cournonterral, il en fait déblayer l’entrée : « Cazelles a écrit, sous ma dictée, sur la paroi de droite : « Bauma de Bioge barrada par ordre de Lamoignon (Intendant du Languedoc) lou 25 de jun 1696 et sur le coté gauche, doubrida per lo Conse de Cournon le 27 de mars 1887 ».Le maire, c’était lui. « Dans la grotte, nous avons chanté « c’est un rempart que notre Dieu » et sur le chemin de retour : « Lo Mazet » de Roumieux et « Magali » de Mistral. Gratien jouait de la mandoline.

Cependant, il faut garder pour la bonne bouche, ce qui fut la fierté de P.B : la Bastidette de l’Oulieu. Petit mazet rustique, construit en pierres de taille et briques rouges, agrémenté d’une belle pinède plantée par ses soins et évidemment d’oliviers. On y accédait après avoir escaladé la colline par une petite allée bordée de buis aux pieds desquels fleurissait la violette. Chose originale, il y avait installé des pierres sonores, recueillies dans la garrigue et qu’une oreille musicienne, celle de G. Arbousset, sans doute, avait disposées de telle sorte qu’elles montent la gamme de do. Combien d’enfants ne se sont-ils pas essayés les jeudis après-midi, à y jouer « au clair de la lune » en tapant dessus avec un caillou ! Tout ceci, hélas, n’existe plus.

La bastide de l'Oulieu

Poème : Ma Bastideta

Ai Bastideta à La Deveza,
Pas pus granda qu’un moucadou,
Ounte recive, sans fadesa,
Paures e riches de Cornon,
Ma Bastideta ensourelhada
A pas besoun d’estre atifada
Per saupre plaire à ùn passant.
Lou natural es bon enfant.

J’ai un mazet à la Devéze
Pas plus grand qu’un mouchoir
Où je reçois en toute simplicité
Pauvres et riches de Cournon
Ma bastidette ensoleillée
N’a pas besoin d’être parée
Pour savoir plaire à un passant
Son naturel lui suffit.

Il y réunissait sa famille, ses connaissances, relations et amis autour de succulents repas du type :

Apetissadisses :

Burre de Cournou, Olivas de Fabregas,
Anchoias de Frontignan, Saucissa e saucissot d’Aumelàs

Intradas :

Pijouns à la catalana ; Pichots peses au cambajou de Poussan,
Brandada de merlussa à las trufas de Cournon-sec

Entremets :

Gateù de ris glaçat

Roustits :

Lebres dau bose coumunau ;
Guindas trufadas de Cournonterral

Dessertas :

Cremas ; Biscuits ; Poumas e sinserimbaias d’autra mena
Café au rum de la Jamaïc

Mise en bouche :

Beurre de Cournon, Olives de Fabrègues,
Anchois de Frontignan, Saucisses et saucissons d’Aumelas

Entrées :

Pigeons à la catalane, Petits pois au jambon de Poussan,
Brandade de morue aux truffes de Cournonsec

Entremet :

Gâteau de riz glacé

Rôtis :

Lièvres du bois communal,
Dindes truffées de Cournonterral

Desserts :

Crème, Biscuits, Pommes et assortiment de toutes sortes
Café au rhum de la Jamaïque

Au cours du repas, la littérature prenait place. Les convives déclamaient et interprétaient une de leurs oeuvres.
La journée se terminait sur la place du village où une partie de la population les attendait pour savourer leurs beaux écrits. Des félibres célèbres se rendaient à la bastide de l’Oulieu : Roumieu, Arnavielle, Chassary, Rottner, Marsal et de nombreux autres écrivains.

N’écrira-t-on pas « Cournon est devenu pour le félibre languedocien comme un lieu de pèlerinage où les dévots de Sainte Estelle viennent réconforter leur foi et proclamer leur espérance ».

Bastide de son nom de félibre : Bastide de l’Oulieu, était président d’honneur de la société Curnon-Artiste dont le président était Aphrodise Tiniére. Deux groupes artistiques de pensée politique différente, co-existaient: Jeanne d’Arc et Curnon-Artiste qui fut précédé par « Lou Cat Negre » dont le siége se trouvait au café Paulet (actuellement poste de police).
Augusta Paulet, la fille du propriétaire, belle jeune fille, était reconnue comme la muse des artistes. Bien que devenu infirme, le père Paulet continuait à recevoir la troupe. On pouvait y rencontrer un artiste musicien : Arbousset Gracian, un acteur de talent : Gachon Alfred, Les Boude père et fils, portraitiste et décorateur, Louis Cazelles….

Bastide écrivait beaucoup. Nous citerons son recueil de poèmes : Ma Bartassada (ma ronce), ses pièces de théâtre (Lou Transis de Mestre Danis, Ratapaplan). Chaque événement de sa vie était ponctué d’un sonnet : (Double Fête) pour sa fille, (Lycéen, Renouveau, Poisson d’avril), pour ses petits-enfants et arrière petitsenfants , (Ma Source) pour ses amis.
Il écrivait pour exprimer sa foi (Pèlerin), son amour de la nature (Violettes), son patriotisme (Drapeau-France), ses joies (Vacances), ses peines (Souffrir), ses déceptions politiques (Libéré). Il reçut les félicitations de Mistral pour l’ensemble de son oeuvre, des distinctions du félibrige de Paris.

En 1905, les palmes académiques lui sont offertes. A cette occasion, Mr Gachon Jules (adjoint municipal) lui adresse un discours élogieux : « Tout jeune tu t’es donné tout entier à cette belle langue d’Oc et tu nous as montré, bien vite, la mesure de ton vrai talent, tu as servi à profusion l’esprit et l’exubérance méridionale dans les multiples poésies sérieuses ou badines, même dans tes pièces de théâtre. Tu as fait revivre nos vieilles traditions locales, nos gracieuses légendes, tu as chanté cette terre languedocienne avec ses olivettes et ses vignes… il était bien juste qu’un pareil labeur fut récompensé. »

Les textes de Bastide, interprétés par les membres de Curnon-Artiste, faisaient l’objet de belles soirées à Cournonterral où l’on comptait, certaines fois, jusqu’à 600 spectateurs. Elles étaient publiées dans des journaux locaux. Nous apprenons, dans un de ces carnets, que le 25 mars 1900, il a envoyé au journal « Le Petit Méridional » une nouvelle histoire : « Les Paillasses à Cournonterral ». Ne serait-il pas l’auteur de la légende des pailhasses ?

Bastide de l’Oulieu participait à des « courts d’amour » (rencontres avec danses traditionnelles, poésies et contes) à Saint Guilhem, par exemple. Se rendre à Saint Guilhem n’était pas chose aisée : en charrette de Cournon à St Georges, en chemin de fer jusqu’à Aniane et en voiture d’Aniane à Saint Guilhem. Il assista aux félibrées de Sainte Estelle à Maguelonne et à Ganges.
A Cournonterral une félibrée se tint, en 1894, chez Mr Tréboulon, dans sa maison du pont de Beaulieu ; d’autres félibrées suivront.

Il fut distingué dans des concours littéraires, en particulier celui de Cannes en 1887.

Un de ses sonnets : « Plainte Eternelle », sera adressée au président Wilson des Etats-Unis lors de la participation de celui-ci à la conférence de la Paix à Paris. Mais il semblerait que c’est à Cournonterral avec la troupe de Curnon-Artiste qu’il connaît les plus grandes joies. Les répétitions, les réceptions, les collations sont fréquentes. C’est l’occasion d’apporter des nouveautés que les auteurs déclament devant leurs amis et de se faire plaisir. Les représentations avaient lieu dans des magasins (remises).
Bastide de l’Oulieu pense, alors, qu’il ne pourrait y avoir de plus beau lieu pour faire vivre cette littérature occitane que la garrigue.

Le dimanche 23 février 1919, avec une dizaine de membres de la société Curnon-Artiste, il se rendra au rocher de Triviale pour tester l’acoustique en vue d’établir un théâtre de la nature. Avec Alfred Gachon, Aphrodise Tiniére, ils récitent plusieurs morceaux. « La voix porte loin, on ne perd pas un mot ». Rentrés chez eux, ils commenceront immédiatement à ébaucher des plans. Dès lors, ils s’y rendront les dimanches, aidés de volontaires et de journaliers. L’emplacement de la scène est décidé. De belles pierres et des planches récupérées chez des particuliers y sont amenées.
Ce lieu magique (en dessous du Touat) recevra le nom de « Roche Dorée » et résonne, encore, de tous les beaux poèmes, comme ceux-là :

Poème Cournou (extrait)

Cournou, clouquié d’amour ounte la poésia
Sap enfiocar mon ama ou ben l’estrementir
Te pode cantar, lausar, sans m’enrauquir
Lou deve à ton Teron que raja l’ambrosia

Cournon clocher d’amour où la poésie
Sait enflammer mon âme ou la faire frémir
Je peux chanter tes louanges d’une voie claire
Je le dois à ton Théron d’où jaillit l’ambroisie

Poème : A l’Oulieu

Dès l’aube matinale, une porte s’ouvrait
Et Phébus pénétrait au logis du poète
De l’amphore aux raisins où le jus fermentait
Fumet de vin nouveau vous montait à la tête.

Septembre au vigneron est un mois qui lui plaît
Et chaque anniversaire, il célèbre sa fête.
Le travail, la chanson en un accord parfait
Poétisent la vie et la rendent complète.

Lorsque assis sur un banc de pierre ou de bois
Le barde-vigneron entonne un chant gaulois
En admirant du ciel le soleil des vendanges

Les belles grappes d’or aux grains doux et juteux
Emplissent les paniers couronnés de louanges,
Et ce fruit de Noé fait un vin capiteux.

Si vos pas vous amènent du côté de Triviale, vous pourrez emprunter la rue Bastide de l’Oulieu, souvenir modeste d’un grand Cournalenc, qui marqua son époque en se mettant au service de la communauté et de la langue occitane.

Poème Félibrige
J’avais rêvé d’être félibre
Je devins un jour mainteneur
Mais voulant rester homme libre
Je reste félibre amateur.

Cliquez sur l'image pour revenir au haut de la page

CLAIRE BONNIER (1883-1966)

« La felibressa dou Teroun » « La Félibresse du Théron »

Claire Bonnier naît le 10 janvier 1883, à Cournonterral, dans une très vieille famille de propriétaires viticulteurs.
C’est avec sa grand-mère Clara qu’elle apprend et parle l’occitan dès son plus jeune âge. Enfant, elle passe ses moments de loisirs à broder avec sa mère, à jouer du violon, à écrire. Elle écrira tout au long de sa vie dans cette belle langue d’oc.

Claire Bonnier

La guerre de 1914 arrive avec son lot de blessés, certains seront soignés au couvent de la rue du Docteur Ombras (aujourd’hui, siège des « aînés du Théron »). Claire abandonne ses loisirs pour se rendre utile auprès d’eux, elle sera infirmière.

Pendant la seconde guerre mondiale, on la retrouve au sanatorium « Bon Accueil », à Montpellier, à soigner les malades. Très active, elle profite de son séjour dans cette ville pour prendre des cours de doctrine sociale, d’occitan et de diction.

Elle reviendra au village en 1944 pour seconder le secrétaire de mairie.
Mais sa passion d’écrire ne la laissa jamais ; elle écrit en français, en occitan, des morceaux de prose ou de poésie. Son parrain félibréen : le majoral Albert Arnavieille l’y encourage. C’est lui qui la baptise en 1923 « la Félibressa dou Teroun » en même temps qu’il l’asperge de quelques gouttes d’eau de notre fontaine.

Membre de la société : la Saint Estelle que patronne la comtesse de Rodez-Bénavent, Claire Bonnier apparaît souvent dans son beau costume languedocien, au côté de celle-ci, dans des rencontres culturelles.

Son nom est cité dans différentes manifestations littéraires :
En 1923, au concours de poésies et pièces de théâtre à Nîmes.
En 1924, à la fête félibréenne de Sceaux où son oeuvre « Lou pous de l’aven » est remarquée.
En 1925, au concours de la société archéologique, scientifique et littéraire de Béziers pour ses textes « Lou poudaire » et « A la terra maire », elle y reçoit la médaille d’argent.
En 1931, à la cour d’amour au château d’Henry de Rodez-Bénavent à Rodez, elle récite « Vespras de mai »
En 1932, elle participe à la fête des jeux floraux à Pézenas, avec le poème « Lou Vi » qui sera couronné.

Es mati, tout tremoula encara de la nioch,
A jalat e lou soù blanqueja de barbasta
N’i’a sus lou rabugas, lou bertas, la rabasta
La dralheta d’hormis, es invioulada e casta
Degus es pas passat e leù, vai pica ioch !

Mes chut ! veici quaucun, qu’es aquel barrulaire
Que vira lou cantou ?… lou coulet relevat,
La vesta boutounada e dins ela plegat.
Sus l’espanla lou sac, de recats gounflat,
Arriba… qu’es aquel ? Aquel ! Es lou poudaire !

Vai pouda ! I’a long-tems, i’a mai d’une semana,
Qu’a la vilhada à dich : « is vengut lou moumen,
D’arrapa lous ciseùs, lou boi, es pla lusent
Madur, per coumença, la luna vielha auren,
Leù… n’en cau proufita, car rend la souca sana »…

… A l’obra meten-nous » Oi ! A l’obra as résoun,
Poudaire car es bella e nobla e benesida !
Toun gèst doubris la dralha a la sara endourmida,
Noses, coum’ un bouquet la pampa e la culida,
Sies l’artista que traça e la ligna e lou founs !

C’est le matin, tout tremble encore de la nuit
Il a gelé et le sol est blanc de rosée,
Il y en a sur l’arbuste rabougri, la ronce, la broussaille,
Le petit chemin est inviolé et chaste
Personne n’y est passé et bientôt, huit heures vont sonner.

Mais chut ! Voici quelqu’un, quel est donc ce rôdeur matinal
Qui tourne au coin ?… le col relevé,
La veste boutonnée et dans elle pliée
Sur l’épaule le sac gonflé de provisions,
Quel est celui-là ? Celui-là… C’est le tailleur de ceps !

Il va tailler ! Il y a longtemps, il y plus d’une semaine
Qu’à la veillée il a dit : « il est venu le moment,
D’attraper les ciseaux, le bois est bien luisant mûr
Pour commencer nous aurons la lune vieille
Bientôt, il faut en profiter car elle rend la souche saine…

A l’oeuvre, mettons-nous » Oui, à l’oeuvre, tu as raison
Tailleur de ceps car elle est belle, noble et bénie !
Ton geste ouvre le chemin à la sève endormie
Tu noues comme un bouquet la feuille et le fruit
Tu es l’artiste qui traça la ligne et le fond !

Claire Bonnier est, ainsi, reconnue de son vivant, comme une poétesse de talent. Les journaux de l’époque : « La Campana de Maguelonna », « la Vie Montpelliéraine », « l’Eclair » publient ses textes. Elle signait, alors, sous le pseudonyme « lou mouisset » qui signifie : l’épervier.

Ses oeuvres majeures : La Font del Teroun et la Feria de Courno se trouvent à la bibliothèque municipale. Les cournonterralais de l’époque découvrent ses écrits lors des représentations de la troupe artistique locale « Jeanne d’Arc », dans les différentes manifestations données à la salle du peuple pour la fête des mères.

Danton Cazelles, félibre connu, dans une lettre du 15 juillet 1953, lui écrit : « Chère et honorée compatriote que n’ai-je connu plus tôt votre vrai talent de félibresse du cru, de poétesse traditionnelle et de gardienne des us et coutumes de notre beau terroir de Cur-non et de sa langue telle que la parlaient nos pères... »

Et ainsi, de concours en concours, de félibrée en félibrée, parée de son costume de Grisette, Claire Bonnier déclame de sa voix chaude et chantante, ses textes.

Mais là ne s’arrête pas son talent, c’est avec son violon qu’elle accompagne diverses manifestations. Le journal de la vie montpelliéraine relate qu’en 1924, lors d’une messe à la mémoire de Mistral : « la voix du violon de Claire Bonnier s’éleva comme un cri à l’âme ».
Pour une messe de Noël dans la grotte des Demoiselles, elle interprète l’une de ses créations : lo Nadau felibrenc.

Claire Bonnier

Notre félibresse qui eût l’honneur d’être la reine à la cour d’amour donnée à Montpellier, au bois de la Valette, en 1933, incarne la joie de vivre, elle aime la campagne, la bonne cuisine régionale et les bons vins. Philosophe, elle ne s’attarde pas sur les tracasseries de la vie matérielle. Elle reste plongée dans la rêverie, l’imaginaire, dormant quand les autres travaillent, écrivant et composant quand ils dorment.

Poétesse, compositeur, musicienne, Claire Bonnier, notre « félibresse du Théron », fût en son temps, une figure emblématique de notre village occitan.

Cliquez sur l'image pour revenir au haut de la page

DANTON CAZELLES (1867-1961)

Né à Cournonterral en 1867, d’un père issu de Montagnac et d’une mère Cournonsécoise, il vit dans le quartier des Jasses (actuel chemin d’Antonègre) entouré de ses parents, grands-parents, ses deux oncles et leur famille, sa soeur qui lui servait de seconde maman, Madame Cazelles souffrait d’une infirmité invalidante.

Danton Cazelles

Tout ce petit monde vivait en parfaite harmonie sous le même toit :
« Acò fasié dins l’oustau une toulada de monde que n’en finissié pas pus, e una nisada d’efantous qu’aurieu à eles soules fach trembla la barraca ! »
Cela faisait dans la maison, une tablée de monde qui n’en finissait pas et une nichée de petits enfants qui auraient pu à eux seuls, faire trembler la baraque !

« Soulamen, lou patriaca dounàva d’ordres e toutes se taisavoun quoura él badàva, lou jouines e lous vielhs. E tout acò vivié d’acordi ! »
Seulement le patriarche donnait des ordres et tous se taisaient quand il ouvrait la bouche, les jeunes et les vieux. Tout ce monde vivait en parfait accord !

La famille vivait des jours heureux à Cournonterral. C’était sans compter sur le phylloxéra, petit puceron importé des Etats-Unis, qui s’attaquait aux feuilles et surtout à la racine de la vigne et la faisait crever. Ce fléau qui s’abattit sur la région dans les années 60, engendra une crise économique profonde, plongeant les viticulteurs dans la misère ; c’est, pour cette raison que la famille Cazelles décida de quitter le village.

« e de Cournou partiguère un pau grandet butat per lou filossera que nous prometié pas que miséra e patimen. »
Et je partis de Cournon déjà « grandet » poussé par le phylloxera qui ne nous promettait que misère et souffrances.

Après quelques temps passés à Cazouls lès Béziers, la famille se fixe à Légabi à dix-huit kilomètres de Toulouse, en gardant au coeur l’espoir de revenir au pays y replanter la vigne et « participer vaillamment à l’oeuvre de renaissance ». Et c’est ce qu’ils firent mais sans Danton qui poursuivait de brillantes études à Toulouse et s’était bien acclimaté à cette région : « talamen que m’assemblava i esse nascut. »
Tellement qu’il me semblait y être né.

A vingt ans, il prend le métier d’instituteur et, à trente ans, il est nommé à Castanet, chef-lieu de canton, à deux pas de Toulouse.
« vila qu’aviei amada ta-leu qy’i arrivèdi en gara Matabiou l’an 1880. »
Ville que j’avais aimée dès que j’arrivais en gare Matabiau, en 1880.

Cette ville, capitale du Languedoc, il la connaît par coeur, en apprécie les rues, les remparts, les jardins et pardessus tout sa langue d’Oc. Etabli à Castanet, il épouse Elisabeth Marie Richard, fille d’un cafetier et n’a pas d’enfant. Apprécié comme enseignant, reconnu pour son oeuvre littéraire, le village l’honorera en donnant son nom au groupe scolaire.

La mairie de Castanet garde précieusement ses oeuvres tant picturales que littéraires.

Danton Cazelles

D’esprit curieux, cet humaniste avait plus d’une corde à son arc. Erudit, passionné d’histoire, il effectue des recherches pour pouvoir faire admettre par les autorités publiques que le terme de « Tolosan » soit associé à celui de Castanet. Un décret de 1922 lui donnera satisfaction. Aujourd’hui, le village porte le nom de Castanet-Tolosan.

Très attaché à sa langue maternelle : l’Oc, il intègre « l’Escola derras Pyreneos » où il produit des oeuvres multiples et variées sous le nom de Jan Pitchou. Il est nommé « Mestre en gai sabé » (Maître en gai savoir) titre attribué aux félibres qui ont remporté trois premiers prix aux jeux floraux de maintenance et reçoit la « Cigale d’or » au centenaire du félibrige en Avignon. Dans la revue « Terra d’Oc », il publie des textes, des poèmes et oeuvre pour la promotion de l’occitan afin que :
« Lengadoc e Gascougno poden, desanéi, fa bouna figura al constat de lour sor Prouvenço ; es necessari de fa, sense cap de pensada venjativla, la granda Sevenjo de Toulouso e Agen »
« Languedoc et Gascogne puissent, désormais, faire bonne figure à côté de leur soeur Provence ; il est nécessaire de prendre, sans pensée vindicative, la grande revanche de Toulouse et Agen. »

Danton Cazelles

Il traduit, en languedocien : « Nadal Toulousan » d’Armand Sylvestre, rédige un recueil de poèmes sur Castanet. Sa plume légère, ses textes rehaussés d’illustrations chantent le village, les personnages qui le font vivre, la nature, la ruralité à laquelle il a toujours été attaché.

Peintre à ses heures, il a laissé des toiles représentant des paysages, des portraits ; il peint aussi des événements mémorables tel le passage du premier aéroplane au-dessus de Castanet.

Danton Cazelles participe activement à la vie du village ; non seulement en tant qu’instituteur mais aussi en s’impliquant dans la vie festive de la cité. Il apparaît que ce village aime la fête : toutes les occasions sont bonnes : fête votive, Noël, Carnaval, lundi de pâques, manifestations taurines. Son côté artiste s’exprime de multiples façons ; il agrémente, de ses dessins, le programme des fêtes, élabore des affiches, écrit les paroles de chansons souvent humoristiques (cansoun das pescofi ; cansoun das parlaïres, cansoun torina…)

Comme tous ses contemporains, les horreurs de la guerre de 1914 ne le laissent pas insensible. Il écrit, sur ce thème, des poèmes qui exaltent la patrie. Présentés sur des cartes postales et illustrés par lui-même, ses poèmes seront vendus au profit des soldats.

Danton Cazelles

En 1918, germe en lui un projet ; mais quel projet ! Celui d’un monument aux morts pour la commune de…Castanet ? Pas du tout… de… Cournonterral !

Monument aux morts

Cournonterral, son village natal, qu’il nous fait découvrir dans ce livre : COURNOU et pour lequel il a écrit « Imne patriau, la Cournalenca » sur une musique de Gratien Arbousset.

La Cournalenque

Tout méridional chante sa chansonnette,
Chaque pays, son hymne national,
Le charretier chante sur sa charrette
Sur le clocher le coq chante très haut !
Les Cournalencs auront leur Marseillaise
Qui nous fera souvenir de Cournon ;
Noble cité, occitane et française,
Quand on la chante notre mal va finir.

Refrain
Hantons notre Pays,
Notre berceau, notre nid :
Pays si agréable !
Si plaisant, si aimable !
Bien heureux celui
Qui n’a pas quitté Cournon !
Enfants, croyez-moi : Aimez-le, Aimez-le !

Cournon riant souhaite la bienvenue
Aux étrangers venus dans le Midi,
Il les accueille sur sa belle avenue
Dans ses recoins il leur fait faire un petit tour.
Au grand soleil, l’ombre de ses platanes
Le rend chaudet, tiède et comme tamisé,
A l’horizon, les garrigues lointaines
Font un rideau empesé de frais.

Si vous allez sous les sombres murailles,
Vous abriter dans l’enceinte du rempart,
Ne craignez pas le courant d’air, les ombres
Si vous suez allez donc sur le parc
Vous aurez un beau point de vue sur les garrigues,
Dominées autrefois par le Moulin de Fournier
Si vous n’avez pas de fourmi à vos pieds
Escaladez ; le cordonnier rira bien !

L’air de Cournon est sain et ses fabriques
L’ont embaumé de thym, d’aspic,
Les eaux de vie remplissent les barriques.
Si vous aimez le vin, vous tomberez à pic !
Du picpoul on en a de gros tonneaux,
Mais aussi de bon cinsault et d’aramon.
Les oliviers ronds aux reflets d’argent bordent les routes ;
Des chênes verts, il n’en manque pas là-haut !

Nous avons des bals qui font tourner les têtes,
Où vont danser la jeunesse, le galant.
Les Cournalencs organisent des fêtes
Qui font sortir la population sur la place.
Eux savent aussi danser les Treilles ;
Le Chevalet saute comme un cabri
Quand le raisin déborde des paniers
Du grand Cournon se dégage l’esprit.

Au beau milieu de la belle Esplanade,
Le monument aux Enfants de Cournon,
Qui, la guerre gagnée et la paix retrouvée
Aurait dû porter la croix d’honneur,
Il nous rappelle que leur grand sacrifice
Seul, a servi à notre Liberté !
Nobles enfants, je vous hisse à la Gloire
Ce monument vous l’avez bien mérité !

Cournou moun pais

Danton Cazelles y joue le rôle d’un guide qui avec amour, poésie, émotion, présente son village comme s’il y était alors qu’il l’a quitté il y a bien longtemps.
Suivons-le à travers ses textes.

Nous y voyons l’hôtel de ville avec son horloge.
La coumuna es un bel oustau
Ies un reloje majistrau.

Avec les remparts, il évoque la cité au temps des seigneurs et de leurs guerres.

Lou rempart

Quand de sétis an soustengut, quand de batalhas,
Quand de coumbats an vist, vostras fortas muralhas,
Sous soulides remparts, de sa força, un simbeu..
A franquit es Cournou : pot largà son drapeu !

Les remparts

Que de siéges, elles ont soutenu, que de batailles,
Que de combats, elles ont vu, vos solides murailles…
Les solides remparts symbole de sa force.
Cournon est affranchi : son drapeau peut flotter !

Dans le poème Lou Teroun, il reprend cette légende qui nous est chère, selon laquelle Cournon viendrait de Cur Non, mots prononcés par Annibal.

Lius nous dis, d’après l’historia
Qu’Annibal, tout coufle de gloria
Au Teroun, menét son chival.
Couma causiguèt aquel rode ?
Respondet : « Cur non ? » sans rambal
Batejan lou lioc tant coumode.

Lius (Bastide) nous dit, d’après l’histoire
Qu’Annibal tout gorgé de gloire
Au Théron, amena son cheval.
Comment choisit-il ce lieu ?
Il répondit « pourquoi pas » sans hésiter
Baptisant ainsi ce lieu providentiel

Toujours dans ce texte, l’auteur nous rappelle cette autre légende selon laquelle : « qui boit de l’eau du Théron, se marie à Cournon »

Se dau Teroun, vostra set embriaiga,
Si Tau Annibal, lou chival alterat
Aves begut un degout de soun aiga,
Dins l’an aici, vous saves maridat.

Si assoiffé, si altéré
Tel le cheval d’Annibal
Vous avez bu une goutte de l’eau du Théron,
Dans l’année même vous serez marié !

Comme le dit Cazelles, à Cournon, nous avons trois églises : tres oustaus de Diu.

La Gleiza d’abord vouada à Saint Peire, Granda e qu’en dedins, i-abès quicon à veire, Defòra a cop d’iol lou mai agradiu.

D’abord l’église vouée à Saint Pierre, Grande et qui mérite d’être visitée Et de l’extérieur agréable à regarder.

Après l’église, c’est vers le temple qu’il nous emmène, dont « la porte s’ouvre à toutes les races ».Lou pourtau s’alanda à toutes las raças.

Eglise et Temple

Dans l’évocation de la chapelle apparaissent les pénitents.

La capéla

Autras fes, venieù, dins la capelata
Lous grands penitents abilhats de blanc,
Que pér s’assetà,avieu pas qu’un banc
Dount la plancha ruda éra pas… moleta !

La chapelle

Autrefois, venaient dans la petite chapelle,
Les grands pénitents habillés de blanc,
Qui pour s’asseoir n’avaient qu’un banc
Dont la planche rude n’était pas… souple !

La Chapelle des pénitents blancs

Poursuivons, avec lui, la visite. Nous arrivons aux Ecoles. Là il évoque ce lieu qui rassemble aussi bien les enfants que la population, sans oublier les joueurs de boules.

Long de las escolas

Campana brandida
Lou mestre lous crida
La pausa es finida…
Las filhas, las maires,
Lous efans, lous paires,
Après lou trabal…
Dabant las Escolas
Es lou joc de bolas.

Le long des Ecoles

La cloche sonne
Le maître les appelle
La pose est finie…
Les filles, les mères,
Les enfants, les pères,
Après le travail…
Devant les écoles
Pratiquent le jeu de boules.

C’est avec beaucoup d’humour qu’il nous parle de nos deux gares avec leurs trains bien particuliers.

Lou tourtilhard, quand es de beta,
S’en vai ou pas d’una carreta,
Se voù pas parti, lou butàs.
Penden que lou Miejour s’esquiva
E que, prumier, toujour arriva.
Lous aiman toutes dous, anas !

Le local, quand il est de bonne humeur,
S’en va au pas d’une charrette,
S’il ne veut pas partir, vous le poussez
Tandis que le Midi file
Et qu’il arrive toujours le premier.
Allons, nous les aimons tous les deux !

Lou Plan dau Four nous ramène bien en arrière au temps où les femmes faisaient leur pain et allaient le cuire au four.

Avieù las femmas dau miejour
Dins soun oustau, una pastieira
Em’una granda paneteira.
A toutas i-é mancava un four.
Per aco, chacuna à son tour,
Pourtaba sa pàsta levada,
A ioch ouras de matinada
La faire coire au Plan dau Four.

Les femmes du midi avaient
Dans leur maison, un pétrin
Et une grande panetière.
A toutes, il manquait un four.
A cause de cela, chacune à son tour,
Portait sa pâte levée,
A huit heures du matin
Pour la faire cuire au plan du Four.

Tandis que dans l’Aubre de la Libertat, nous apprenons que le premier Arbre de la Liberté, un tilleul, a été planté devant le temple à la place du platane qui y est actuellement.

Aben plantat dabant lou temple
Un bél aubre de Libértat
Per que lou pople lou countemple.

Nous avons planté devant le temple
Un bel arbre de la liberté
Pour que le peuple le contemple.

L’évocation du village ne pouvait se terminer sans parler de Frigoulet, dernière demeure des Cournonterralais. Son nom vient du mot « frigoule » qui veut dire : thym. C’est sur cette aire, à proximité du cimetière que l’on écrasait le thym pour recueillir les fleurs qui partaient vers les alambics des parfumeurs de Cannes.

Dins lou sistre, ounte crei la frigoula, la menta
Embauma, ela tant ben l’enclaus de Frigoulet
Qu’au jour de ioi, es lou cementèri soulet,
Ounte anan acabà nostra vida doulenta.

Dans le sistre où pousse le thym, la menthe
Embaume également l’enclos de Frigoulet,
Qui aujourd’hui, est l’unique cimetière,
Où va s’achever notre vie douloureuse.

Après la présentation des plus beaux sites, il évoque des activités liées au terroir :

Las Vendemias

Anen ! Lous gavachs, de carretas,
De farrats e de semaletas,
De troulhaires… lou tems es bel !
De foudres ventruts, de futalhas.
Vai ben ! Alin, lou moust trabalha
Veses : aben de vi nouvel !

Les Vendanges

Allons ! Les gens de la montagne, les charrettes,
Des seaux et des comportes,
Des fouleurs… le temps est beau !
Des foudres ventrus, des futailles.
Tout va bien ! La-bas le môut travaille.
Voyez : nous avons du vin nouveau !

Las frigoulairas

Ensuite ce sont nos coutumes, nos festivités, notre bonne cuisine dont il nous parle dans : « Lous Palhassas, Las Trelhas, Lou Chivalet, Lou joc dau Tambournet, la cousina Cournalenca ».

Lous Palhassas

Autra lejenda cournalenca
Lous bosses de Cournou toucavou
As bosses d’Aumelas…
Das Cournalencs, lous bons senhous,
Dounàvou drech au paure mounde
Qu’avieù pas d’arjent en abounde,
D’ana faire de lenha au bos
Quand voulièu, matin ou tantos
E sans qu’ombra à digus faguesse,
Tant ben au monde d’Aumelas
Dins lou bos cournalenc, pér cas.

Aicestes, es-ti lou sotije
Ou la jalousié que lous quiche
Aceusavou lous Cournalencs
Lous bourravou de tems en tems…
Quand érou fossa, érou lous mestres !
Lous de Cournou, dins l’escouféstre,
Rousigàvou d’entre sas dents
Lou mors, en pensan que pamens,
Lous d’Aumelas esajéravou...
E qu’un pauquet trop fort anàvou…

Les Pailhasses

Autre légende cournonterralaise
Les bois de Cournon jouxtaient
Les bois d’Aumelas…
Les bons seigneurs des Cournalencs
Autorisaient les pauvres
Qui n’avaient pas d’argent en abondance
A aller faire du bois
Quand ils voulaient, matin ou soir
Sans porter tort à personne,
Ainsi que les gens d’Aumelas
Qui, à l’occasion, empiétaient dans le bois .
Ceux-ci par sottise
Ou poussés par la jalousie
Accusaient les Cournalencs,
Les frappaient de temps en temps…
Quand ils étaient nombreux, ils étaient les maîtres !
Ceux de Cournon, dans l’échauffourée
Rongeaient leur mors
Pensant que tout de même
Ceux d’Aumelas exagéraient…
Et qu’ils y allaient un peu trop fort !

D’où le stratagème du déguisement et la tradition, encore vivante, qui s’en suivit.

Mès à Cournou, jour de las Cendres,

Lous Palhassas, e noun lous mendres,
Soun lous Mestres dins lou Païs !
Cridan au pople, que courris :
« Freta, sarra, qu’aco pudis ! »
Aquel jour carrièiras e plaças
Soun ocupats per Lous Palhassas !

Mais à Cournon, le jour des Cendres,

Les Pailhasses et non des moindres,
Sont les maîtres dans le Pays !
Ils crient au peuple qui court :
« Frotte, approche, que ça pue ! »
Ce jour là, les rues et les places
Sont occupées par les Pailhasses !

Las Treilhas (dansa)

Mas, sus lou plan,
En viran, viroulan,
Passan de jout las trelhas,
Més, sus lou plan,
En viran, virevoulan,

Lous couples van dansant.

Les Treilles (danse)

Mais, sur le plan,
En virant, virevoltant,
Ils passent sous les treilles,
Mais sur le plan,
En virant, virevoltant,
Les couples vont dansant.

Lou chivalet (cansou)

Douna de cibada
Au paure chivalet,
Fasés lou beure, qu’a ben set !
Dessus la calada
Lou chivalet descaus.
Soun marechal vèn à prepaus.
Per la cavalcada
Sauta coum’un cabrit
Lou chivalet tant dégourdit.

Le chevalet (chanson)

Donne de l’avoine
Au pauvre chevalet,
Faites le boire, qu’il a bien soif !
Sur la rue pavée
Le chevalet a perdu un fer.
Son maréchal arrive à point.
Dans la cavalcade
Il saute comme un cabri
Ce chevalet si dégourdi.

Lou joc dau tambournet

Couma de cats, fan un grand bound.
Per captà la pauma de gouma…
N’an la passioun, sou dégourdits
Lous vielhs jougaires, lous manits
D’un joc qu’a titres de noblessa.
Servat lou joc dau tambournet
Que se joga lèiau e net
Embe tant de goust que d’adressa.

Le jeu de tambourin

Comme des chats, ils bondissent.
Pour saisir la balle en caoutchouc…
Ils en sont passionnés, ces joueurs dégourdis,
Vieux ou jeunes,
De ce jeu qui a ses titres de noblesse.
Ils servent ce jeu de tambourin
Qui se joue loyalement
Avec autant de plaisir que d’adresse.

La cousina Cournalenca

Sabès pas un « otel » ounte l’on manje ben ?
Dins la bouca das estranjès, s’enten souven,
Subretout s’an ausit, dins la citat vesina
Prouclama de Cournou l’ufanousa cousina.
Escoutas ça que m’an de Lisa, un jour countat.
E serviras, tout caud, un platàt « d’alumetas »…
Dabant un soul gabèl, roustis un bel lebraut…
I a d’espargous dau bos culits en mêma tems
Qu’un gros platat coumoul de nouvelas jirias.
… De flocs de fougassas, de tourtas,
De carrats de croustada e dau petagarrot.

La cuisine Cournalenque

Connaissez-vous un hôtel où l’on mange bien ?
On l'entend souvent dans la bouche des étrangers,
Surtout s’ils ont entendu, dans la ville voisine
Vanter, de Cournon, la fameuse cuisine.
Ecoutez ce qu’un jour, on m’a dit de Lisa.
Elle servit, tout chaud, un plat d’allumettes…
Devant un feu de sarments, rôtit un beau levraut…
Il y a des asperges ainsi qu’un gros plat
De girolles cueillies dans le bois.
… Des morceaux de fougasses, de tourtes,
Des carrés de croustade et du « pétagarrot »

La visite se poursuit, il nous emmène vers des lieux emblématiques comme le Coulazou, le chemin de l’Amour, la garrigue, le Touat, l’Oulieu.

Lou Coulazou

Riviéra que vai…pas souven !
Se lou veses, regardas-lou
Lou flume ufanous de Cournou,
Que vèn… una fes per sasoun
Nous regalà de sa venguda.
Las femnas, à l’abric dau vent,
Cércou, per ie lavàr bailen,
Una gourga, seca souven
Dount l’aiga tendrié dins un veire.
Cournou manca d’aiga-son vi
Tant renounmat pot pas sèrvi
Qu’à sa taula, ben lou nourri
Sans poudre beure un pau d’aigada !

Le Coulazou

Rivière qui ne coule pas souvent !
Si vous le voyez, regardez-le
Le fameux fleuve de Cournon,
Qui vient une fois par saison
Nous régaler de sa venue.
Les femmes à l’abri du vent,
Cherchent où laver les langes,
Une source souvent à sec
Dont l’eau tiendrait dans un verre.
Cournon manque d’eau - son vin
Si renommé ne peut être servi
Qu’à sa table pour bien le nourrir
Sans pouvoir boire un peu d’eau !

Combien de jeunes de l’époque revivront de bons souvenirs à la lecture de cette chanson :

Lou cami de l’Amour

Quand maridats, e que sares dins l’aje,
Qu’aurès pas pus dessoublidat Cournou
Vautres poudres veire nostre village
Ounte avès pres vostre prumié poutou,
Anares mai au dralhou qu’Eros guida,
I-e reviurès lou milhou tems passat
E lou pus beù das jours de vostra vida :
Ralucares lou flambeù damoussat !
Quoura aurà picat ioch au reloje dau Temple,
Anares, dous per dous, tout lou reste dau jour,
En vous dounan lou bras, aures servit d’eisemple
Car vous sès ben aimats au cami de l’Amour.

Le chemin de l’Amour

Quand mariés, et d’un certain âge,
Que vous n’aurez pas oublié Cournon
Vous pourrez voir notre village
Où vous avez pris votre premier baiser,
Vous reviendrez au chemin où règne Eros,
Y revivre le meilleur temps passé
Et le plus beau des jours de votre vie :
Vous rallumerez la flamme éteinte !
Quand huit heures auront sonné au Temple,
Vous irez deux par deux, tout le reste du jour,
En vous donnant le bras, vous servirez d’exemple
Car vous vous êtes bien aimés au chemin de l’Amour.

La garriga

La garriga es moun amiga !
I-e siei estat sempre fidel
Couma à la china, soun cadel,
Couma au fourmiguié la fourmiga…
Lou bouscassié ie tèn boutiga.
E mai tant ben, lou carbonie,
Qu’en plein estiù se fai fournié
Soun tabat fresc dins la boutriga.

La garrigue

La garrigue est mon amie !
J’y suis resté toujours fidèle
Comme le chiot à la chienne
Comme la fourmi à la fourmilière…
Le bûcheron y travaille.
Et même aussi le charbonnier,
Devant son four, en plein été
Son tabac frais dans sa blague.

Lou Touat de Carrieireta

Se ie vei d’abord una capeleta
Dins de grosses rocs, un cami de crous.
Mes se voulès faire una preguieireta,
Per estre soul, anas au Touat
Ounte lou bon Diu de la Carrieireta
Un moumenet siaud vous aurà bailat !

Le Touat de Carrierette

On y voit d’abord une petite chapelle
De gros blocs de pierres, un chemin de croix.
Mais si vous voulez faire une petite prière,
En toute solitude, allez au Touat
Où le Bon Dieu de Carrierette
Vous aura donné un petit moment de calme !

L’Oulieu de mestre Clauzel

Save pas un endrech pus fresc, pus agradiu,
Dins mon poulit Cournou, moun païs de naissença
Nou, save pas trouba res dins ma connouissença,
Qu’aje mai de beutat que vostre doux Oulieu !

L’Oulieu de Maître Clauzel

Je ne sais pas un lieu plus frais, plus agréable,
Dans mon joli Cournon, pays où je suis né
Non, je ne trouve rien à ma connaissance,
Qui soit plus beau que votre doux Oulieu !

A l’Oulieu et au café Paulet (emplacement du Poste de Police) se retrouvaient les membres de la troupe Lou Cat Negre qui devint après Cournon-artiste. Ces écrivains, ces poètes, ces musiciens y lisaient, interprétaient leurs textes. On se serait cru à la butte Montmartre, nous dit-il.

Lou cat negre

Au vielh Cat Negre, soun ainat,
A succedat Curnon-artiste
Au café Paulet demourat,
Fournis toujour la mema lista :
La bona troupa arlequinquista
Au vielh Cat Negre a succedat
E dins son programa persista.

Le chat noir

Au vieux « Chat Noir », son aîné,
Succéda Cournon-artiste
Qui resta au café Paulet
Avec les mêmes artistes :
La bonne troupe d’arlequins
A succédé au Chat Noir
Avec le même programme.

Et pour finir, nous ne résisterons pas au plaisir de vous faire découvrir ce texte : « Lou chiffre 2 » qui semble avoir marqué notre village.

Lou chiffre 2

Tout à Cournou, marcha per dous…
E d’abord, ia be dous Cournous !...
I a ben dous partits, dos fanfaras,
Dos jouinessos.I a ben dos garas,
La dau Mièjour, la dau Local,
Per la fieira, ia ben dous bals…
Dos gleisas, una catolica,
L’autra deganauda cretica.
Dous cafés pèr lous dous partits…
Dous mestres, amai dous escolas !
A las dos musicas, encara,
I a lou drapeù de la fanfarà
Que, couma la pèl d’un lazer,
Es verd, manhificamen verd...
L’an rouje, à la Filarmonica,
Acord parfèt, dins la musica !

Le chiffre 2

Tout à Cournon, marche par deux…
Et, d’abord, il y a deux Cournon.
Il y a bien deux partis, deux fanfares,
Deux jeunesses, il y a bien deux gares,
Celle du Midi, celle du local,
Pour la foire, il y a deux bals…
Deux églises, une catholique,
L’autre réformée, protestante.
Deux cafés pour les deux partis…
Deux maîtres, et aussi deux écoles !
Les deux musiques encore
Ont chacune leur drapeau, celui de la fanfare
Comme la peau d’un lézard…
Est vert, magnifiquement vert…
Rouge celui de la Philharmonique
Accord parfait dans la musique !

Nous arrivons à la fin ; laissons-le conclure :

Es à Cournon que van mas pensadas, pourtadas per moun amour patriau.
Siei restat Cournalenc dins l’ama, e moun crid de Cournalenc sera longa mai.
Per Cournou, jamai : NON !
Per lou Lenguedoc sempre : OC !

C’est à Cournon que vont mes pensées, portées par l’amour de ma patrie.
Je reste Cournalenc dans l’âme, et mon cri de Cournalenc résonnera éternellement.
Pour Cournon, jamais : NON !
Pour le Languedoc toujours : OUI !

Les textes de Danton Cazelles sont rédigés dans le patois Cournalenc.

Nos remerciements les plus vifs vont à monsieur le Maire de Castanet-Tolosan qui a mis à notre disposition toutes les oeuvres poétiques et picturales de Danton Cazelles conservées soigneusement dans son bureau, et tout particulièrement, à mesdames Seguy et Clerc, passionnées par l’histoire de Castanet, conservateurs du musée « Le Vieux Castanet », sans l’aide desquelles cet article n’aurait pu voir le jour.

Cliquez sur l'image pour revenir au haut de la page

APHRODISE TINIERE 1865-1937

Né à Cournonterral, Aphrodise y passera toute sa vie auprès de son épouse Adeline Allien dont il aura trois enfants : Marthe, institutrice, Sully, mari d’Emma Tinière qui a marqué la vie du village par sa participation à plusieurs municipalités au sein desquelles elle s’investissait sans compter dans le social et les festivités, enfin, Albert, l’époux de Juliette Cazelles, a tenu pendant quelques années, le café de « La Philarmonique » (actuelle pharmacie Blanc) .

Aphrodise Tinière

Des descendants directs vivent, encore, à Cournon : il s’agit de Régine Auzanneau, son arrière petite-fille, et de ses enfants qui ont eu l’amabilité de nous confier les documents utilisés dans cette rubrique.

Aphrodise menait, donc, une vie paisible et patriarcale en bon père de famille respectable et respecté de tous. Il partageait ses journées entre le travail de la vigne et l’activité de « voiturier » qui consistait à transporter de Cournon vers les deux gares ou vers Sète et Montpellier, colis, fûts, etc. avec son cheval et sa charrette, l’équivalent de nos messageries modernes. Adeline participait à la vie économique du foyer en fabriquant des fromageons qu’elle commercialisait sur le marché.

A travers son oeuvre et les actes de sa vie qui nous ont été rapportés, Aphrodise apparait comme un homme réfléchi, sensé, un humaniste soucieux du bien commun. L’ensemble de son oeuvre témoigne de l’amour qu’il portait à la nature, aux lettres, à sa langue maternelle : l’occitan. Ce libre-penseur aux idées et aux agissements profondément laïques s’intéressait particulièrement à l’Ecole (laïque), lieu où chacun, le riche comme le pauvre, peut en toute égalité, acquérir le savoir sans lequel l’homme ne peut être libre ou heureux.

Cet intérêt n’était pas un vain mot car il était allé jusqu’à créer un « legs perpétuel » pour récompenser, chaque année, les élèves les plus méritants. Il sera décoré en 1923 des Palmes Académiques pour l’ensemble de son oeuvre, distinction attribuée par le ministre de l’instruction publique et remise par Lius Bastide au siège de Curnon-Artiste, salle de la Philarmonique, accompagnée d’un discours empreint de lyrisme : « C’est, donc, pour ses amis et confrères, interprètes et disciples de son oeuvre artistique, une joie indicible, un vrai bonheur (…) Les Palmes que l’art d’un terrien cueille au champ de la vie sociale par l’observation du Vrai, la contemplation du Beau, la recherche de l’Idéal, par l’action du Bien sont vraiment de nature à inspirer aux âmes, les vertus morales qui sont les plus pures gloires de l’humanité (...) La vie simple et patriarcale de notre président est bien un modèle de méditation, d’observation. »

Dans son métier de vigneron, il pouvait mesurer toute la peine, tous les aléas que celui-ci représentait. Pour tenter de faire prospérer cette activité, essentielle pour les gens de Cournon, il reprend après François Astié et Pierre Viala, l’idée de création d’une coopérative vinicole. Jouissant d’une notoriété établie et d’une éloquence certaine, il organise des réunions pour convaincre les viticulteurs du bien-fondé de ce projet favorisant les petites propriétaires et même les ouvriers.

Son allocution basée sur des données économiques sérieuses, bien chiffrées et mettant en exergue tous les avantages de la coopérative est émaillée d’envolées lyriques où il cite Rostand, la Fontaine, Baudelaire et improvise même un poème sur le vin : « La botella ».

« Des ouvriers parlant de la coopé, disaient : cela fera un peu plus de chômage, je dis : erreur ! Les ouvriers un peu propriétaires ne vont-ils pas augmenter leurs revenus ? Quant à l’ouvrier qui ne possède rien, il aura l’occasion de devenir à son tour propriétaire ; il ne sera pas embarrassé pour loger sa récolte. Le fruit est mûr, il faut le cueillir. Allons les enfants, laissons tomber notre égoïsme et pour le bien de tous créons notre propre coopé. Que nos vins se mélangent dans la cuve ! Qu’il n’y ait plus plusieurs vins mais un vin unique, le vin de Cournonterral ! » .

Malgré tous ses efforts, le projet ne sera pas adopté. Il faudra attendre 1948 pour avoir notre cave coopérative.

Café Philarmonique

Ses journées bien remplies lui laissent encore du temps pour, de sa plus belle plume, écrire des poèmes, de la prose, des lettres à ses amis de Cournon (le téléphone n’était pas entré dans les moeurs) et des pièces de théâtre.

La poésie en vers ou en prose l’accompagne tout au long des journées et des nuits de sa vie. Elle est son mode d’expression favori tant en occitan qu’en français, elle est, aussi, son refuge. Parmi les poésies en vers, nous citerons celles dont l’accent patriotique rappelle qu’il a été le témoin de la guerre de 1914, déplorant le malheur qui s’abattait sur les familles, s’insurgeant contre les puissants qui ne trouvent que la guerre pour résoudre leurs problèmes et rêvant d’une paix universelle.

« Et l’envahissement se fit par la Belgique
Malgré tous leurs efforts et les traités parfaits.

« (…) Mais le flot de Teutons se brisa sur la Marne
Sur son socle de fer le vieux dieu chancela.
Nos soldats triomphants avaient sauvé le monde
Mais les après-combats n’étaient pas terminés
Car pour venir à bout de cette race immonde
Il a fallu ces quatre ans de succès obstinés.
Et pendant ces quatre ans, souffrant mille souffrances
Murmurant quelquefois, obéissant toujours
Nous avons pied à pied rejeté hors de France
Cet ennemi pillant, ce troupeau de vautours(…) »

Ou encore, cet extrait de : « Aube, je te salue »

« Arrière les requins de la haute finance
Ces marchands de canons aux serres d’épervier
Au-dessus de leur or, le vrai peuple de France
Présente à l’univers, son rameau d’olivier (…) »

La paix retrouvée, il va plus que jamais se remettre à l’écriture. Amoureux de la nature, il ne cessera de la chanter. Chaque réunion entre amis est prétexte à débiter des vers ou des textes en français ou en occitan, toujours empreints de poésie. Chaque promenade en garrigue alimente son génie créatif.

« On appren faussas causas seguen garda. On appren coma un casaide pot faire la provision d’olivas per coufir. Lou fusil suj lou bras, una oliva aïci, una oliva aiçaï, las pochas finisson per se remplir. Aquela pichato operacion renovelada quaucas fes, lou jarle es lèu plè ; on vei coma en faguen d’erbas on pot manjar lous premiès chasselasses, on appren coma se plaça un piége à lapin, un fiù per agantar una lebre… »

On apprend beaucoup de choses quand on est garde. On apprend comment un chasseur peut faire provision d’olives à confir. Le fusil sur le bras, une olive par ci, une olive par là, les poches finissent par être pleines ; on voit comment en faisant de l’herbe, on peut manger les premiers chasselas, on apprend comment placer un piège à lapin ou un fil pour attraper un lièvre. »

Il oppose souvent la nature, véritable sanctuaire à la ville où les « pauvres » citadins n’imaginent même pas le trésor qui leur échappe.

« Que lo citadin dins son grata-cel espiié lo sorelh per un fenestron, es entendut. Mai, tus païsan, partir à l’auba, montar sus le premié truc vengut é regardar à drecha, à gaucha,davant, darrié, de la mar latina à l’Egoal, de la Pireneas à las alpas, é se trantaies pas davant tant de promessas, es qu’as la testa ben plantad sus tas espaldas. Diga-me se entre quatre muralhas pots ausir la sinfonia que te dona lo vent quant passa dins las brancas d’ieuses, diga-mi si la flor de serra anemiada per lo manqua d’er é de sorelh pot dona lo perfum que te donan la flor dau blat, dau rasin, de l’oliva, lo perfum de tot lo frigolum, de totas las plantas, de tots los arbres, perfums que montan vers la capa celesta é que la terra offre à son Diu, lo Sorelh. »

Que le citadin dans son gratte-ciel regarde le soleil par une petite fenêtre, c’est entendu. Mais toi, paysan, partir à l’aube, monter sur la première colline venue et regarder à droite, à gauche, devant, derrière, de la mer latine à l’Aigoual, des Pyrénées aux Alpes, si tu ne vacilles pas devant tant de promesses, c’est que tu as la tête bien plantée sur tes épaules. Dis-moi si entre quatre murailles, tu peux entendre la symphonie que te donne le vent qui passe dans les branches des chênes, dis-moi si la fleur de serre anémiée par le manque d’air et de soleil peut donner le parfum que te donne la fleur du blé, du raisin, de l’olive, le parfum de thym, de toutes les plantes, de tous les arbres, parfums qui s’élèvent vers la voûte céleste et que la Terre offre à son dieu, le Soleil. »

Aphrodise Tinière

Le groupe d’amis qu’il formait avec Pompilius Bastide, Alfred Gachon, Louis Boude, Martin l’instituteur, Gratien Arbousset, H. Montel, Louis Cazelles, Xavier Mellet… se rencontrait au premier étage du café Paulet, place de la mairie, siège du « Cat Negre » qu’ils appelaient « la turne » et plus tard au café Philarmonique. Ils échangeaient de nombreux messages écrits sous forme de lettres, de cartes ou poèmes.

Ainsi, ayant reçu une carte de A .Gachon dit Petit Frère en villégiature dans les Pyrénées, il en fit lecture à ses amis. Ils entrèrent au café et Aphrodise leur dit : « maintenant c’est à moi :

A mon ami « Petit frère » en villégiature au Vernet

La source qui jaillit au pied du Canigou
Ne vaut pas du Théron l’eau pleine de finesse
Qu’Annibal la buvant s’écria : elle a goût
Au nectar que les dieux offrent à leur déesse.

Le gave qui descend des flancs du Canigou
Avec son eau de plomb pour estomac débile
Ne vaut pas le torrent qu’on nomme Coulazou
Arrosant nos coteaux et la plaine fertile.

Le soleil qui surgit sur le mont Canigou
A ses rayons trop blancs et sans chaleur aucune
Si bien qu’en le voyant pâle et triste et mou
On croit voir le reflet de quelque vieille lune.

Enfant du vieux Cournon où est ton beau soleil
Sortant des flots amers inondant les campagnes
De ses ferments dorés de son ton sans pareil
Oh comme je le plains ton soleil des montagnes.

Les soirées que tu passes à l’hôtel « Massina »
En bonne compagnie doivent être fort belles
Tu dois voler bien haut et je ne voudrais pas
En t’envoyant ceci te casser les deux ailes.

« Le Cat Negre » par référence au « Chat noir » montmartrois, constituait un pôle d’attraction pour les esprits littéraires des environs. Nous citerons Rottner, journaliste sétois, Paul Redonnel érudit cournonterralais, écrivain dans la mouvance du symbolisme français, auteur de « lou conte de la galina negra »… Au « Cat Negre » a succédé « Curnon-Artiste » dont Aphrodise était président.
A cette époque, Cournonterral vivait, sur le plan culturel au rythme des ses productions théâtrales. Il traitait de sujets universels comme l’amour, le mariage, la vigne, thèmes où tout le monde pouvait se reconnaitre : « la Borna », « Ronzetta », « Le Trait d’union » sont ses oeuvres maîtresses.

Ronzetta

Certains de ses interprètes sont toujours parmi nous : Roger Massol, Marguerite Abad qui se souvient des répétitions à la salle du peuple : « c’est Madame Salan qui nous faisait répéter, on avait donné une représentation dans le jardin de Cabanel (résidence du Docteur Nicol) à l’occasion du centenaire de la naissance de Frédéric Mistral ». D’autres qui nous ont quitté comme A.Gachon, Camille Berthouï et ses enfants Henri et Paulette, M.L.Massol, Louis et Denis Abad, André Tiniére, Laurette Durand, Odette Gelly, André et Alice Delmas, Danton Demar, Joachim Yanes, André Sérane, sans oublier Louis Boude et Ivernes aux décors, H.Montel au maquillage, Malise aux rideaux, Jules Serane au poste de souffleur et G. Arbousset pour la partie musicale.

Soulignons que le rôle de « Ronzetta » fut créé par Rose Fournier, institutrice à Cournon de 1919 à sa mort. Native de Béziers, son patois différait du nôtre :

« Dau patois Cournalenc a una fieira poou ;
E se dit en tramblen : quante traval ma maire
Per chanjar de l’accent l’o de la fin per a ».
O ! filha de Béziers, Vaï t’en fagues pas ;
Es totjour lo miejour que parla per ta boca
Beziers é Montpié, O, paÏs de la soca
Capitala dau vin, é l’autra de l’Erau
Parlem nostre patoès, é aco nos fai gaud
Avem lo meme esprit que nos dona la vigna
Sé de nostre parlar Paris de fés s’indigna
Laissetz-lo s’indigna, mai tu, t’en fagues pas
Té comprendrem totjour qué digues O ou A.

Du patois cournalenc elle a une fière peur
Et se dit en tremblant « Quel travail, ma mère
Pour changer l’O de la fin en A. »
O ! Fille de Béziers, ne t’en fais pas ;
C’est toujours le Midi qui parle par ta bouche
Béziers et Montpellier, O pays de la souche
Capitale du vin et l’autre de l’Hérault
Parlons notre patois, c’est ce qui nous réjouit
Nous avons le même esprit que nous donne la vigne.
Si de notre patois Paris parfois s’indigne
Laissez-le s’indigner, mais toi, ne t’en fais pas
Nous te comprendrons toujours que tu dises O ou A.

La troupe interprétait également des pièces d’auteurs régionaux. Le bénéfice de ces soirées données à Cournon et dans le département était le plus souvent reversé à de bonnes oeuvres. La salle du peuple faisait le plein à l’occasion de ces représentations.

En 1937, A.Tinière est décédé. Cournon-Artiste ne lui a pas survécu d’autant plus que des rumeurs de guerre ôtaient toute envie de se réjouir. Ses obsèques civiles selon ses dernières volontés furent d’une simplicité émouvante. Une délégation d’élèves de l’école primaire laïque portant un rameau d’olivier et de laurier, symboles de paix et poésie encadraient le char funèbre.

La guerre terminée, un besoin de renaissance, l’envie de se réjouir, de vivre après tant d’années de soumission et d’interdits, se fit jour.
Une société nouvelle se créa : « L’Eglantine ».
Elle se contentait d’interpréter les pièces d’Aphrodise mais aussi celles de Léon Galzy comme « L’Amolaire ». Les soirées comportaient une pièce et, après l’entracte, des numéros de music-hall exploitant le talent de nos jeunes cournonterralais qui chacun dans son registre interprétaient des chansons anciennes ou nouvelles. On peut se rappeler la voix de velours de Paul Rouvier, celle de Paul Delmas et le répertoire d’Alibert ou celle de Lucienne Durand et ses chansons réalistes et l’incontournable Gratien Arbousset qui les accompagnait au piano. A travers l’Eglantine, l’esprit de Cournon-Artiste se perpétua quelques années pour s’effacer devant une ère nouvelle, celle du cinéma, de la télévision…

Après ces pages consacrées à nos principaux félibres cournalencs, nous nous devons de clore cette rubrique en évoquant un écrivain occitan qui a influencé nos auteurs locaux : l’abbé Fabre à qui nous consacrerons notre prochain article.

Cliquez sur l'image pour revenir au haut de la page

L’ABBE FABRE

Curé de Cournonterral de 1772 à 1780

Après avoir évoqué les félibres cournalencs : P. Bastide, C. Bonnier, D. Cazelles et A. Tinière, nous ne pouvons pas clore cette rubrique sans évoquer un écrivain occitan qui a marqué et influencé nos auteurs locaux : l’Abbé Fabre.

Jean-Baptiste Fabre qui se fera appeler, après s’être fait anoblir : Fabre de Saint Castor, ne peut être qualifié de félibre puisqu’à l’époque où il vivait, le mouvement félibréen n’avait pas vu le jour.
Cependant les félibres se réclament de lui, le vénèrent et l’admirent. Comme lui, ils ont adopté la langue française tout en refusant de renier leur langue maternelle : l’occitan. Comme lui, ils ont fait avancer la langue française mais c’est dans l’occitan qu’ils ont trouvé les mots justes pour exprimer leurs émotions, l’amour de leur terre et dresser des portraits avec un humour souvent caricatural.

L'abbé Fabre

POEME DE DANTON CAZELLES

Ô, Fabre grand Abbé, quand tu étais à Cournon
Dans le parc de Beaulieu, tu faisais tes promenades
Et tu voyais les doux badinages de la jeunesse
Le temps que tu passas à Cournon, lui fait honneur
Rien, dans notre mémoire ne berce ton souvenir
Dans cette paroisse où tu as écrit tes galéjades
Que tu as largement déversées sur tes concitoyens
Ils t’ont donc, oublié à Cournon ? Peut-être pas ?
Vite ! Que les élus de la commune
S’accordent sur le sujet : que leur décision soit unanime.
Ô Fabre, cher abbé, tu es un peu Cournalenc.
Seul, Bastide de Clauzel, au Centenaire
Te loua comme il se doit et de toute son âme
Eclaira de ta gloire le flambeau de Cournon !

Jean Pitchou (Danton Cazelles) maître en parler cournalenc

A l'Abat Fabre

Né à Sommières le 26 mars 1727, J.B Fabre était le fils de Claude Fabre, régent des écoles chrétiennes et d’Elisabeth Causse, enseignante à l’école de filles ; tous deux étaient originaires de Saint-Pargoire. De faibles appointements offraient de maigres ressources à cette famille de trois enfants.
J.B fréquentait les enfants du village, se baignant dans les « gourgs » du Vidourle, grimpant aux arbres en quête de nids. C’est évidemment en langue d’oc qu’il conversait avec eux. C’est à l’école et dans sa famille qu’il s’initie au français. Aussi élégamment qu’il sût le manier, après des études supérieures chez les jésuites, il se sent mal à l’aise dans cette langue apprise et continue d’utiliser le patois chaque fois qu’il le peut. A douze ans, il est tonsuré bien que rien n’indique une vocation religieuse mais c’est la seule façon d’assurer son avenir. Il étudie la rhétorique et la théologie à l’université de Montpellier.
En 1752, âgé de vingt-cinq ans, il est ordonné prêtre à Nîmes ; impatient de ne plus être une charge pour sa famille, il accepte le poste de vicaire dans un village du Vaunage : Aubais, paroisse sans titulaire depuis cinq ans. Cette région, récemment encore huguenote, convertie par la force, n’éprouve pas une foi débordante dans le catholicisme. Mal logé, mal payé, il peine à se nourrir. Cependant, grâce à son talent de prédicateur et ses sermons émouvants, il parvient à conquérir la sympathie des habitants : « les paysans le chérissaient, il était leur conseil, leur consolateur, leur ami. Les gens d’esprit recherchaient sa conversation semée de traits saillants et de réparties originales. Les familles les plus honorables lui confiaient leurs enfants. Il avait le talent si précieux et si rare de rendre l’étude aimable ! Il se faisait enfant avec ses disciples. L’écolier le moins docile ne résistait pas à ses manières douces » écrivait son biographe Brunier.
Ainsi, hormis son sacerdoce, il passe le plus clair de son temps avec le curé, le chapelain, le notaire, le chirurgien, les consuls, leurs femmes et leurs filles et le maître d’hôtel du château où le couvert lui est offert. C’est pendant son séjour dans cette paroisse qu’il écrira « l’Opéra d’Aubais », dédicacé à la châtelaine. Ils auraient bien fait de se méfier, tous ces notables dont il partageait les divertissements. Ses yeux ne perdaient rien du spectacle qu’ils lui offraient. De ces bonnes gens gonflés d’importance, avides de paraitre et d’égoïsme, il esquissait les impitoyables caricatures qui peuplent toute son oeuvre.
Deux mois à peine après son installation, survient dans sa vie un événement qui en bouleversera le cours. En effet, il reçoit la visite de sa belle-soeur qui, fort avancée en grossesse, ne fait rien de mieux que d’accoucher, le lendemain de son arrivée, d’un garçon que l’on baptisera J.B Castor et que Fabre chérira comme son propre fils. Il l’élèvera et ira jusqu’à se faire anoblir pour l’aider dans la carrière militaire qu’il choisira. Le nom roturier de Fabre est abandonné pour celui de Fabre de Saint Castor.
En 1756, après un bref passage à Vic la Gardiole, il est nommé à Castelnau où il écrit : « Lou trésor de Substancion ».
En 1762, il est appelé en chaire de rhétorique à l’université de Montpellier où il exercera pendant un an. Il est reçu à l’hôtel de monsieur de Saint-Priest séduit par son esprit brillant et sa verve endiablée. En 1763, il réintègre la paroisse de Castelnau puis est successivement nommé au Crès, à Montels et en 1773 à Cournon. La paroisse compte, alors, huit cent catholiques et deux cent protestants. C’est là qu’il imagine sa fameuse épopée : « Lou siège de Cadaroussa » histoire d’une famine qui sévissait en Avignon et dans laquelle il se livre avec un talent rabelaisien à la caricature de toutes les couches de la société. Son neveu reste son souci permanent ; pour tenir son rang, il harcèle le pauvre abbé de pressantes demandes d’argent. Pour s’en procurer, Fabre se lance dans des productions littéraires telles que « réponse aux questions de Zapata » où il critique les écrits de Voltaire. Mais il n’est pas soutenu par l’archevêque de Paris, cet ouvrage ne sera pas publié.
S’étant épris d’une jeune baronne pourvue d’un enfant, le neveu l’épouse et le couple décide de partir à Saint Domingue.
L’abbé, installé à Celleneuve depuis 1780, fait appel à monsieur de Saint Priest pour arranger la carrière militaire de son neveu mais au moment de partir, la jeune baronne accouche d’une petite fille ; le voyage est différé mais en 1782, le couple prend le départ pour l’Amérique en abandonnant la petite fille aux bons soins de l’abbé. Il ne reverra jamais son neveu chéri et décédera à cinquante-six ans, le six mars 1783.
Outre les pièces déjà citées, l’abbé Fabre en a écrit beaucoup d’autres telles : « La fam d’Eresitoun », imitée d’Ovide, « Istoria de Joan l’an-pres », « Satiras », « Epigramas », sa burlesque traduction de l’Odyssée, « Acidalia ou la fontaine de Montpellier », « Amphitrite ou le Pasteur maritime », « Théophiste ou le martyr de Saint Eustache », « Les songes », « Les philosophies modernes », « Le temps et la vertu » et surtout le fameux « Sermon de Moussu Sistre ».

Le sermon de monsieur Sistre

J’ai lu dans un vieux registre
De la paroisse de Pignan
Que, dans celle de Saussan
Un prieur qui s’appelait Sistre
Natif de Vauvert sur le Vistre
Prêchait quatre fois par an.
Le mari de sa gouvernante
Etait un laideron nommé Simon
Camard et laid comme un démon
Mais sa vie était édifiante
Car il ne manquait pas un sermon.
Quand Monsieur Sistre débitait
En chaire quelque prône ancien,
Simon, en brave paroissien
Prenait tant de plaisir, qu’il en bavait !
Et si son maître s’embrouillait,
Ce qui arrivait fort souvent,
Plus les autres en riaient,
Plus le bon garçon pleurait,
Comme doit faire un bon chrétien.
Bon jour, bonne oeuvre, beau dimanche
Encore la fête de Toussaint
Monsieur Sistre à tout Saussan
Après avoir mouillé ses lèvres
Mi-patois, mi-français,
Prêcha le sermon qui suit :
Vous, mes chers enfants, dans la vie,
Il n’est pas de plus horrible péché,
Après celui de l’impureté
Que celui de l’ivrognerie
Car, qui boit trop, perd la raison.
Celui qui perd la raison est capable
De toute mauvaise action
Et devient la proie du diable.
Déjà cet horrible démon
Prépare fagots et charbon
Pour vous faire rôtir le râble.
Hélas ! Quel sort misérable !
Je vous vois sans rémission
Plus noirs que le cul de Simon !
Et pour sûr, ce n’est pas peu dire !
Ceux de vous qui ne l’ont pas vu
Croiraient qu’il y a de quoi rire.
Allons, Simon, montre ton cul !
Fais voir à toute l’assistance,
Dans ce miroir de damné
L’apparence que l’on prendra
Pour trop aimer l’intempérance !

Lou Sermoun
De Moussu Sistre

Simon, en bon valet
Tourne le dos au bénitier
Et montre une certaine raie
Qui faisait peu d’envieux.
Si leur village avait été plus proche
Les gens de Fabrègues auraient été effrayés
Par tant de noirceur.
Hommes et femmes, tout frémissait
Devant la relique infernale !
Monsieur Sistre se félicitait
Du succès de sa rhétorique,
Les jeunes filles se tapissaient
Les plus hardies jetaient un oeil,
Les petits enfants,
Tout allait pour le mieux
Et Simon, fin politique,
Pour valoriser sa rubrique, (a)
Tournait son fessier dans tous les sens.
Tout d’un coup, sa femme Louise
Lui cria : « dis donc, vilain,
Dégoutant !
N’aurais- tu pas pu changer de chemise
Surtout en sachant que tu devais
Etaler ta marchandise » !
Mais Simon, sans se démonter
Et sans quitter son attitude
Lui répond : « toi, mauvaise langue !
Tu veux te mêler de tout !
Tu babilles comme une imbécile
Eh ! Prend-t-en à monsieur le Prieur.
Qui aurait pu deviner, sainte Foi !
Qu’il allait prêcher un tel évangile » !

(a) Rubrique : en liturgie catholique, indication pratique sur les règles à observer dans un office.

L'abbé Fabre

Montpellier ne l’a pas oublié : derrière l’église de Saint Roch à Montpellier, on peut voir adossé à un mur de pierres, le buste sculpté de l’abbé Fabre de Saint-Castor. Quant à Cournonterral, son nom est inscrit, parmi d’autres prêtres, sur un marbre à l’entrée de l’église.

Souhaitons, qu’au travers de cet article, les cournonterralais découvrent un personnage attachant, haut en couleur, défenseur de la langue occitane, dont ils auront envie de lire l’oeuvre et notamment « Lou Siége de Cadaroussa ».

Bibliographie : « OEuvres complètes de langue d’oc » par J.B Fabre, illustrée par E.Marsal. Ed : « Culture provençale et méridionale » Marcel Petit, place de l’église, Raphéle 13200

Articles Haut de page Histoire